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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 23:58

 

Grâce à M'sieur Sarkozy, plus personne en France ne peut depuis le début de l'année 2007 ignorer que Guy Môquet n'est pas seulement une station de métro ou une rue parisienne, mais un garçon au destin héroïque et malheureux, dont chacun à présent pense à mettre le circonflexe sur le "o".

 

C'est ce matin que, sur la volonté de notre hyperprésident (et de son très républicain conseiller Henri Guaino), la lettre d'adieu que ce garçon de 17 ans avait écrite à sa famille depuis sa prison, avant d'être fusillé par l'occupant allemand, le 22 octobre 1941, a été lue (tant bien que mal) dans tous les lycées de France. Plusieurs VIP de l'UMP, dont M'ame Dati et M'sieur Darcos, ont payé de leur personne en se rendant dans des établissements scolaires pour solenniser l'initiative.

 

Je ne vais pas revenir sur les polémiques qui ont entouré cette initiative, des plus stupides (ça va encourager le suicide des ados) aux plus pertinentes (quel statut et quelle place doit avoir la commémoration) en passant par les bagarres d'appropriation politiciennes  ou les controverses sur le rôle de l'enseignant.

Tout ce que j'ai à dire, c'est que c'est par excellence le genre de truc qui me gonflait quand j'avais l'âge d'être lycéen, donc je ne suis pas sûr que c'est par ces moyens qu'on donnera aux p'tits jeunes le sens des valeurs.

 

De multiples commentaires ont essaimé sur le Web. Je citerai une récapitulation fort complète sur le site de Jean-Pierre Husson (prof à Nancy 2) consacré à l'histoire et la mémoire des deux guerres mondiales. On trouvera sur cette page la copie manuscrite de la lettre du jeune homme, l'original étant quant à lui ici.

Cette lettre est bien entendu émouvante, et étonnante sous la plume d'un gars de 17 ans. Henri Guaino n'est pas un amateur.

 

Faut-il faire un commentaire sur la consternante instrumentalisation, pour le coup, de cette lettre par Bernard Laporte, le sélectionneur du XV de France, qui l'avait fait lire par un joueur avant le France-Argentine du 7 septembre dernier, pensant faire plaisir à M'sieur Sarkozy ?

Par une coïncidence malheureuse du calendrier, M'sieur Laporte a pris ses fonctions de secrétaire d'Etat aux Sports également aujourd'hui, avec en prime quelques casseroles fiscales. On en viendrait à se féliciter, vu la récupération qu'avait orchestrée notre hyperprésident, que le XV de France se soit pris la pâtée.

Enfin, M'ame Bachelot peut se réjouir : on lui a trouvé un secrétaire aux Sports encore plus nouille qu'elle, et ça c'était pas gagné.

 

Mais ce n'est pas là que je veux en venir.

 

Je réclame, si les commémorations doivent entrer officiellement à l'école, un hommage semblable au chevalier de La Barre, dernier condamné à mort français pour blasphème, à l'âge de 19 ans, le 1er juillet 1766. Son copain d'Étallonde, qui n'avait pas 18 ans, avait pu quant à lui se barrer en Prusse.

 

On pourrait lire des extraits de la fameuse lettre "Relation de la mort du chevalier de La Barre" que Voltaire écrivit à Beccaria sous le nom de Cassen.

 

« Je vous dirai plus, monsieur; il n’y a point en France de loi expresse qui condamne à mort pour des blasphèmes. L’ordonnance de 1666 prescrit une amende pour la première fois, le double pour la seconde, etc., et le pilori pour la sixième récidive.

Cependant les juges d’Abbeville, par une ignorance et une cruauté inconcevables, condamnèrent le jeune d’Étallonde, âgé de dix-huit ans:

1° A souffrir le supplice de l’amputation de la langue jusqu’à la racine, ce qui s’exécute de manière que si le patient ne présente pas la langue lui-même, on la lui tire avec des tenailles de fer, et on la lui arrache.

2° On devait lui couper la main droite à la porte de la principale église.

3° Ensuite il devait être conduit dans un tombereau à la place du marché, être attaché à un poteau avec une chaîne de fer, et être brûlé à petit feu. Le sieur d’Étallonde avait heureusement épargné, par la fuite, à ses juges l’horreur de cette exécution.

Le chevalier de La Barre étant entre leurs mains, ils eurent l’humanité d’adoucir la sentence, en ordonnant qu’il serait décapité avant d’être jeté dans les flammes; mais s’ils diminuèrent le supplice d’un côté, ils l’augmentèrent de l’autre, en le condamnant à subir la question ordinaire et extraordinaire, pour lui faire déclarer ses complices; comme si des extravagances de jeune homme, des paroles emportées dont il ne reste pas le moindre vestige, étaient un crime d’État, une conspiration. Cette étonnante sentence fut rendue le 28 février de cette année 1766.

[...]

Enfin, le 1er juillet de cette année, se fit dans Abbeville cette exécution trop mémorable: cet enfant fut d’abord appliqué à la torture. Voici quel est ce genre de tourment.

Les jambes du patient sont serrées entre des ais; on enfonce des coins de fer ou de bois entre les ais et les genoux, les os en sont brisés. Le chevalier s’évanouit, mais il revint bientôt à lui, à l’aide de quelques liqueurs spiritueuses, et déclara, sans se plaindre, qu’il n’avait point de complices.

[...]

Le spectacle en effet était terrible: on avait envoyé de Paris cinq bourreaux pour cette exécution. Je ne puis dire en effet si on lui coupa la langue et la main. Tout ce que je sais par les lettres d’Abbeville, c’est qu’il monta sur l’échafaud avec un courage tranquille, sans plainte, sans colère, et sans ostentation: tout ce qu’il dit au religieux qui l’assistait se réduit à ces paroles: « Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose. »

[...]

Quelques juges ont dit que, dans les circonstances présentes, la religion avait besoin de ce funeste exemple. Ils se sont bien trompés; rien ne lui a fait plus de tort. On ne subjugue pas ainsi les esprits; on les indigne et on les révolte. 

J’ai entendu dire malheureusement à plusieurs personnes qu’elles ne pouvaient s’empêcher de détester une secte qui ne se soutenait que par des bourreaux. Ces discours publics et répétés m’ont fait frémir plus d’une fois.

On a voulu faire périr, par un supplice réservé aux empoisonneurs et aux parricides, des enfants accusés d’avoir chanté d’anciennes chansons blasphématoires, et cela même a fait prononcer plus de cent mille blasphèmes. Vous ne sauriez croire, monsieur, combien cet événement rend notre religion catholique romaine exécrable à tous les étrangers. Les juges disent que la politique les a forcés à en user ainsi. Quelle politique imbécile et barbare! Ah! monsieur, quel crime horrible contre la justice de prononcer un jugement par politique, surtout un jugement de mort! et encore de quelle mort ! »

 

 

Vu que le 1er juillet, ça tombe pas forcément bien, je suggère pour cette commémoration le 9 décembre, date de la promulgation de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État.

 

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commentaires

fransua 24/10/2007 17:22

La lecture de la lettre de Guy Môquet va conduire aux suicides des adolescents ?Ca demande un débat à mon sens dans le forum de la psychanalyse. Je m\\\'y emploi de ce pas.Salutations.