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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 03:59


Dans cette atmosphère d'apocalypse financière mondiale, alors que la crise étatsunienne, après avoir touché l'Europe, commence à produire ses effets délétères sur les pays émergents, alors que les marchés ne sortent plus du chaos jour après jour, alors que l'ombre de la récession se précise ici et là, il est bon de savoir qu'on peut compter sur une institution tutélaire prestigieuse.
Le FMI, sis dans la capitale américaine, a en effet publié le 25 octobre des documents, consultables sur son site, montrant qu'il a la situation bien en main.

 

Le cabinet d’avocats international Morgan Lewis & Bockius a rendu les conclusions de son enquête, à la lumière des normes de conduites contractuellement applicables au Directeur Général du FMI sur la liaison entre le Directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn, et une ancienne haute responsable du département Afrique de cette institution, Piroska Nagy.

 

Je ne ferai pas d'interprétation lacanienne de ce flirt avec cette femme d'origine hongroise, cependant que la candidature de DSK au FMI avait été soutenue par un célèbre fils de hongrois dont le nom complet est Nicolas Sárközy de Nagy-Bócsa.

Et la première déclaration de DSK au lendemain de la conclusion de cette affaire est une déclaration... sur la Hongrie.

 

Revenons aux résultats de l'enquête  :

 

« - A la fois le DG [Directeur Général] et la femme membre de l'équipe reconnaissent qu'ils ont eu une relation physique consensuelle de courte durée en janvier 2008.

   - Des documents contemporains montrent clairement qu'à la fois le DG et la femme membre de l'équipe avaient consenti et s'étaient activement engagés dans la poursuite de la relation. »

 [...]

« - Il y a des indications selon lesquelles, durant la période ayant immédiatement précédé la relation physique et ensuite, le DG et la femme membre de l'équipe se sont mis d'accord pour prendre diverses mesures afin de cacher l'existence de leur relation personnelle.

   - Peu après qu'ait eu lieu la relation sexuelle ("the physical affair" :-), le mari de l'ancienne membre de l'équipe a découvert cette relation,  et a averti sa femme et le DG des possibilités de publicité indésirable. »

 [...]

« - Le DG a reconnu qu'alors qu'il pensait que sa conduite était purement personnelle dans sa nature, la révélation publique de la relation qu'il avait avec une employée subordonnée aurait nui à la réputation du FMI, du bureau du DG, et de la personne du DG.

   - Le DG a reconnu qu'il avait fait à la fois "une erreur personnelle et une erreur professionnelle" en s'engageant dans une relation personnelle intime avec une employée subordonnée. »

 [...]

« Observations en conclusion :

Pour aller plus loin, et à partir des faits ci-dessus référencés, la question se pose de savoir si le cadre pour les normes de conduite applicables au DG [...] doit être modifié pour porter le DG à des normes de conduite plus élevées que l'équipe, étant donné sa position éminente et les conséquences de ses activités en termes de réputation. »

 
Quant à lui, DSK bat sa coulpe à l'américaine, pour ceux qui douteraient de son envergure internationale :

« Je reconnais que cet incident représente une sérieuse erreur de jugement.

Je regrette beaucoup cet incident et en endosse la responsabilité. Je m'en suis excusé auprès du Conseil d'Administration, de l'équipe du FMI, et de ma famille. »

 
Et le FMI de conclure solennellement :

« Le Conseil d'Administration note que l'incident était regrettable et reflétait une sérieuse erreur de jugement de la part du Directeur Général, comme il l'a reconnu et comme il s'en est excusé. Le Conseil d'Administration pointe que la conduite personnelle du Directeur Général donne le ton pour l'institution et, comme telle, doit être à tout moment irréprochable. »

 

On murmure une évidence : ce sont des opposants qui auraient fait en sorte d'ébruiter cette insignifiante affaire. Le néo-conservateur Paul Wolfowitz, qui ne s'en était pas tiré à si bon compte l'an dernier à la Banque Mondiale, doit grincer des dents.

 En tout cas, je suis rassuré sur la gestion de la crise financière mondiale, le Conseil d'Administration du FMI, c'est du sérieux.

Le monde est formidable.

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 23:42

Après les USA, les pays européens sont en train de mettre au point un plan de sauvetage du système financier par l'intervention des Etats. La loi concrétisant en France ce plan de sauvetage a été promulguée ce 17 octobre. Ce même jour, cinq représentants du patronat européen et étatsunien, réunis à Paris à l'initiative du MEDEF, s'expriment. Dans un seul mouvement, ils applaudissent des deux mains aux plans américains et européens, et, tenez-vous bien, invitent les Etats à aller se faire voir ailleurs dès que la crise sera jugulée.
 

















Procédons d'abord à un rappel des faits. C'est chiant, je sais, mais faut être sérieux.

Le 12 octobre, l'Eurogroupe a décidé un plan d'action pour maintenir la tête hors de l'eau au système financier. Outre la possibilité de rachat des créances douteuses, des actifs toxiques, des titres pourris, par les Etats (plan de défaisance façon plan Paulson), il prévoit notamment :
- côté liquidités, de garantir les crédits interbancaires (contractés jusqu'au 31 décembre 2009) pour permettre aux établissements financiers (banques et assurances) d'emprunter et de se prêter entre eux, et ainsi dégeler les liquidités, en complément de l'action à court terme de la BCE.
- et côté solvabilité, de renforcer les fonds propres des établissement financiers, notamment par des opérations de recapitalisation endossées par les Etats, afin d'éviter les faillites et leurs effets systémiques.

L'Eurogroupe est une instance informelle de concertation entre les différents ministres des Phynances de la zone euro. Il s'agissait en fait ce 12 octobre d'une réunion extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement des 15 pays de la zone euro, avec en outre la participation du PM britannique Gordon Brown. Celui-ci, après avoir été le très libéral ministre des Phynances de Mr Blair durant 10 ans, venait présenter le plan de sauvetage décidé par l'Etat britannique le 8 octobre.

C'est l'Irlande, par une loi votée le 2 octobre, qui avait pris l'initiative unilatérale d'une garantie sur les dépôts des six principales banques irlandaises, soit une somme d'au moins 400 milliards d'euros (le 9 octobre, suite à l'émoi de son voisin britannique et de la Commission européenne, elle avait étendu cette garantie à cinq banques étrangères ayant une large activité en Irlande).
 
Le Royaume Uni, lui, a pris soin de s'entretenir avec ses grands voisins, la France, l'Italie et l'Allemagne (sommet du 4 octobre), et a obtenu l'aval de la Commission européenne, avant d'annoncer son projet. Gordon Brown a donc présenté le 8 octobre son plan de financement, consistant en une prise de participation de l'Etat britannique dans les huit principales banques, pouvant aller jusqu'à 50 milliards de livres (65 milliards d'euros), ainsi que le déblocage d'une ligne de crédit de 200 milliards de livres (260 milliards d'euros), destinée à soulager le fameux manque de liquidités. Le 13 octobre, le gouvernement britannique a annoncé qu'il allait recapitaliser, jusqu'à hauteur de 37 milliards de livres (46,6 milliards d'euros), trois des plus grosses banques britanniques (20 milliards pour la Royal Bank of Scotland, et 17 milliards pour la Halifax Bank Of Scotland et la Lloyds TSB, qui sont en train de fusionner).
 
Le 13 octobre, le lendemain de la réunion extraordinaire des pays de la zone euro, plusieurs pays ont chiffré leur plan d'action.
Le gouvernement français a annoncé jusqu'à 320 milliards d'euros de garantie des emprunts interbancaires, et jusqu'à 40 milliards d'euros de recapitalisation des établissements financiers.
Le gouvernement allemand a annoncé jusqu'à 400 milliards d'euros de garanties des emprunts, et jusqu'à 100 milliards d'injections de fonds publics, dont 80 pour recapitaliser des établissements financiers.
Le gouvernement espagnol a annoncé jusqu'à 100 milliards d'euros de garanties des emprunts. Et il avait la semaine précédente créé un fonds de soutien aux banques, destiné à leur racheter leurs créances, pouvant atteindre 50 milliards d'euros.
Les gouvernements néerlandais, espagnol, autrichien et portugais ont respectivement annoncé jusqu'à 200 milliards, 100 milliards, 100 milliards et 20 milliards d'euros. L'Italie a annoncé pour sa part qu'elle dépenserait autant que nécessaire pour ses banques.
Ainsi l'enveloppe globale mise à la disposition des banques par les principaux États membres de l'Union européenne, Royaume-Uni compris, s'élève déjà à plus de 1 700 milliards d'euros, soit 13,6 % du PIB européen.
Lors du Conseil Européen du 15 et 16 octobre, les dirigeants des 27 pays de l'Union ont approuvé les principes de ce plan d'action.

En France, un conseil des ministres extraordinaire a adopté le 13 octobre un projet de loi de Finances rectificative pour le financement de l'économie, qui a été voté par l'Assemblée le 14 octobre, voté par le Sénat le 15 octobre, et promulgué le 17 octobre !!

Cette loi de Finances rectificative crée deux sociétés ad hoc : 
- côté liquidités : une société de refinancement, détenue par les banques à 66% et par l'Etat à 34%, qui émettra des emprunts garantis par l'Etat jusqu'à 320 milliards d'euros, et prêtera les fonds ainsi levés aux établissements en mal de financement ;
- côté solvabilité : une société de prises de participation de l'Etat (SPPE), dont l'unique actionnaire est l'Etat, qui émettra des emprunts garantis par l'Etat jusqu'à 40 milliards d'euros, et pourra fournir des fonds propres aux établissement financiers en achetant des titres qu'ils ont émis, ou en participant à leur capital, comme pour le bancassureur franco-belge Dexia.
Ce plan ne pèsera pas, nous rassure-t-on, sur le déficit budgétaire. Mais il alourdira la dette publique française, dont on nous serinait qu'elle était déjà inquiétante.

De l'autre côté de l'Atlantique, on en a déjà causé, donc je vous la fais courte.
Le plan Paulson (Emergency Economic Stabilization Act of 2008)  a été voté, puis promulgué le 3 octobre.
Le 14 octobre, le gouvernement américain a annoncé qu'il allait consacrer 250 milliards de dollars (180 milliards d'euros) pour entrer au capital des institutions financières du pays, dont la moitié dans neuf des plus grosses banques (ce qui n'était pas prévu par le plan).
Par ailleurs, le gouvernement américain va aussi garantir pour une période de trois ans les prêts interbancaires grâce à l'organisme fédéral américain d'assurance des dépôts bancaires, le Federal Deposit Insurance Corp (FDIC). Et la Fed a précisé son programme d'achat de bons de trésorerie (émis par les entreprises en besoin de trésorerie).
Vu les mesures annoncées par l'UE, le Trésor américain ne pouvait que prendre des mesures en miroir pour éviter une fuite des capitaux vers le Vieux continent.

Bon, tout ceci risque de ne pas nous mener à de réels changements.
Peut-être va-t-on profiter de cette éphémère union sacrée des gouvernements pour plafonner les indemnités de départ pharaoniques des dirigeants d'entreprises, ce qui ne changera pas grand chose au fond du problème.
Peut-être va-t-on en profiter pour enfin réglementer les paradis fiscaux, ce qui serait déjà ça (en tout cas c'est l'occasion ou jamais).
Peut-être va-t-on en profiter pour mettre en place de nouvelles modalités de supervision des établissements et des marchés financiers, mais, au-delà des gesticulations actuelles, des décisions efficaces apparaissent encore assez utopiques. La transparence ou la gouvernance, ça fait des années qu'on nous bassine avec ça, et on voit où on en est.

Venons-en aux déclarations de nos cinq représentants du patronat européen et étatsunien, le patronat des 5 « principaux pays membres du G8 » (ah bon, l'Italie a plus de poids économique que le Japon ?) selon Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, qui avait organisé ce sommet à Paris le 17 octobre, le jour de la promulgation de la loi française précisant le plan de soutien de l'Etat français au système financier.

On y retrouvait, avec M'ame Parisot du MEDEF, M'sieur Donald J Shepard, le représentant du patronat américain, M'sieur Jürgen R. Thumann, le président du patronat allemand, M'sieur Richard Lambert, le président du patronat anglais, et M'ame Emma Marcegaglia, la présidente du patronat italien.
Le MEDEF a intitulé cet aréopage le « G5 », ce qui est pertinent vu que le système financier mondial se retrouve sous perfusion non seulement des banques centrales, mais aussi des Etats (le G5 étant dans le monde médical le petit nom du soluté glucosé isotonique à 5%, liquide courant des perfusions).

Le communiqué commun, l'« Appel des entreprises américaines et européennes », déclare :
« Les entreprises approuvent totalement et sans réserve les différents plans d’urgence annoncés par le Conseil européen des Vingt-Sept et par les gouvernements européens et américains pour assurer la stabilité du système bancaire et financier et la distribution normale du crédit aux entreprises et aux  ménages. »
Aha, les entreprises approuvent l'intervention des Etats dans l'économie !?
Tutt tutt, M'ame Parisot s'empresse de préciser benoîtement dans son intervention que « les gouvernements doivent [...] éviter toute approche qui considérerait qu'il faut maintenir durablement l'intervention de l'Etat dans l'économie ».
Et le communiqué commun confirme « Nous attendons aujourd'hui des responsables politiques et institutionnels [...] qu’ils écartent toute mesure protectionniste et renoncent à poursuivre les interventions  publiques au-delà de ce qui est nécessaire pour faire face aux circonstances actuelles. »

Nos patrons des patrons n'ont pas honte, c'est sans ambages « Donne l'oseille et tire-toi ! »

On lit dans la conclusion : « l’entreprise privée est le moteur de l’économie ». Force est de reconnaître que les modèles d'économie planifiée testés au cours du XXe siècle n'ont pas conduit à des résultats convaincants. Mais on ne peut que constater qu'un véhicule nécessite non seulement un moteur, mais aussi une direction et des freins.
Et on reste perplexe sur l'appel, dans cette même conclusion, à « un marché régulé et sans entrave ». Oxymore ou lapsus ?

Enfin, et surtout, on se demande à quoi rime cette prise de position du monde de l'économie dite réelle, alors même que les Etats déclarent explicitement intervenir sur l'économie dite financière afin de préserver l'économie réelle. Ces représentants du « G5 » auraient voulu nous convaincre que, pour eux, entrepreneurs et spéculateurs poursuivent un même combat, il n'auraient pas pu mieux faire.
 
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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 23:35
On connaissait la formule selon laquelle « Le capitalisme financier, c'est la privatisation des profits et la socialisation des pertes ».
Ce mois de septembre 2008 en fournit la plus hénaurme, la plus kolossale, la plus ubuesque illustration.


Non, ce n'est pas un article sur la corrida ;-)

Cette image est celle du fameux "Wall Street bull", le taureau de bronze de Wall Street, érigé en 1989 pour symboliser la force et la puissance de l'Amérique après le krach (j'ai pas dit le CRAC) boursier (on en a même ici une paire) d'octobre 1987.

Cette angle de vue est à 180 degrés des angles habituels, où le taureau vu de face est vigoureux et combatif.

Deux interprétations :

- soit l'Amérique de la finance bat la retraite au grand galop

- soit elle nous montre paisiblement  son cul façon de dire "On est too big to fail, moustique,  on te pète à la tronche."

  


1981 - Discours d'investiture de Ronald Reagan le 20 janvier :
« [Les maux économiques dont nous souffrons] s'en iront parce qu'en tant qu'Américains nous avons maintenant la capacité [...] de faire ce qu'il faut pour préserver ce dernier et plus grand bastion de liberté.
Dans la crise actuelle, l'Etat n'est pas la solution à notre problème ; l'Etat est le problème. »
« [The economic ills we suffer] will go away because we as Americans have the capacity now [...], to do whatever needs to be done to preserve this last and greatest bastion of freedom.
In this present crisis, government is not the solution to our problem ; government is the problem. »

2008 - Conférence de presse de George W Bush le 20 septembre :
 « Eh bien, mon premier instinct n'était pas de déployer un énorme plan de l'Etat. Mon premier instinct était de laisser faire le marché, jusqu'à ce que je réalise, une fois informé par les experts, l'ampleur qu'avait prise le problème. »
« Well, my first instinct wasn't to lay out a huge government plan. My first instinct was to let the market work until I realized, upon being briefed by the experts, of how significant this problem became. »

On pourrait en rire. D'ailleurs on aurait tort de s'en priver, mais à condition de ne pas en rester là.
 
Rappel des faits les plus marquants des dernières semaines.
Sur fond de faillites bancaires (pour l'instant, le 15 septembre, les banques d'affaires Merryl Lynch, la 3ème à Wall Street, et Leymann Brother, puis le 25 septembre, la plus grosse caisse d'épargne américaine, Washington Mutual).
Sur fond d'injections massives de liquidités depuis le 15 septembre par la Réserve fédérale, ainsi que par les grandes banques centrales d'autres pays, dans les marchés monétaires (plusieurs centaines de milliards de dollars).
Sur fond de changement de statut des deux dernières grandes banques d'investissement américaines (Goldman Sachs et Morgan Stanley sont devenues le 21 septembre de simples holdings bancaires, pouvant accéder au soutien financier de la Fed en échange de plus de contrôle).
Sur fond d'incertitude des établissements financiers européens (à l'heure où je vous cause, le gouvernement britannique s'est résolu à nationaliser les prêts de la banque Bradford & Bingley, soit quelque 63 milliards d'euros, et on ne sait pas à quelle sauce va être mangé le bancassureur belgo-néerlandais Fortis).
Rappel, donc :
 
- 7 septembre : mise sous tutelle gouvernementale, par le biais de la Federal Housing Finance Agency, agence fédérale ad hoc, des deux géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation), et annonce par le Département du Trésor (le ministère des Finances américain) d'un plan de sauvetage qui pourra atteindre 200 milliards de dollars. Ces deux sociétés privées assurent une sorte de service public (Government Sponsored Enterprise), elles facilitent le crédit en rachetant les prêts aux établissements de crédit, et sont ainsi détentrices ou garantes de plus de 40% de l'encours du crédit immobilier américain.
 
- 16 septembre : prêt de 85 milliards de dollars par la Réserve fédérale (la Fed, la banque centrale américaine) à AIG (American International Group, le premier groupe d’assurance américain), avec en contrepartie une prise de participation de 80 % de l'Etat américain au capital de la société. AIG garantit notamment nombre d'établissements bancaires contre les risques de défaillance des crédits. Le Trésor a annoncé dans la foulée, le 18 septembre, qu'il allait émettre pour 100 milliards de dollard de titres pour soutenir la Fed dans ses efforts.
 
- 19 septembre : annonce par l'administration Bush d'un plan de sauvetage global du système financier. Il s'agit d'octroyer au Département du Trésor, en concertation avec la Réserve fédérale, la capacité de créer un fonds spécial de rachat, auprès des établissements financiers, des actifs illiquides qu'ils ont accumulés et qui plombent le monde de la finance.
Ça va coûter jusqu'à 700 milliards de dollars.
Pour cela, il faut une loi donnant des pouvoirs exceptionnels au Trésor. Henri Paulson, secrétaire au Trésor, et Ben Bernanke, président de la Fed, tentent de convaincre le Congrès, quand même gêné de sauver Wall Street au frais des contribuables américains, à bientôt 5 semaines des élections (le 4 novembre prochain, les électeurs américains seront en effet appelés non seulement à choisir leur président, mais aussi à renouveler tous les sièges de la Chambre des Représentants ainsi qu’un tiers du Sénat). Mais un accord devrait intervenir sous peu, moyennant quelques aménagements (fractionnement des rachats, plafonnement des parachutes dorés, aides aux propriétaires en difficulté...)
 
Ma parole, il va falloir que le FMI et la BM volent au secours des Tazunis. De la même manière qu'ils se sont portés au secours des pays du Sud en difficulté ces vingt-cinq dernières années. Comment faisaient-elles, déjà, nos chères institutions de Bretton Woods ? Ah oui, elles contraignaient les pays à des politiques dites d'ajustement structurel : « Libérez-vous de la bureaucratie, du subventionnisme, du protectionnisme, débarrassez-vous de vos structures d'Etat, privatisez, dérégulez, favorisez le libre échange, réduisez les dépenses publiques...». Le FMI devrait gronder grave les Tazunis ! Comment ça, il les félicite, par la voix de son directeur général Dominique Strauss-Kahn, dans un entretien au Financial Times le 22 septembre ? « Les mesures courageuses [bold steps] que viennent de décider les Etats-Unis sont les bienvenues »  ?
J'ai du mal à comprendre, c'est trop fort pour moi...

Les néo-libéraux de droite et de gauche nous serinaient que la mondialisation (c'est-à-dire la dérégulation des échanges commerciaux et financiers à l'échelon de la planète), qui va de pair avec la financiarisation (c'est-à-dire la main-mise sur le développement des entreprises d'un actionnariat qui ne peut qu'imposer toujours plus de profits à court-terme), est un phénomène naturel, comme la gravitation, sur lequel la politique n'a pas de prise.
 
Ces événements nous rappellent que le capitalisme financier n'est pas apparu par enchantement, mais qu'il est le fruit de choix politiques délibérés, concoctés par des think tanks néo-libéraux, mis en oeuvre par des dirigeants comme Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et relayés par les Institutions Financières Internationales.
Et ils nous démontrent surtout que les Etats peuvent décider d'exercer leur contrôle. Pour ça, il a fallu que l'Etat le plus puissant de la planète soit poussé dans ses retranchements de prêteur en dernier ressort envers les géants de la banque et de l'assurance. Dame, tant qu'il s'agissait des simples citoyens bêtement confrontés à la précarité de leurs emplois, à la perte de leurs logements, ou à la hausse du coût des matières premières, il fallait que ces braves gens s'y fassent !
 
Ce mois de septembre sera-t-il le 11 septembre de Wall Street ? Je préfère dire - en tout cas espérer - qu'il sera pour le capitalisme financier ce qu'a été pour le marxisme-léninisme la chute du mur de Berlin, qui annonçait l'implosion de l'Union Soviétique.
 
En tout cas, dorénavant, le prochain qui me dit qu'on ne peut rien contre la main invisible du marché, je lui fous la mienne sur le museau.
Bien sûr, notre ami Adam Smith ne connaissait pas la titrisation, les subprimes, ou les credit default swaps.
La métaphore de la main invisible, si elle apparaît dans La Richesse des Nations (1776), son ouvrage de référence d'un point de vue économique, se trouvait une première fois dans l'ouvrage plus philosophique La Théorie des Sentiments Moraux (1759). L'auteur s'y s'émerveille sur un mode panglossien, mais sans l'ironie voltairienne, de l'ordre naturel du monde qui fait que, sans le faire exprès, les riches « partagent avec les pauvres le produit de toutes les améliorations [qu'ils suscitent] » et « sont conduits par une main invisible à opérer presque la même distribution des choses nécessaires de la vie que celle qui aurait été opérée si la terre avait été répartie en portions égales entre tous ses habitants ».

Petite devinette, à propos de Voltaire : de quand date le Candide ou L'Optimiste ?
Gagné, 1759 aussi !

A chacun ses Lumières.
 





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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 17:16

Une petite devinette de l'inusable série des ampoules, en honneur à Milton Friedman, qui nous a quitté il y a deux mois.

Combien d'idéologues néo-libéraux faut-il pour changer une ampoule ?

 

Aucun.

Le Marché s'en chargera.

 

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8 janvier 2007 1 08 /01 /janvier /2007 23:41

J'avais dit qu'on allait revenir sur l'écologie, qui devrait être un axe primordial (voire dans un sens l'axe primordial) du positionnement politique. Nous sommes tous sur le même bateau, et si le bateau commence à prendre la flotte, il est plus important d'empêcher l'aggravation des détériorations que de nous crêper le chignon sur la façon dont on s'organise.

Mais bon, nous autres les êtres humains continuerions à nous crêper le chignon même avec la flotte qui nous arriverait au ras des naseaux.

Cependant, l'écologie est un domaine objectivement délaissé par les politiques, pour la raison qu'il demande aux particuliers et aux entreprises de se priver de certaines facilités, et que le but est d'éviter des complications lointaines, abstraites, et incertaines.
Aucun homme politique élu ne peut se permettre de sacrifier le court terme au long terme.

Dominique Bourg explique dans son intervention à l'UTLS (306ème conférence, 01/11/2000) de façon très rigoureuse les caractéristiques des problèmes écologiques contemporains. Il est professeur d'écologie industrielle à l'université de Troyes, auteur de maints ouvrages et publications sur le sujet, et membre (probablement le plus compétent en la matière) de la "Commission Coppens", qui a préparé entre juin 2002 et avril 2003 la "Charte de l'Environnement", adoptée par le Parlement en 2004 et inscrite en référence dans le préambule de la Constitution en 2005.

D. Bourg note que l'impact des activités humaines sur la biosphère est devenu :
- non plus local, mais global, ne pouvant relever que d'une gestion internationale ;
- invisible, inaccessible aux sens ;
- imprévisible, n'apparaissant qu'après coup, et pour une part non maîtrisable vu la multiplicité des facteurs en jeu (d'où le "principe de précaution", qui loin d'être fumeux repose sur une base on ne peut plus logique) ;
- non modifiable à court terme, de par l'inertie inhérente aux phénomènes engendrés.

D'où la difficulté de l'écologie à se faire sa niche dans la politicosphère.

 

En France, il n'y a aucune culture écologique au sens politique. La guéguerre droite - gauche se balance royalement de la question écologique. A droite, on se préoccupe des entreprises, à gauche on se préoccupe du sort des salariés, un peu partout on se gargarise des droits-de-l'homme accommodés à sa propre sauce, point barre.
L'écologie est considérée comme un amusement pour bo-bos ou babas, entre citadins aisés détachés des réalités ou illuminés version new age.

 

Nicolas Hulot s'est invité dans la campagne présidentielle en attirant à juste titre l'attention sur la priorité qui doit être accordée à la question. Sa popularité auprès des français de toutes classes et de tous bords peut certainement faire progresser cette cause. M Hulot a délibérément délaissé la voie polémique pour préférer la voie consensuelle. Il déclare ainsi « L'enjeu écologique n'est ni de droite ni de gauche, il est au dessus de nos clivages traditionnels »

L'écologie est-elle de droite ou de gauche, ou au-dessus des partis ? Elle est certes "au-dessus des partis" en ce sens qu'elle pose la question de la qualité de la survie de l'humanité, voire de sa survie tout court, voire de l'avenir de la vie sur la planète. Mais il semble logique au moins de reconnaître que les préoccupations écologiques sont incompatibles avec la logique néolibérale qui sévit depuis 20-25 ans. Un monde livré aux marchés n'a évidemment pas plus de raison de s'inquiéter des conséquences environnementales de ses activités que de ses conséquences sociales. La course aux profits à court terme de l'actionnaire rationnel ne saurait s'embarrasser de contraintes lointaines, abstraites et incertaines.

 

Les Verts ont pris le parti de se démarquer radicalement de Nicolas Hulot, comme en atteste la lettre ouverte de Yann Wehrling, porte-parole des Verts, publiée dans Le Monde du 8 janvier : "Hulot ou l'écologie dévoyée".

La charge est convaincante, et soulève des points tels que :

« nous constatons avec inquiétude que tout le microcosme politique et entrepreneurial parisien est d'accord avec toi. Or beaucoup de ces nouveaux convertis qui s'engagent aujourd'hui en faveur de ton pacte sont les mêmes qui ont saccagé notre planète pendant des années et continuent de le faire. »

ou :

« Ton discours est "Nous sommes tous responsables...". Tu mets tout le monde sur le même plan. Ne crois-tu pas que tu dilues les responsabilités au point de faire disparaître dans un écran de fumée les vrais responsables ? »

La lettre ouverte conclut :

« Maintenant, tu dois aller au bout de ta logique : soit tu es du côté de l'"écologie-alibi", celle qui est indulgente avec les pollueurs et leurs complices ; soit tu t'engages dans la politique "pour de vrai", dans la durée, avec les gens qui se battent depuis des années sur le terrain, avec des militants... bref, avec une force politique. Cette force, tu le sais, c'est les Verts. »

« Cette force, tu le sais, c'est les Verts. »

C'te bonne blague !!

Les Verts ont eu en principe la responsabilité d'attirer l'attention des citoyens et des politiques sur ces problèmes particulièrement abstraits et peu rentables électoralement comme économiquement. Pour ce qui est des Verts français, force est de constater qu'ils ont failli à cette mission de façon catastrophique.
Alors même que leur mot d'ordre devrait être "lisibilité", ils ont noyés les questions écologiques, depuis la mise en minorité en 1994 d'Antoine Waechter (resté fidèle de son côté à un "ni droite ni gauche"), dans un fatras idéologico-sociétal orchestré par des opportunistes modèle Noël Mamère, qui a découragé les électeurs comme les militants. 

 

Il est déjà difficile d'envisager une réponse politique cohérente à l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère ou l'accumulation de PCB dans la chaîne alimentaire.
Mais quand en plus on brouille les cartes en faisant campagne pour le mariage des prêtres homosexuels ou contre la double peine pour les étrangers en situation irrégulière consommateurs de cannabis, c'est qu'on est plus intéressé par le remue-ménage médiatique que l'avenir de la planète.

 

Alors quoi ? 

Corinne Lepage, Antoine Waechter, et France Gamerre n'ont pas quant à eux assez de visibilité médiatique.

 

Donc l'écologie française attendra encore. Mais après tout, M Hulot, à qui on reproche (non sans quelque raison) tantôt son manque de cohérence théorique, tantôt son manque d'assise scientifique, tantôt son manque d'adossement politique, aura peut-être fait avancer à sa manière le schmilblick.

 

 

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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 22:15

 

 

 

 

 

 

 

 

Après l'historique de la distinction droite /gauche, embrayons sur son actualité.

Qu'en est-il dans la France contemporaine de l'opposition droite gauche, a-t-elle encore un sens ?


A la lumière des débats politiques hexagonaux actuels, et en tentant de faire la synthèse de ce qui semble déterminer le positionnement des différents candidats, je propose de distinguer les 4 axes suivants.

 

 

 

 

1) Axe économique, avec pôle libéral et pôle social

 

Au fond, c'est la véritable signification actuelle de la différence droite/gauche.


D'un côté le primat du marché, la déréglementation, la privatisation, au nom de la déification de la main invisible du marché et/ou de la réification (i.e. l'inéluctabilité) de la compétition mondialisée.
De l'autre côté la nécessité de contrôles politiques, à l'échelon étatique ou supra-étatique, sur le monde du travail et sur les échanges, au nom du bien commun et des valeurs de solidarité.


Les tenants du marché mettent en avant la "Liberté", l'esprit d'entreprise, le goût de l'initiative, la prise de risque. Ils oublient de dire qu'avec le passage du capitalisme entrepreneurial /managerial au capitalisme actionnarial /patrimonial caractéristique du néolibéralisme, ces valeurs, dont l'intérêt est incontestable, sont précisément passées à l'arrière-plan, au profit de l'impératif de rentabilité maximale à court-terme.

Les tenants de l'intervention de l'Etat mettent en avant la "Fraternité", et cherchent à limiter les inégalités matérielles par des règles de contrôle ou de redistribution. Pour certains archéo-marxistes, il s'agit toujours d'une logique d'opposition bourgeoisie versus prolétariat.

 


2) Axe sociétal, avec pôle libertaire et pôle autoritaire


Dans un sens, c'est la société du "droit" contre la société du "devoir".

D'un côté droit de l'individu, droit de la femme, droit des minorités, droit des communautés...

De l'autre côté devoir d'allégeance des citoyens envers l'Etat, nécessaire Léviathan considéré comme garant de la cohésion sociale.


Cette opposition a accompagné historiquement l'opposition gauche/droite, la "droite" ayant appuyé la notion de "devoir" pour maintenir un certain ordre social établi, jusqu'à l'éclatement de cette notion dans le sillage de 68, où le "droit" des uns et des autres est passé au premier plan. Mais depuis, force est de constater que la coloration politique de l'opposition "droit/devoir" est plus qu'incertaine.

 

La distiction d'un axe sociétal vis à vis d'un axe économique a été popularisée par David Nolan à partir de 1971 (le diagramme de Nolan). Nolan est l'un des fondateurs du parti libertarien aux USA. Le courant libertarien est un courant assez inconnu en France, mais qui constitue l'un des grands courants politiques aux Etats-Unis en dehors des 2 grands partis. C'est un parti prônant la liberté aussi bien sur le plan économique (dérégulation de l'économie, baisse voire suppression des impôts...) que sur le plan individuel (liberté d'usage des drogues, liberté de possession d'armes à feu...)

 

  

 Par ailleurs, pointons ici la possiblité d'au moins deux types de paradoxes:


- Les partisans de l'intervention étatique en matière socio-économique peuvent être les adversaires de cette même intervention étatique en matière sociétale (à "gauche"), ou inversement (à "droite")


- Les partisans du pôle libertaire demandent en principe le désengagement de l'Etat (et la liberté de fumer du hackick, d'avorter, de convoler avec des gensses de son sexe, d'immigrer en France ...). Mais, quand ils sont de "gauche", ils réclament aussi l'intervention de l'Etat (pour instaurer la parité, pour lutter contre les discriminations, pour interdire l'extrême-droite, pour punir les racistes...).


Sur d'autres thèmes, les divisions sont encore plus difficiles à suivre (par exemple la question de la laïcité, avec la diversité de ses motivations et de ses aspects)


Enfin, un point-clé du débat politique est la question de la sécurité, au sens policier de la sécurité des biens et des personnes.

Pour les "libertaires" de "gauche", le terme "sécuritaire" est une insulte.

Mais pour eux, il appartient en revanche à l'Etat de créer en amont les conditions d'une société sans délinquance.

 


3) Axe national politique, avec pôle souverainiste et pôle supranational

 
Cet axe est un axe politique, économique, et géopolitique, qui met en jeu la France en tant que Nation.
Il oppose en pratique le pôle "souverainiste" avec, à l'autre extrémité, le pôle "fédéraliste" européen.

On peut constater que l'opposition "souverainiste" vs "atlantiste" (partisan d'une alliance avec les USA) ne s'écarte pas vraiment de cet axe.

Les "souverainistes" sont anti-atlantistes. Et les "européistes" soit sont atlantistes (M Sarkozy ou M Strauss-Kahn), soit se tiennent dans une prudente réserve, connaissant les réticences des citoyens français envers la domination américaine et l'emploi qui en est fait.

On notera bien entendu qu'il ne faut pas assimiler l'"anti-atlantisme" avec la position "anti-américaine" de la gauche anti-libérale, laquelle ne se confond nullement avec un quelconque souverainisme, voire se réclame d'une "internationale" anti-libérale.

 


4) Axe national culturel, avec pôle identitaire et pôle multiculturaliste

 

Cet axe est un axe normatif, qui met en jeu la France en tant qu'entité culturelle.

 

Il met en oeuvre la menace d'une dilution de l'identité nationale non pas de l'extérieur, par d'autres Etats ou des institutions supra-étatiques, mais de l'intérieur, par la présence d'individus de culture étrangère, notamment extra-européenne, et tout particulièrement musulmane.
L'immigration (actuelle, passée, ou à venir) est la question centrale de cet axe.

 

C'est un axe qui, pour avoir quelques recoupements avec le précédent, ne se confond pas pour autant avec lui.

 

 

Et c'est surtout un sujet (comme le sujet de la "sécurité") qui permet d'escamoter les vrais sujets et qui est volontiers instrumentalisé par les démagogues. De tout temps et dans tous les pays, les périodes d'immigration, de crise économique et/ou de crise politique se sont accompagnées de débats passionnés sur certains étrangers ou personnes d'ascendance étrangère. Il n'est que de voir l'importance démesurée de cette question dans les médias de toutes sortes, y compris bien entendu Internet.


Les obsessions de "pureté" ethno-culturelle sont actuellement volontiers mêlées à des impératifs de préférence nationale en matière de travail, de logement, de protection sociale...

Ce qui fait qu'aucun homme politique ne peut échapper à cette question.

 

Cet axe renvoie bien entendu à la position traditionnelle de la droite nationaliste et son discours xénophobe. Mais pas seulement.

 

 

 - Beaucoup d'électeurs y sont sensibles, pour des raisons variées trop longues à préciser ici.

- Les médias, tout en dénonçant la bouche en cul de poule le racisme, la discrimination et l'exclusion, maintiennent les clichés et les préjugés, parce que les médias populaires fonctionnent précisément sur les clichés et les préjugés.

- La question de la "culture" française" renvoie à des questions sensibles comme la place des femmes ou la laïcité. Des gensses de gauche ont donc été amenés à taper du poing sur la table pour défendre les valeurs françaises par exemple sur l'affaire du voile à l'école ou sur l'affaire des caricatures de Mahomet. 


Notons que c'est là aussi un domaine où fleurissent les paradoxes.

 

 - L'immigration, y compris en provenance de pays hors UE, est une des solutions prônées par les employeurs français pour subvenir à la pénurie de main d'oeuvre dans des secteurs d'activité comme le BTP, l'industrie, notamment métallurgique et mécanique, ou l'hôtellerie-restauration.

La gauche trotskyste anti-patronat quant à elle, et notamment les divers faux nez de la LCR,  milite pour la régularisation systématique des immigrés en situation irrégulière, dans une logique de lutte des classes à l'échelon planétaire.

On voit que la droite libérale et la gauche anti-libérale sont ici complémentaires.

 

 - Les défenseurs des immigrés qui, soit de bonne foi, soit par stratégie politique, veulent ouvrir large les portes d'un pays qui n'est de toute façon pas prêt à les recevoir, condamnent ces immigrés aux problèmes de logement, de travail, au statut d'assisté ou de délinquant, et à l'intégration quasi-impossible.


 - Les tenants du pôle identitaire, en favorisant l'exclusion des sujets d'origine culturelle différente, jugés inintégrables, les poussent à rester en communautés qui vont perpétuer les clivages.
Ils montrent constamment du doigt ces gensses en les accusant de tous les maux de la société, et ainsi travaillent à la réalisation de leur prédiction selon laquelle ces gensses posent des problèmes d'intégration, représentent une charge pour l'Etat, et sont facteurs de délinquance.

 

 - Les tenants du pôle multiculturaliste dans sa version communautariste, en favorisant la juxtaposition de communautés au nom du droit des minorités et de la diversité culturelle, maintiennent également l'exclusion des citoyens d'origine différente.

Il critiquent le point de vue essentialiste, d'inspiration biologique, des racistes, mais parfois le reproduisent sur le mode anthropologique, en faisant d'un individu la simple somme de ses racines culturelles. C'est ainsi par exemple qu'un citoyen issu de la culture musulmane sera sommé d'afficher des prises de position pro-musulmanes, ou bien qu'un citoyen issu d'une généalogie juive sera sommé d'afficher (ou soupçonné de défendre) des prises de position pro-sionistes.
Ils mettent le droit des minorités à s'auto-organiser au-delà du devoir de cohésion nationale, mais réclament de l'Etat qu'il protège ces minorités en tant que telles, portant devant la justice la moindre parole critique (envers les musulmans, envers les Juifs,...).

 

 Autres axes 

 

   

 Certains axes ne sont pas déterminants en France.

Je pense notamment à l'axe écologique. Les médias y vont de temps en temps de leurs trompettes quand on les sollicite comme ils l'aiment, et chaque parti y va de ses incantations. Mais cela ne fait pas vraiment débat et reste abstrait, alors que c'est un domaine qui devrait déterminer les positionnements tant des candidats que des électeurs.

C'est en quelque sorte l'inverse des questions comme la sécurité ou l'identité nationale.

Pourtant c'est évidemment un domaine crucial.

Tiens, j'y reviendrai dans un autre article.

 

 

 

 

En tout cas, ce qui continue à faire la différence droite/gauche, c'est l'axe économique. Le reste, soit ce sont des questions transversales, soit c'est du bla-bla, du bla-bla dont nous inondent les médias parce que nous aimons le bla-bla, vu que chacun peut avoir une opinion immédiate sur le bla-bla voire bla-blater lui-même sans compétence particulière, exactement comme moi sur ce blog.

 

 

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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 22:01

Bon, je sens qu'il faut que j'intervienne encore.

De quoi causait-on la dernière fois ? Ah oui, des éléphants droitiers et des éléphants gauchers.

Bon, alors j'embraye. Les éléphants, la droite et la gauche, ça vous évoque la politique, pas vrai ?

Eh bien je vais donc vous entretenir de la droite et de la gauche.

 

Mais d'abord, d'où ça vient, cette habitude de désigner les courants conservateurs ou inégalitaristes par "la droite" et les courants progressistes ou égalitaristes par "la gauche" ?

 

OK, vous n'êtes pas nés de la dernière pluie, vous savez que la distinction droite-gauche remonte aux débuts de la Révolution française, et se réfère à la disposition des députés dans la salle de l'Assemblée. Cette distinction est restée en France, puis s'est étendue aux autres pays d'Europe et aux Etazunis.

 

On a même coutume de se référer à une date précise, le 28 août 1789, depuis l'ouvrage de PBJ Buchez et PC Roux "L'histoire parlementaire de la révolution" (40 volumes publiés de 1834 à 1840), première compilation des débats parlementaires, d'articles de journaux et de débats de clubs révolutionnaires, assortie de commentaires).

 

Les auteurs mentionnent la séance du 28 août 1789, avec un débat sur la Constitution, et notamment sur les principes du gouvernement monarchique, et donc sur les prérogatives accordées au roi, en particulier son droit de veto absolu sur les décisions des députés.

Et ils concluent ( http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k288684 , p 349 ) :

 

" Ce fut à la suite de cette séance que l'assemblée se sépara définitivement en côté gauche et côté droit. Tous les partisans du veto allèrent s'asseoir à la gauche du président; tous les antagonistes se groupèrent dans la partie opposée. Cette séparation rendait plus facile le calcul des voix dans le vote par assis et levé, qui avait été conservé.

Depuis longtemps déjà, et des avant la réunion des ordres, l'extrême gauche et l'extrême droite étaient devenues le point de réunion des députés les plus ardents dans les opinions alors opposées. Chaque groupe avait été en augmentant en nombre, au fur et à mesure que les discussions devenaient plus irritantes. Les habitués des bancs de droite appelaient le côté gauche coin du Palais Royal; non pas, ainsi qu'on l'a dit plus tard, parce qu'il était composé des partisans d'Orléans, mais parce qu'ils agissaient dans l'opinion des motionnaires du Palais Royal : ce surnom lui était donné à titre d'injure. On désignait les motions de ses membres sous le nom d'arrêtés bretons. Mais la majorité des représentants ne se classa complètement dans l'une des deux divisions qu'après la séance dont nous venons de parler."

 

Quelques commentaires pour mieux comprendre :

 

D'abord, il faut se souvenir que, durant ce long foutoir que fut la Révolution Française, et à laquelle l'Histoire a donné par la suite un ordre et un sens pour l'édification du citoyen, le Roi n'a pas été retiré de la circulation à la date mythique du 14 juillet 1789, mais 3 ans plus tard en août 1792.

 

Le point de vue de Buchez et Roux est nuancé : ils disent que cette séance n'a fait que confirmer une répartition qui existait déjà dès le temps des Etats Généraux. Dans le même sens, Edna Hindie-Lemay cite dans "La vie quotidienne des députés aux États généraux" (1989)  le Journal du député Pierre-Paul Nairac qui écrivait dès le 8 mai 1789 : "On a cru parvenir à une solution quelconque en invitant l'Assemblée de se partager en sorte que ceux qui seraient de l'avis de Malouet [monarchien] passeraient à droite, et ceux qui préféreraient la motion de Mirabeau [patriote] se rangeraient à gauche".

 

La "réunion des ordres" se réfère probablement à la réunion des 3 ordres en une Assemblée Nationale unique à partir du 27 juin 1789, le roi se pliant devant le  fait accompli. Les 3 ordres de la société de l'Ancien Régime, noblesse, clergé et tiers état, siègeaient jusqu'alors sur convocation du roi dans le cadre des Etats Généraux depuis le 5 mai 1789. Le 17 juin, les députés du Tiers état, constatant avec Sieyès qu'ils représentaient 96% de la nation, votaient la transformation des Etats Généraux en Assemblée nationale. Dans les jours qui suivaient, un certain nombre de députés du bas clergé et de nobles libéraux s'étaient déjà ralliés à l'Assemblée Nationale.

 

Le "Palais Royal" fait référence au duc d'Orléans. C'était la demeure de la branche des Orléans depuis que Philippe de France, le frère de Louis XIV, l'avait reçu en apanage.

Louis Philippe Joseph d'Orléans avait de longue date marqué sa dissidence vis à vis de la monarchie en place, notamment après qu'il soit devenu duc d'Orléans après la mort de son père en 1785. Il s'était montré favorable aux Tiers état et s'y était rallié au sein de l'Assemblée Nationale peu après sa proclamation.

Le duc d'Orléans passait pour le protecteur plus ou moins occulte des opposants au roi, des "patriotes", voire des agitateurs et des factieux.

Notons par parenthèse que Buchez et Roux écrivirent leur ouvrage durant la Monarchie de Juillet, sous Louis-Philippe 1er, fils justement de Louis Philippe Joseph d'Orléans, porté au pouvoir entre les barricades de 1830 et celles de 1848.

 

Pourtant, les "orléanistes" sont restés dans la mémoire française comme un courant monarchiste, donc conservateur (par rapport aux républicains). C'était une des branches de la monarchie (opposée à l'autre branche principale, les "légitimistes").

Et d'une façon plus générale, la droite "orléaniste" est considérée depuis l'ouvrage de l'historien politologue René Rémond "La Droite en France de 1815 à nos jours" (1954) comme l'une des trois composantes de la droite en France (à savoir une composante libérale, à côté de la droite "légitimiste", réactionnaire, dont l'auteur reconnait dans un ouvrage de 2005 qu'elle n'existe plus que comme vestige, et de la droite "bonapartiste", autoritaire).

Mais bon, l'Histoire vous juge selon le contexte progressiste un jour, et réactionnaire le lendemain.

 

Les jardins du Palais Royal, ouverts au public depuis l'époque du père de Louis Philippe Joseph d'Orléans, et où la police royale n'avait pas autorité, étaient devenus un club révolutionnaire, un forum où les idées subversives avaient droit de cité.

 

Les "motionnaires du Palais Royal" désignaient donc sous la plume de Buchez et Roux les députés qui proposaient des résolutions contre le pouvoir royal.

 

Les "arrêtés bretons" font probablement référence aux députés bretons, réputés les mieux organisés pour défendre le Tiers état contre le pouvoir aristocratique (et que les légitimistes disaient naturellement en cheville avec le duc d'Orléans). Les députés bretons se réunissaient dès les Etats Généraux en un "club breton", dans un café de Versailles, pour débattre à l'avance les sujets qui devaient être traités en séance. Comme quoi la légende de la Bretagne, fief des réactionnaires, hein !...

 

 

Maintenant, puisque nous sommes avec la "droite" et la "gauche" dans la désignation topographique, précisons dans quels lieux nous nous trouvions, car les députés ne siégeaient pas encore au Palais Bourbon.

 

L'Assemblée nationale constituante a d'abord siégé là où siégeaient les Etats Généraux, à savoir dans la salle de l'Hôtel des Menus Plaisirs (c'est-y pas mimi ?) de Versailles. Elle avait été aménagée en amphithéatre avec banquettes disposée en gradins à partir de fin juillet 1789.

C'est donc là que se prirent au début les habitudes de se disposer à droite ou à gauche.

 

En octobre 1789, après que le Roi ait été ramené de Versailles à Paris, au Palais des Tuileries, l'Assemblée le suivit, et tint séance à partir de novembre dans la salle du Manège des Tuileries. Les mêmes habitudes de disposition topographique s'y reprirent.

C'est dans cette salle du Manège que siégèrent de 1789 à 1793 trois assemblées révolutionnaires : la Constituante (novembre 1789-septembre 1791), la Législative (1791-1792) et la Convention (de septembre 1792 jusqu'au 9 mai 1793).

 

Puis, le 10 mai 1793, les 750 membres de la Convention s'installèrent à la salle des Machines du théatre des Tuileries, dont les banquettes étaient disposées en demi-cercles concentriques, inaugurant ainsi l'hémicycle.

 

Puis, en septembre 1795, la Convention thermidorienne adopta la Constitution de l'an III, qui allait mettre en place le Directoire, et qui instaurait le bicamérisme (dont nous héritons encore malheureusement aujourd'hui avec l'inutile Sénat). Le pouvoir législatif se retrouvait partagé entre un Conseil des Cinq-Cents (les députés) et un Conseil des Anciens (l'ancêtre du Sénat).

Les Cinq-Cents retournèrent à la salle du Manège en octobre 1795, au début du Directoire, en attendant qu'on leur aménage le Palais Bourbon, le siège de l'Assemblée que nous connaissons de nos jours.

C'est le 21 janvier 1798 que les députés des Cinq-Cents tinrent leur première séance au Palais Bourbon, dans une salle aménagée en hémicycle, mais qui n'est pas celle que nous connaissons actuellement : elle sera détruite sous la Restauration. Et de toute façon, le 18 brumaire an VIII  (9 novembre 1799), un sinistre personnage curieusement resté populaire en France du nom de Bonaparte allait mettre fin à la démocratie parlementaire.

 

Ce n'est qu'entre 1828 et 1832 que des travaux de transformation du Palais Bourbon aboutirent à l'actuelle salle en hémicycle que nous connaissons, inaugurée en novembre 1832, sous la Monarchie de Juillet, alors que Buchez et Roux allaient entamer la rédaction de leur "Histoire parlementaire de la Révolution".

La disposition des députés dans l'hémicycle actuel : 

http://www.assemblee-nationale.fr/qui/deputes_hemicycle.asp

 

Pour ce qui est du Sénat, j'en sais rien et je veux pas le savoir.

(initialement publié le 28/12/06)

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