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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 20:02

 

 

 

« une inquiétude croissante le pâlissait, à la vue du flot toujours montant des mineurs.

   [...]

Déjà, tous revenaient, dans un mépris exalté de la mort. [...] - Tuez-nous, tuez-nous donc ! Nous voulons nos droits.

   […]

Et tous continuaient à se jeter sur les fusils. Si une décharge avait eu lieu à ce moment, elle aurait fauché la foule.

   […]

il allait crier : Feu ! lorsque les fusils partirent d’eux-mêmes, trois coups d’abord, puis cinq, puis un roulement de peloton, puis un coup tout seul, longtemps après, dans le grand silence.

   […]

Les blessés hurlaient, les morts se refroidissaient dans des postures cassées. »

           (Germinal, É. Zola,1885)

 

La police sud-africaine a tiré sur un groupe de mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana, le 16 août, faisant 34 morts et plus du double de blessés.

Une spectaculaire vidéo en a été diffusée par l’agence Reuters (ci-dessus). Des extraits de cette vidéo ont été repris par tous les médias, ils ont fait le tour du monde et choquent non seulement l’Afrique du Sud mais le monde entier.

 

Les manifestants ont sans doute eu un comportement suicidaire. Et ce ne sont sans doute pas des enfants de chœur. Les policiers étaient d’autant plus nerveux qu'on rapporte que deux d’entre eux avaient été battus à mort par des manifestants quelques jours plus tôt.

Mais une telle réponse de la police est à notre époque totalement scandaleuse.

 

On lit ça et là que cet épisode ramène aux années de l’apartheid.

Mais non. Ce n’est pas aux années de l’apartheid, qu’il ramène. Si les mineurs grévistes sont effectivement tous Noirs, les Noirs sont également largement représentés parmi les policiers.

C'est au dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe siècle, que ramène cet épisode. À l’époque du mouvement ouvrier qui précéda et suivit la naissance des syndicats, lorsque les grèves des mineurs, en Europe et en Amérique du Nord, pouvaient être férocement réprimées par l’armée.

 

Pour s’en tenir à la France, ceci va des fusillades des mineurs de charbon à la fin du Second Empire, en juin 1869 au Brûlé dans la Loire et en octobre 1869 à Aubin dans l’Aveyron, jusqu’aux fusillades des carriers des sablières de Draveil et Villeneuve-St-Georges, dans l’actuelle Essonne, en juin puis en juillet 1908, sous le premier cabinet Clemenceau. 

 

En ces temps-là, mineurs et ouvriers faisaient un travail rude et vivaient dans des conditions rudes. Et lorsqu’ils faisaient grève pour protester contre leurs conditions de travail ou réclamer plus de sous, leurs manifestations pouvaient être rudes, ce n’étaient pas toujours de paisibles défilés, et ils étaient habitués à manier les outils. Tout comme les manifestations des grévistes de Marikana.

 

Ces mouvements ouvriers inspirèrent de grands auteurs du XIXe siècle.

 

La fusillade d’Aubin inspira à Victor Hugo « Aubin »  (in Les Années Funestes, publié post-mortem en 1898).

On peut lire dans ce poème comme une référence à la tuerie de Marikana : « Le mineur, c’est le nègre. Hélas, oui ! ». Par cette formule qui sonne curieusement à nos oreilles contemporaines, le grand Victor signifiait que les mineurs étaient traités comme étaient traités les nègres à l’époque. Il aurait eu des choses à apprendre à Jean-Paul Guerlain…

 

Et si c’est la grève des mineurs d’Anzin en 1884, qui inspira le Germinal d'Émile Zola, le chapitre sur la fusillade du Voreux (sixième partie, chapitre V) s’inspire, lui, de la fusillade du Brûlé (cest de ce chapitre que proviennent les extraits en tête de l'article).

 

Je ne résiste pas à terminer par une parenthèse, à l’intention des hommes de gauche français actuels : Hugo ou Zola, ces défenseurs des damnés de la terre, se préoccupèrent également du sort des animaux. On peut consulter de courts exemples de ce qu’ils ont pu écrire sur ce thème, dans un recueil intitulé Anthologie d’éthique animale (PUF, 2011).

 

Voilà, c'était mon article annuel.

 

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20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 09:09

 

A l'occasion du cinquantenaire de la "bataille d'Alger", dimanche 16 septembre sur France 3 était diffusée la seconde partie du documentaire de Patrick Rotman "L'ennemi intime" (la 1ère partie était le dimanche 9 septembre), réalisé en 2002.

De quoi ça cause ? De la torture durant la guerre d'Algérie, de 1954 à 1962.

Bon, d'accord, on sait, une sale affaire, et alors ?

Eh bien l'intérêt de ce documentaire, c'est qu'il repose essentiellement sur des témoignages. Il y a des images d'archives ou de films personnels en 8 mm, mais il s'agit surtout des témoignages filmés d'anciens engagés ou appelés qui ont participé, qui ont été les relais, ou qui "simplement" ont été passivement confrontés de plus ou moins près à la torture, aux mauvais traitements, et aux exécutions arbitraires.

 

Et alors ? Ça doit être chiant ?

Justement, pas du tout.

 

Car ce documentaire ne se contente pas d'exposer comment se nourrissent inexorablement  les  ennemis complémentaires, en l'occurrence le terrorisme du FLN et la répression aveugle de l'armée française.

 

Il dévoile aussi petit à petit les barrières internes que chacun franchit pour être acteur ou spectateur de l'inacceptable.

 

D'où le titre "l'ennemi intime" : ce n'est pas seulement l'adversaire, avec qui on entretient nécessairement une logique intime d'escalade, c'est évidemment en dernière analyse soi-même.

 

Qui sont les bons, qui sont les mauvais ?

Bien sûr, le sens de l'histoire a donné tort à la France et raison au peuple algérien, et il faut en prendre acte. Même si l'Algérie est encore aux prises avec le cycle de la violence et même si elle n'a pas encore su exploiter ses richesses.

Bien sûr, il y a eu des pervers estampillés, parmi les engagés, parmi les appelés, parmi les harkis, comme parmi les résistants du FLN... Les témoignages du film en attestent. Les gens qui jouissent aisément de la souffrance d'autrui, ça existe.

Mais les autres, tous les autres ?...

Tous ces officiers qui avaient vécu voire combattu 15 ou 20 ans plus tôt l'occupation nazie, dont certains avaient même pu avoir affaire aux mauvais traitements de la Gestapo ?

Tous ces jeunes appelés qui se sont retrouvés spectateurs voire complices des sévices infligés à des civils, y compris des femmes, y compris des enfants ?

En écoutant témoigner tous ces hommes, dont certains ont de solides défenses mais dont d'autres finissent par craquer devant la caméra, on en vient naturellement à se poser la question : et si j'avais été sur place, à 20 ans, pendant la guerre d'Algérie, qu'est ce que j'aurais fait ?

 

Car évidemment, moi qui écris comme vous qui lisez (je m'adresse aux hommes de sexe masculin, puisqu'il est question de soldats), nous savons que jamais nous ne torturerions, que jamais nous ne violerions, que jamais nous n'abattrions sommairement quelqu'un. Et qu'il ferait bon voir qu'on s'avise de le faire en notre présence !

Bon, en réfléchissant un peu, en faisant des "expériences de pensée", on parvient bien à se dire qu'au fond, dans des circonstances particulières, on pourrait nous aussi être dépassés par les événements ou par nos émotions. Mais on ne reste pas trop longtemps penché au-dessus du vide, et on s'empresse de réintégrer notre représentation rassurante de nous-même.

 

En tout cas, force est de reconnaître qu'en temps de conflit armé les tortionnaires, leurs assistants, et leurs complices passifs ne font jamais défaut. Et sauf à postuler qu'ils surgissent ex nihilo, il y a lieu de considérer que ce petit monde se recrute chez les gens comme vous et moi.

En réalité, ça n'a rien de surprenant.

 

En pays étranger, en situation de conflit, qui va courir le risque de se retrouver en marge du groupe ? De passer pour un emmerdeur ? De passer pour une poule mouillée ? De passer pour un traître ? La situation est dangereuse, on veut sauver sa peau, il faut pouvoir compter sur les autres. Et hors les situations dangereuses, le temps est long, déjà on se fait chier, on ne veut pas se retrouver isolé.

 

En pays étranger, en situation de conflit, qui va courir le risque d'affronter l'énorme machinerie militaire, l'emprise explicite ou implicite qu'elle exerce sur chaque individu, la lourdeur de ses sanctions officielles ou déguisées ?

Si on est un militaire engagé, on doit appliquer les ordres, c'est le principe de l'armée.

Si on est un appelé, tout ce qui compte c'est de tenir le coup en attendant la quille.

 

En plus, si on est un appelé, on est jeune. Déjà, on débarque seul dans un milieu déjà organisé, avec ses règles, ses rôles. On est plus facilement influençable, on a moins eu le temps de se forger des règles morales personnelles solides, on a moins de références dans son expérience personnelle. Et on a davantage besoin de l'approbation des autres, on est plus sensible à l'effet de groupe. Et on a envie de sensations fortes, ce qui peut conduire à des dérapages dans les comportements.

 

Et puis quelles sont les alternatives ? Protester ? Convaincre les autres ? S'interposer ? Dénoncer ? Se rebeller ? Déserter ? Témoigner ? Protéger, soigner, sauver l'adversaire ?... En d'autres termes, accepter de se mettre personnellement en danger pour un résultat très incertain. D'accord, les fictions de cinéma glorifient volontiers les personnages qui optent pour ces positions. Mais quand on se retrouve sur le terrain dans la vraie vie, c'est une autre paire de manches. Rien que dans le métro, si une agression survient, tout le monde s'empresse de regarder le plafond en sifflotant, alors en terre hostile en situation de conflit, tu parles...

 

Et pour finir l'adversaire existe pour de bon. Si peu de soldats avaient pu constater de visu les exactions du FLN, les histoires ou les photos de cadavres égorgés et mutilés "par les fellouzes" ou de victimes des attentats ne manquaient pas, propres à faire rentrer dans le rang les esprits rebelles.

 

Quelques témoignages dans "L'ennemi intime" - peut-être un seul, je ne sais plus - évoquaient avec une gêne extrême la curiosité, voire la fascination devant le spectacle de la torture, de l'atteinte à l'intégrité des corps. Un fond de perversité semble structurellement tapi chez l'être humain, plus ou moins (selon les individus) prêts à sortir en cas d'"autorisation".

On évoque les antiques jeux du cirque, ou dans les sociétés anciennes la fréquentation des supplices publics.

Ou tous les spectacles agonistiques organisés contre des animaux ou entre des animaux, dont certains persistent encore de nos jours.

Ou les fameuses expériences que Stanley Milgram rapporte dans son ouvrage "Soumission à l'autorité" (Harper & Row, 74 et Calmann-Lévy, 94). 

On évoque enfin plus banalement les innombrables oeuvres de fiction comme, pour ne prendre que des références françaises, "Les Cent-Vingt Journées de Sodome" de Sade, "Le jardin des supplices" de Mirbeau, ou le théatre du Grand Guignol, ou encore comme depuis les années 70 la déferlante de films "gore" de plus en plus "graphic", sans parler de certains jeux vidéo.

 

Pour le reste, les mécanismes de défense évoqués par le documentaire sont communs : banalisation, rationalisation, clivage, cynisme, divertissement, alcool...

 

Patrick Rotman, le réalisateur, a également fait de ces témoignages un livre du même titre, et avait déjà fait avec Bertrand Tavernier en 1992 un livre et un documentaire intitulés "La guerre sans nom - Les appelés d'Algérie".

Un film de fiction va sortir d'ici 2 semaines, avec le même titre "L'ennemi intime". Le scénariste est Patrick Rotman, et le réalisateur (Florent-Emilio Siri) comme l'acteur principal (Benoît Magimel, initiateur du film) s'y sont sincèrement investis. Je lui souhaite non  moins sincèrement tout le succès possible, mais il est pour moi évident qu'une fiction n'atteindra pas le quart de la moitié de la force du documentaire. Rien que la bande-annonce donne l'impression d'un film déjà cent fois vu. L'esthétique des images, des mouvements de caméra, de la musique, du jeu des acteurs, des dialogues, cette esthétique tend irrémédiablement à faire écran entre le sujet et le spectateur.

Je ne devrais pas le dire, mais je m'autorise à le dire parce que je sais que personne ne me lit. C'est l'avantage.

 

Sinon, dans le genre du témoignage, on pourra songer au procès Eichmann en 1961, et au documentaire qu'ont tiré de ses images d'archives Rony Brauman et Eyal Sivan ("Un spécialiste", 1999). Et bien entendu au livre de Hannah Arendt "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal" (1963), qui fait toujours scandale pour certains.

Et on n'oubliera pas l'indispensable livre de Jean Hatzfeld, "Une saison de machettes" (2003), sur le massacre du Rwanda que l'auteur qualifie de "génocide de proximité". Il prolonge en quelque sorte la thèse de Hannah Arendt en montrant que le "mal" n'a même pas besoin d'un appareil totalitaire pour s'exprimer dans sa banalité.

 

 

S'il fallait conclure :

 

- Chaque être humain a sa part d'ombre, sa part d'agressivité gratuite, sa part destructrice. Appelons ça si on veut avec Freud pulsion de mort. C'est notamment une des vérités que visait à faire admettre le mythe chrétien, mais il a ici comme pour le reste radicalement échoué. Pour chaque être humain, le "mal" est et reste chez les "autres". Après tout, la projection doit être un mécanisme fondamental de survie psychique.

- Il est donc capital de mettre en place des systèmes de société où cette part destructrice reste bridée, et d'éviter les circonstances où son expression devient possible, voire légitime, au premier rang desquelles les conflits armés de toutes sortes. Cette dernière remarque à l'intention de ceusses qui pensent que le recours aux armes, sauf pour se défendre, peut constituer une solution.

 

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 16:15

 

(suite de "Concordance des temps [2a])

Cette deuxième partie traite des problèmes liés aux Irlando-Américains après la guerre de Sécession.

 

   

 

ATTAQUES ANTI-ORANGISTES


A partir de 1868, les catholiques irlandais de New York ont attaqué la parade annuelle des Orangistes.
Rappelons que l'Ordre d'Orange était une société créée par des Irlandais protestants unionistes à la fin du XVIIIème pour défendre les intérêts protestants contre les catholiques. Il procède le 12 juillet de chaque année à une "Marche" célébrant la bataille de la Boyne, date clé de la victoire des troupes protestantes de Guillaume d'Orange contre les troupes catholiques de Jacques II (et de Louis XIV) en 1690. Cette marche est encore de nos jours facteur d'affrontement entre catholiques et paradeurs en Irlande du Nord.


Les Orangistes étaient installés dans le Nord-Est des Tazunis depuis les années 1820, et s'étaient particulièrement bien intégrés dans la société américaine.

En 1870, l'attaque d'un raout orangiste par une bande armée de catholiques le 12 juillet fit 9 morts et une centaine de blessés. L'année suivante, les Irlandais catholiques réclamèrent l'interdiction de la Parade. Le 10 juillet, le Chef de la Police de New York interdit la marche, et le New York Times titra en Une le 11 juillet : "Terrorism Rampant. City Authorities Overawed [se font intimider] by the Roman Catholics." Le gouverneur autorisa finalement la Parade, sous haute protection policière. Des bandes de catholiques attaquèrent, les ripostes policières firent 20 morts et plusieurs centaines de blessés. Et plusieurs centaines d'émeutiers furent arrêtés.

 

 

   

LES "MOLLY MAGUIRES"

 

 

Les immigrés irlandais se retrouvaient aussi en nombre important dans les mines de charbon de Pennsylvanie.

Au moment de la conscription pour la Guerre de Sécession, des émeutes éclatèrent aussi dans cette région, ainsi à Cass, dans le comté de Schuykill, le coeur de la région minière. Les mineurs étaient de pauvres immigrés européens, l'argent était difficile à gagner, l'ambiance était rude, les rivalités inter-ethniques monnaie courante (par exemple entre Irlandais et Gallois), et la criminalité de rue élevée.

Au moment de la Guerre de Sécession (1861-1865) se constitua parmi les mineurs irlandais du Nord-Est de la Pennsylvanie le mouvement clandestin dit "Molly Maguires", inspiré par le mouvement "Molly Maguires" né en Irlande dans les années 1840 et censé porter le nom d'une veuve qui mena un mouvement de révolte clandestine contre les propriétaires terriens. Le mouvement commença à faire parler de lui par ses exactions à partir de 1865.

 

 

En fait, les Molly Maguires furent décrits comme une mafia qui défendaient les irlandais catholiques par des méthodes terroristes d'intimidation et d'assassinats notamment auprès des responsables de l'organisation du travail des mines.

Pour d'autres il s'agissait du bras armé du syndicat, le Workingmen's Benevolent Association, dans un contexte où le droit du travail était plus que rudimentaire, et où les grèves étaient difficiles à tenir et peu efficaces. Et où sévissait depuis 1866 la rude "Coal and Iron police".

Les Molly Maguires sont réputés avoir eu des liens étroits avec l'Ancient Order of Hibernians (d'Hibernia, nom latin de l'Irlande), une organisation politico-religieuse catholique irlandaise (le pendant le l'Ordre d'Orange chez les protestants) dont la branche américaine fut fondée à New York en 1836.

En tout cas, pour beaucoup il n'y avait pas de différence en Pennsylvanie entre Mollies, Hibernians et syndicalistes.

 

L'organisation fut démantelée au bout d'une douzaine d'années, en 1876, après que l'agence de détectives Pinkerton, missionnée par Franklin B. Gowen, président de la Philadelphia and Reading Coal and Iron Company, ait infiltré l'organisation, notamment avec James McParlan.

 

 

L'AGITATION ANTI-BRITANNIQUE

 

 

Une autre figure de l'Irlandais en Amérique est celle de l'agitateur nationaliste, qui milite pour que l'Irlande soit libérée par la force de la tutelle britannique.

 

Le mouvement de l'agitation indépendantiste, toujours réprouvé par l'Eglise catholique bien qu'irlandais, a vu le jour aux USA au milieu du XIXème siècle. 

En 1858 est créée à Dublin la Fraternité Républicaine Irlandaise (Irish Republican Brotherhood, ou I.R.B.), société secrète armée visant à l'indépendance irlandaise, cependant que son équivalent voit le jour aux Etats-Unis, qui prendra en 1859 le nom de Fraternité Fénienne (Fenian Brotherhood, nom inspiré d'une bande de guerriers mythiques du IIIème siècle). Le terme "Fénien" (Fenian) en viendra à désigner de façon générique les indépendantistes révolutionnaires irlandais.

   

Par ailleurs, dans la communauté irlandaise immigrée, dont au départ l'appartenance se définissait en termes de famille, de paroisse, de village, le sentiment nationaliste irlandais se développait petit à petit ; ceci sous l'effet, par un paradoxe fréquent chez les immigrés,  aussi bien des valeurs américaines de citoyenneté et de nation, que du rejet dont ils pouvaient être l'objet de la part d'une partie de cette même population américaine. A partir des années 1850, les parades et les célébrations du jour de la Saint Patrick devinrent un événement majeur de la communauté d'origine irlandaise.

 

C'est au décours de la Guerre de Sécession (1861-1865) que la Fraternité Fénienne prit sa véritable ampleur, car elle comptait dans ses rangs de nombreux vétérans des deux camps. Ses Conventions et ses manifestations de rue prirent de l'importance, de même que les récoltes de ses levées de fonds.

   

Les Féniens, forts de leur expérience militaire, mirent au point plusieurs attaques vers le Canada à partir de la frontière américano-canadienne, visant à prendre le contrôle de territoires canadiens afin de faire pression sur la Grande-Bretagne. A l'époque le Canada était une possession britannique, même s'il fit un pas vers l'indépendance en 1867 avec la Confédération de trois provinces accédant au staut de "dominion". Les trois premières incursions armées eurent lieu en 1866, les deux autres en 1870 et 1871, mais se soldèrent par des échecs. Le gouvernement américan fit preuve au moins d'une bienveillance passive envers les Féniens, car la Guerre de Sécession avait réveillé des tensions entre les Etats de l'Union (vainqueurs) et la Grande-Bretagne.

 

Par la suite la Fraternité Fénienne perdit de son influence jusqu'à disparaître dans les années 1880.

Elle allait être remplacée dans les années 1870, en tant que correspondante de la Fraternité Républicaine Irlandaise, par une organisation du nom de Clan Na Gael (le Clan des Gaëls).

   

Celle-ci allait récolter des fonds, le "Skirmishing Fund" ("Fonds pour la Guérilla"), lancé par des souscriptions dans la publication new-yorkaise "The United Irishman" de O'Donovan Rossa, un Fénien des plus radicaux.

Elle allait servir de base arrière à l'activité non la plus importante mais la plus spectaculaire des indépendantistes, à savoir le terrorisme (Nobel venait d'inventer la dynamite). Elle fut notamment réputée être derrière la campagne de dynamitage dans les grandes villes anglaises de 1881 à 1885, en particulier lorsque son aile la plus radicale dite "Le Triangle" prit les commandes.

   

Ceci fut à l'origine de tensions entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, celle-ci leur reprochant leur manque de coopération dans la lutte anti-terroriste, et les Etats-Unis s'émouvant des citoyens américains d'origine irlandaise emprisonnés en Grande-Bretagne pour suspicion de terrorisme. La Grande-Bretagne avait suspendu l'"habeas corpus" en Irlande en 1881, comme elle l'avait déjà fait en 1866 dans un contexte analogue, et pouvait donc y prolonger des détentions sur simple suspicion.

La position des Etats-Unis reposait sur l'insuffisance selon eux des preuves, sur leurs différentes libertés constitutionnelles, non contrebalancées à l'époque par des outils juridiques adéquats face à ce nouveau terrorisme international, et aussi sur une prudence envers des mesures qui pourraient sembler anti-irlandaises, car le vote irlandais n'était pas négligeable aux Etats-Unis. Sans compter peut-être la crainte de représailles explosives sur le territoire américain. Et peut-être aussi pour certains avec le sentiment que c'est la mauvaise conduite de la Grande-Bretagne, nation colonialiste, en Irlande, qui entretenait les troubles.

 

Signalons aussi enfin que dans les années 1880 à New York, rien moins qu'un sous-marin vit le jour, le "Fenian Ram" (le Bélier Fénien), conçu par le sympathisant John Holland grâce au "Skirmishing Fund", qui avait vocation à attaquer les navires britanniques, mais qui fut mis à l'écart suite à des querelles intestines.

 

 
L'INTÉGRATION

 

- Les syndicats


Les Irlandais, nombreux dans le milieu du travail non qualifié, se sont petit à petit organisés pour former des syndicats.

En  1879, Terence Powderly, fils d'immigrés irlandais et franc-maçon, a été élu à la tête des Knights of Labor, premier syndicat américain, d'inspiration franc-maçonne, fondé en 1869 par Uriah Smith Stephens.

 

Il y resta jusqu'en 1893. Sous son mandat, le mouvement regroupa plus de 710 000 membres.

En 1886,  Sam Gompers, juif d'origine britannique, et P.J. McGuire, irlando-américain catholique de deuxième génération co-fondèrent l'American Federation of Labor (AFL) à partir de la Federation of Organized Trades and Labor Unions créée en 1881. Gompers fut élu président et McGuire, qui allait être une des figures dominantes des trois premières décennies de l'AFL, secrétaire. Aux alentours de 1910, près de la moitié des 110 syndicats membres étaient dirigés par des natifs d'Irlande ou des Irlando-américains.

  

- La politique

   

Les Irlandais s'engagèrent dans la politique dans le camp des Démocrates.

Les Irlandais s'impliquèrent précocément dans l'appareil new-yorkais du parti Démocrate, le "Tammany Hall" (du nom d'un chef indien delaware). Ils en prirent même la tête pour 30 ans à partir de 1871 avec John Kelly puis Richard Croker.

William R. Grace devint en 1880 le premier maire irlandais catholique de  New York. Et 4 ans plus tard, Hugh O'Brien le premier maire irlandais catholique de Boston.

Les Irlandais allaient dominer les appareils politiques de nombreuses grandes villes américaines.

  

- L'ascension sociale

   

Les nouvelles générations d'Irlandais ont petit à petit accédé à la classe moyenne.

A partir des années 1850-1860, on vit de plus en plus d'Irlandais policiers ou pompiers à New York et à Boston.

A la fin du XIXème siècle, l'intégration des Irlandais était conclue.

    

- Les derniers stéréotypes

 

Cependant, les stéréotypes sur les Irlando-Américains furent alimentés jusqu'aux années 1880 par d'une part leurs accointances clientélistes avec les Démocrates, notamment à New York (le fameux Tammany Hall et sa réputation de corruption), et d'autre part leurs liens avec le terrorisme anti-britannique.

 

Deux fameux magazines satiriques en témoignent, le "Harper's Weekly" fondé en 1857, avec notamment le dessinateur Thomas Nast qui y contribua de 1862 à 1886 (il a notamment popularisé le Père Noël, l'Âne Démocrate ou l'Éléphant Républicain), et "Puck", dont l'édition anglophone (il avait commencé par des éditions germanophones) new-yorkaise est fondée en 1877, avec notamment Joseph Keppler, son fondateur, ou des dessinateurs comme Frederick Burr Opper, de 1880 à 1898. Notons en passant que les caricaturistes anti-irlandais et anti-catholiques sus-nommés étaient d'origine germanique.

 

Les dessins anti-irlandais de ces revues s'inspirèrent parfois très directement des dessins anti-irlandais du magazine britannique "Punch". Le magazine "Punch", fondé en 1841, d'ailleurs à l'origine du mot "cartoon" désignant un dessin humoristique, s'inscrivait dans la tradition anti-irlandaise des Anglais, en fait plus précisément anti-indépendantiste, les indépendantistes étant représentés comme de dangereux terroristes. On y trouve des dessinateurs comme John Leech, qui y fit des caricatures de 1841 to 1861, ou John Tenniel (l'illustrateur de Lewis Carroll) de 1850 à 1901.

 

- En 1961, JF Kennedy sera le premier président d'origine irlandaise catholique des Etats-Unis. Un des points qu'on allait retenir de son mandat est son soutien au mouvement des Droits Civiques des Afro-Américains, ce qui est bien la moindre des réparations de la part d'un Irlando-Américain catholique romain, qui plus est comme il se doit... du parti Démocrate.

 

 

CONCLUSION 

 

Les Etats-Unis se sont toujours voulus une nation d'accueil et d'assimilation (tout comme la France), mais on voit que les choses sont loin d'avoir été aussi simples, même vis à vis d'autres Européens de religion chrétienne. L'intégration de nouvelles populations n'est jamais évidente, tant il est vrai qu'on retrouve à l'échelon des nations la même contradiction qui existe chez les individus entre hospitalité et méfiance, voire rejet.

   

La perspective historique à laquelle nous nous sommes livrés ne vise pas à donner dans l'angélisme. Il y a certes parmi les populations de culture musulmane en France une petite proportion qui mériterait pour diverses raisons d'être éjectée avec notre pied aux fesses ou sévèrement encadrée. De même qu'il existait probablement une fraction des populations de culture catholique dans l'Amérique du XIXème siècle qui méritait le même sort .

   

Mais cette perspective vise à inciter au relativisme. Il n'y a rien ni d'exceptionnel ni d'insurmontable aux tensions réciproques que nous pouvons observer actuellement, tous les hommes se caractérisent par leur exceptionnelle capacité d'adaptation, surtout sur plusieurs générations.

 

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10 février 2007 6 10 /02 /février /2007 03:15

 
Nous entendons souvent dire, de nos jours en France, que les populations musulmanes immigrées ou d'origine immigrée récente sont inintégrables.
 
Il est intéressant de faire un parallèle avec les difficultés qu'a rencontrées la population irlandaise immigrée ou d'origine immigrée récente aux Etats-Unis durant le XIXème siècle.
C'est un aspect de l'histoire des Etats-Unis particulièrement mal connue des Français (pour tout dire, nous ne connaissons foutre rien de l'histoire de ce pays).

Les points communs sautent d'emblée aux yeux :

- c'était une immigration essentiellement économique ;
- les Américains "de souche" étaient des descendants de Britanniques, les colonisateurs de l'Irlande, et conservaient de forts préjugés envers les Irlandais ;

- la religion des immigrés différait de celle(s) du pays d'accueil, l'immigration irlandaise au XIXème siècle en Amérique étant catholique dans sa très grande majorité.
 

Nous allons voir que les ressemblances avec les configurations, les rumeurs, les conflits, les enjeux, les acteurs politiques et sociaux de l'actuelle opposition entre chrétiens et musulmans peuvent donner à réfléchir.


INTRO

L'immigration irlandaise catholique aux USA a commencé à être importante à partir de 1815, dans un contexte d'oppression économique, politique et religieuse, de rareté des terres disponibles et surtout de pauvreté générale du niveau de vie.

Rappelons qu'au XIXème siècle l'Irlande faisait partie du Royaume Uni et qu'elle n'avait pas encore été partagée en deux. Les Irlandais restaient traditionnellement catholiques, mais les terres et le pouvoir politique étaient aux mains des Protestants issus des colons Britanniques.

On avance qu'entre 1820 et 1860, les Irlandais constituèrent plus du tiers des immigrants aux Etats-Unis. Dans les années 1840, ils en constituèrent presque la moitié suite à la Grande Famine (1845-1849).

La plus grande partie des autres immigrants était constituée de population germanique (Allemagne, Autriche, Prusse), dont peut-être un tiers était quant à elle catholique. Elle a pu faire également l'objet d'une hostilité de la part des Américains "de souche", mais nettement moins ciblée qu'envers les Irlandais, lesquels ont en quelque sorte importé avec eux la stigmatisation dont ils faisaient l'objet de la part des Anglais. Egalement motivé par la pauvreté, ce mouvement de population a aussi comporté après l'échec des révolutions de 1848 des émigrés politiques.

L'immigration s'est diversifiée à partir des années 1880, à l'époque des "migrations de masse", avec une immigration provenant surtout d'Europe méridionale et orientale, et donc de nouvelles populations catholiques (Ritals, Polaks...).

Les Irlandais se sont principalement installés dans le Nord-Est des EU, (le New York et la Nouvelle Angleterre, qui comprenait 6 Etats), et ont notamment investi les grandes villes (Boston, Philadelphie, New York...).

Ils travaillaient dans les métiers manuels ou de service sans qualification, parfois rudes comme l'exploitation des mines ou la construction de chemins de fer. Les femmes travaillaient comme domestiques ou dans la couture.


RACISME ANTI-IRLANDAIS

Les Irlandais se sont heurtés à une violente opposition de la part des protestants "de souche", dès les années 1830 et surtout à partir de l'immigration irlandaise catholique massive des années 1840.

Cette population était composée surtout de paysans sans compétence, aux traditions bien enracinées et au fort accent, dont pour beaucoup la première langue était un des dialectes gaéliques irlandais.

Ils vivaient dans des quartiers pauvres surpeuplés (comme le Five Points district de New York mythifié par le film de Scorcese "Gangs of New York") et faisaient partie des couches les plus défavorisées économiquement.

Ils étaient considérés par les Américains de souche comme une plèbe inintégrable à la mentalité archaïque mettant en péril l'idéal républicain, composée d'ivrognes paresseux, violents, délinquants, venant générer pauvreté et désordres sociaux soit en piquant les emplois par le travail à bas prix, soit en propageant la délinquance et le crime.

 

 

                                                                                                                                                                                                           
Les "Paddys" (pour les Irlandais) et les "Bridgets" ou "Biddys" (pour les Irlandaises), surnoms donnés par dérision en référence à des prénoms répandus dans leur communauté (Patrick et Bridget), étaient même dotés par les plus fameux cartoonistes anglais et américains de caractéristiques physiques qui les identifiaient quasiment sur le mode racial, les hommes ayant quelque chose de simiesque, avec le front bas, un petit nez camus ou retroussé, un espace naso-labial long et bombé (cf par exemple les cartoons de la partie [
2b]) et les femmes ayant les traits grossiers et les membres épais. Ils étaient en somme confinés au rôle de "white negroes", ce qui, nous allons le voir plus loin, contribua à les opposer aux Noirs au lieu de les en rapprocher. Les "blagues irlandaises" ("irish jokes", comme il y a les "blagues belges" ou les "blagues sur les blondes") n'étaient pas à l'époque inoffensives comme elles le sont devenues.

Il
s étaient également volontiers perçus comme une cinquième colonne, en collusion avec le clergé catholique fait d'espions de Rome et d'agents des puissances despotiques européennes, menace pour et l'identité américaine et l'intégrité républicaine (cf chapitre suivant).

La discrimination dont les Irlandais faisaient l'objet à partir des années 1840 fut symbolisée par la mention (historiquement contestée, mais en tout cas entrée dans la mémoire collective) ajoutée sur les affiches ou les petites annonces proposant des emplois " No Irish Need Apply" ("il est inutile aux Irlandais de postuler"), et l'acronyme NINA devint le symbole de la xénophobie anti-irlandaise. En 1862, juste avant l'émeute de New York (cf + loin), une chanson satirique portant ce titre devint un succès populaire.


ANTI-CATHOLICISME

 

A partir des années 1830, s'exprimera un violent sentiment anti-catholique, la religion papiste étant non sans quelque raison considérée comme obscurantiste, rétrograde, hégémoniste, autoritaire, intolérante, intrusive, et complice des régimes despotiques européens.

Tant que les Etats d'Amérique étaient une colonie britannique, l'immigration de Catholiques romains, et tout particulièrement de membres du clergé, était explicitement prohibée. Ce n'est que lorsqu'ils se sont libérés de la couronne britannique (déclaration d'indépendance en 1776, et surtout victoire de la guerre d'indépendance -grâce aux Français- en1783) que l'immigration devint petit à petit mélangée. Mais les tensions envers Eglise catholique romaine et Eglises protestantes restaient présentes, la première affichant avec intransigeance son
hostilité à l'égard de celles-ci (le Concile Vatican II n'était pas encore passé par là).

Le clergé catholique était tout particulièrement soupçonné de trahison envers les valeurs républicaines et d'allégeance à Rome. Il faut dire qu'à l'époque l'Eglise romaine était en collusion complète avec les souverains européens.

Le sentiment anticatholique prendra donc différentes formes pouvant s'associer : animosité s'apparentant à la xénophobie de la part d'anglo-saxons protestants de base, querelles dogmatiques ou liturgiques de la part de pasteurs, élaborations conspirationnistes de la part d'intellectuels.

Des nombreuses églises et bâtiments catholiques furent dégradés ou attaqués par des anti-catholiques. Comme en 1834 le Couvent des Ursulines du Mont Benoît à Charlestown, près de Boston dans le Massachusetts, mis à sac et incendié après que des rumeurs aient couru que les religieuses étaient kidnappées, converties de force, retenues contre leur gré, abusées ou éliminées.

En Pennsylvanie, les tensions entre majorité protestante et minorité catholique étaient importantes. En 1838, une loi imposa la lecture de l'édition protestante de la bible à l'école. La tension continua à monter. Et entre mai et juillet 1844, à Philadelphie et dans sa banlieue, suite à une polémique à Kensington (banlieue) entre Nativistes protestants et Irlandais catholiques sur cette question, les Nativistes agressèrent les Irlandais, brûlèrent leurs maisons ainsi que plusieurs églises.

Les années 1830 et 1840 virent fleurir :

- Des livres anti-catholiques sensationnalistes. Comme "Six mois dans un couvent" (1835), écrit par une ex-novice du Couvent des Ursulines de Charleston, Rebecca Reed, qui décrivait les contraintes et les sévices subis par les jeunes filles, et dont la circulation du manuscrit les années précédant sa publication auraient contribué à la mise à sac du Couvent en 1834 (cf + haut). Ou comme "Les effroyables révélations de Maria Monk" (1836), censé avoir été écrit par une ex-nonne dénonçant les maltraitances et les abus sexuels dont les religieuses étaient victimes dans un couvent de Montréal, les enfants du péché étant naturellement étranglés et jetés dans une carrière.

- Des ouvrages anti-immigrationnistes imprégnés de considérations conspirationnistes. Comme "Conspiration étrangère contre les libertés des USA" (1835) et "Dangers imminents pour les institutions libres des USA de la part de l'immigration étrangère" (1835), de Samuel Morse (oui, l'inventeur du télégraphe). Ou comme "Plaidoyer pour l'Ouest" (1835), de Lyman Beecher, pasteur presbytérien de l'Ohio, ouvrage dans lequel il invitait les Américains à s'installer vers l'Ouest avant que les papistes, dont il dénonçait les dangers, ne s'y mettent, montrant lui-même la direction en ayant quitté Boston pour Cincinnati (qui était quand même déjà une grande ville confortable).

- Des revues comme l'American Protestant Vindicator, organe de combat contre les papistes.

- Des associations confessionnelles, comme, au début des années 1840, l'American Protestant Association, qui se fixait pour objectif d'enrayer l'extension du catholicisme aux US.


NATIVISME

Cette montée xénophobe, anti-immigrationniste, anti-catholique au nom de l'identité anglo-saxonne protestante prit une forme plus politique avec le "nativisme". Ce mouvement identitaire nationaliste entendait défendre les Américains "de souche" (native). Le terme "native" à l'époque désignait bien sûr non pas les Indiens, mais les Anglo-saxons protestants tels que les descendants des colons rebelles.

Samuel Morse, qui à l'époque était connu pour ses talents de peintre (il n'avait pas encore inventé ni l'alphabet éponyme ni l'ancêtre d'Internet), avait en 1835 publié deux ouvrages alarmistes mentionnés plus haut. La même année était fondée la Native American Democratic Association. Il se présenta à l'élection du maire de New York en 1836 sous l'étiquette de ce mouvement (sans succès).

A partir du début des années 1840 les "Nativistes" (ie les Nationalistes) n'eurent de cesse d'appeler à mettre hors d'état de nuire la racaille irlandaise ("irish scum") sur le thème l'"Amérique aux Américains".

En 1843 l'American Republican Party vit le jour à New York, puis s'étendit aux Etats voisins en prenant le nom de Native American Party en 1845.

Le Native American Party prônait l'arrêt de l'immigration pour conserver les valeurs des Pères fondateurs de l'Amérique, l'allongement du délai de naturalisation, et la préférence nationale (protestante) avec exclusivité des postes électifs aux Américains de souche.

Le mouvement dit "Know Nothing" à cause de ses activités semi-clandestines est né à la fin des années 1840 de la réaction d'Américains déçus par l'inertie des deux partis traditionnels (à l'époque les Démocrates et les Whigs) quant à la lutte contre l'invasion et l'influence des immigrés catholiques irlandais et accessoirement allemands et la menace papiste. Il est associé à l'"Order of the Star Spangled Banner" (Ordre de la Bannière Etoilée), créé à New York en 1849. C'est le directeur de journal Horace Greeley qui popularisa le terme "Know Nothing" en 1853, faidant référence à ce que les membres de ce mouvement répondaient quand on les questionnait sur celui-ci "I know nothing".

Les succès électoraux croissants du mouvement le poussèrent à donner naissance en 1854 à l'"American Party", qui allait symboliser la lutte contre l'immigration catholique jusqu'à la fin des années 1850 dans le Nord-Est des Tazunis.

Précisons que les immigrés irlandais, dès qu'ils ont commencé à participer à la vie politique au XIXème siècle,  ont longtemps voté dans leur grande majorité Démocrate.

Rappelons par parenthèse que le Parti Républicain, plus récent, a été créé en 1854 pour s'opposer à l'influence politique des propriétaires d'esclaves des Etats du Sud, soutenus quant à eux par les Démocrates. Eh oui !

Le Parti Républicain allait entrer dans l'histoire avec l'élection d'Abraham Lincoln en 1860.


GUERRE DE SECESSION

En mars 1863, Abraham Lincoln en manque de soldats dans la guerre de Sécession qui durait depuis 2 ans, fit voter une loi l'autorisant à enrôler des soldats parmi les citoyens. Cette conscription, première de l'histoire des Etats-Unis qui avait fonctionné jusqu'alors sur le volontariat, était obligatoire (sur tirage au sort).

Deux mois plus tôt, en janvier, Lincoln avait promulgué la Proclamation de l'Emancipation, déclarant libres tous les esclaves du territoire confédéré en sécession (le Sud). L'Emancipation des Noirs devenait ainsi un enjeu majeur de la Guerre de Sécession.

Parmi les opposants à la guerre de Sécession et donc plus encore à la conscription obligatoire se trouvaient les immigrés irlandais pour les raisons suivantes :

- Les immigrés irlandais étaient de damnés racistes négrophobes. Probablement d'une part, paradoxalement, parce qu'ils faisaient l'objet du même ostracisme que les Afro-Américains de la part des Américains protestants de souche, et qu'ils tenaient à montrer qu'ils étaient des Blancs n'ayant rien à voir avec les Noirs. D'autre part parce qu'ils étaient en compétition économique avec eux pour les travaux sans qualification (dockers...), et encore plus depuis le début de la guerre, alors même que l'inflation liée à la guerre rendait la vie difficile. C'est un grand classique : le racisme se développe dans les situations de compétition.

- En combattant le Sud on allait libérer les Noirs, donc accroître leur concurrence déjà fort mal vue par les Irlandais sur le marché de la main d'oeuvre du New York et de la Nouvelle Angleterre.

- Nombre d'immigrés irlandais entre eux n'étaient pas encore naturalisés, et donc, n'ayant pas le droit de vote, trouvaient abusif de pouvoir être enrôlés d'autorité.

- On pouvait échapper au service soit en payant une somme de 300 $, soit en payant un remplaçant. Privilège donc réservé aux riches, surtout en ces temps d'inflation, et particulièrement mal vécu par les classes laborieuses.

- Les immigrés irlandais, venus chercher le "rêve américain", et qui n'avaient trouvé que misère, exploitation et xénophobie, étaient violemment déçus.

- L'Eglise catholique était pro-esclavagiste et anti-abolitionniste (ben oui, vous vous attendiez à quoi ?), pour la raison habituelle de l'Eglise que l'ordre établi vaut mieux que le désordre, et que de toutes façons les inégalités terrestres seront compensées par la vie éternelle. En Europe, à la même époque, le Magistère romain passait d'ailleurs son temps à pondre des textes condamnant ceux qui faisaient miroiter aux hommes de condition inférieure la possibilité d'une vie terrestre meilleure.

- Les immigrants irlandais votaient massivement Démocrates. Une bonne partie des Démocrates de l'Union (le Nord), forte minorité face à la majorité républicaine à la tête de laquelle était le président Lincoln, étaient pro-esclavagistes anti-abolitionniste, et anti-guerre, pour ne pas risquer de mettre en péril l'ordre économique des deux territoires. C'étaient les "Démocrates pour la Paix", partisans d'une solution négociée. Ils portaient en signe de reconnaissance un badge formé d'une pièce de cuivre représentant la Tête de la Liberté. Les Républicains en retour les surnommèrent les "Copperheads", du nom d'un serpent venimeux bien connu d'Amérique (le mocassin à tête cuivrée). A partir de début 1863, le terme Copperhead et le terme Démocrate devinrent synonymes, et les Démocrates l'assumèrent. Les "Démocrates pour la guerre" faisaient campagne et votaient quant à eux avec les Républicains.

Les Copperheads avaient de nombreux soutiens parmi les catholiques d'origine irlandaise des villes de l'Est, des villes industrielles et des villes minières, notamment les bassins houilliers de Pennsylvanie.

Il y eut des manifs contre la conscription dans de nombreuses villes du Nord, mais ce sont les émeutes de New York, ville acquise aux Démocrates, dont les immigrés irlandais furent les principaux acteurs, qui furent les plus violentes et les plus marquantes, voire selon certains qui furent les plus graves de l'histoire des Tazunis.

Du 13 au 16 juillet 1863, une cinquantaine de milliers d'émeutiers semèrent la terreur, une à plusieurs centaines de personnes furent tuées ou blessées, l'armée fédérale dut venir en renfort de la police, et la facture fut d'un million et demi de dollars de l'époque. Signalons que durant cette émeute, des bandes d'Irlandais incontrôlables s'en prirent aux Noirs, femmes et enfants compris (ainsi qu'à ceux qui prenaient leur parti). Les Noirs furent pourchassés, passés à tabac, lynchés, leurs biens saccagés. Le Colored Orphan Asylum, orphelinat pour enfants noirs, fut incendié. On retint le chiffre de onze Noirs tués.

 

L'avocat new yorkais George Templeton Strong, hérault des Nordistes, dont le "Journal personnel" décrivait depuis les années 1830 les immigrés catholiques comme des créatures immondes et bestiales, déclara après que les forces de l'ordre aient non sans mal maîtrisé les émeutes : "I would like to see war made on Irish scum".

On a dit aussi que c'est parmi les Irlandais catholiques que l'armée de l'Union avait souffert du plus grand nombre de désertions.
Bref, après que les Nordistes aient eu mis la pâtée aux Sudistes, et que ceux-là eussent imposé leurs idées à ceux-ci, l'image de marque des catholiques d'origine irlandaise n'est on s'en doute pas sortie grandie. Cependant, comme on le verra plus loin, d'autres conscrits d'origine irlandaise ont mis quant à eux à profit cette expérience militaire dans l'optique de la lutte armée pour la libération de l'Irlande de la tutelle anglaise.

  

Fin de la première partie, suite dans Concordance des temps [2b]

 

 

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Published by Jean-Paul - dans Un peu de sérieux
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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 02:02

Amis lecteurs (ou ami-e-s lecteur-e-s, comme on dit dans les courants alternatifs), je souhaiterais vous inviter à méditer sur les répétitions des situations dans l'Histoire.
Voici donc sans plus de préambule des extraits de textes un peu anciens, provenant de deux auteurs que je vais préciser plus loin. Leur lecture attentive donne à réfléchir tant ils résonnent objectivement avec le discours anti-immigrationniste anti-musulman actuel :




1-a

« C'est une belle caractéristique de notre Constitution, qui fait que chaque homme est libre de vénérer Dieu selon les directives de sa propre  conscience, que la religion est séparée de l'Etat, et qu'une égale protection est accordée à toutes les croyances. »
...
« Ce n'est pas une réfutation de la charge d'intolérance ici établie à l'encontre des Musulmans, que de montrer que de petits groupes d'entre eux, en des circonstances particulières, ont été tolérants, ou que dans ce pays, où ils ont toujours été une petite minorité, ils peuvent faire de hautes déclarations d'amour ardent pour les institutions républicaines et tolérantes de notre gouvernement. Personne ne saurait être trompé par des preuves si partielles et si circonscrites, alors que le sang des persécutés pour leur opinion colore de la teinte la plus profonde chaque page de l'histoire de cette religion, oui, et même alors qu'il est encore humide sur les sols des geôles d'Arabie ; alors que les principes intolérants et anti-républicains du Mahométisme sont à présent vociférés chaque semaine depuis les mosquées, et répétés dans nos oreilles par presque chaque nouvelle arrivée en provenance d'Afrique ou du Moyen-Orient. »
...
« Si le Mahométisme est tolérant, nous allons voir l'Arabie, et le Pakistan, et l'Iran, et la Mauritanie, ouvrir leurs portes aux émissaires de la foi chrétienne ; nous allons voir ces pays laisser les missionnaires chrétiens, aussi librement que nous laissons les Musulmans, s'en aller disséminer leur doctrine à travers toutes les classes sous leur influence. Alors le Mahométisme pourra parler de tolérance, alors nous pourrons croire qu'il a senti l'effet de l'esprit du temps et s'est réformé ; mais alors ce ne sera plus le Mahométisme, car le Mahométisme ne changera jamais, il est infailliblement le même, infailliblement intolérant. »
...
« Dans les pays arabes le Mahométisme soutient le despotisme le plus tyrannique, prête ses foudres pour maintenir par la terreur le peuple dans la plus abjecte soumission, et maintient au sommet de ses dogmes l'indissoluble union de la religion et de l'Etat ! Pourtant, dans notre pays, où il est encore en train d'explorer son chemin, il s'est allié avec la démocratie, il est le plus bruyant dans ses dénonciations de la tyrannie, la tyrannie des patriotes français ! Il est le premier à détecter l'oppression, il voit au loin les machinations des Français chrétiens de souche pour unir l'Eglise et l'Etat ! Et il se met en avant comme le gardien le plus zélé de la liberté civile et religieuse ! Avec de telles sentinelles, nos libertés sont certainement en sécurité, avec de tels gardiens de nos droits, nous pouvons dormir en paix ! »
...
« Alors que nous accueillons les intellectuels et les persécutés de toutes les nations et leur donnons un asile et un partage de nos privilèges, prenons garde d'admettre en une dangereuse familiarité ceux qui ne peuvent pas utiliser et n'utiliseront pas notre hospitalité de façon correcte. Que ceci puisse arriver, et arrivera, il n'y a pas de raison d'en douter.
 [...]
 En ce moment l'océan grouille de navires bondés de cette population misérable, les emportant de la misère de là-bas à la misère ici.
 [...]
 La dépense encourue dans cette ville (Paris) pour le soutien des pauvres étrangers, c'est bien connu, est énorme. A Lyon plus des trois quarts des résidents du foyer d'hébergement sont des étrangers. On sait que des familles entières débarquent de navires et vont directement au foyer d'hébergement. Au dispensaire de Marseille il y avait l'an dernier, pour deux arrondissements seulement, 477 patients, dont 441 étaient des étrangers !! Ne laissant que 36 personnes de notre propre population avoir accès aux soins. Au foyer d'hébergement de Marseille, [...], le paupérisme de souche a diminué en cinq ans, et le paupérisme étranger a plus que doublé.
A Montpellier, plus des quatre cinquièmes des pauvres sont des étrangers.
 
« Le premier pas qui doit immédiatement être fait, c'est de faire pression sur le Parlement et sur la nation pour porter d'urgence l'attention sur les lois de naturalisation. Nous devons d'abord arrêter cette fuite dans le navire, à travers laquelle les eaux boueuses de l'extérieur menacent de nous noyer. Si nous voulons empêcher notre pays, ce canot de sauvetage de la planète, de sombrer avec tout l'équipage, nous ne devons plus rien prendre à bord en provenance de l'épave arabo-africaine jusqu'à ce que nous ayons accosté en sécurité et mis à l'abri notre cargaison actuelle. Mais devons-nous abandonner le caractère de notre pays, asile du monde ? Non : mais c'est une philanthropie erronée en vérité que de vouloir tenter de sauver une personne au dépens de la vie de milliers d'autres, une philanthropie qui voudrait accueillir au sein de nos familles ceux qui meurent de la peste. Nos lois de naturalisation n'ont jamais eu pour but de faire de ce pays le foyer d'hébergement des pays arabo-africains [...]. »
...
« La grande masse des émigrants de ce pays sont des pauvres, durs à la tâche et mentalement incuriques, des pays musulmans d'Afrique et du Moyen-Orient, qui ont quitté une terre où ils étaient réduits en esclavage pour une terre de liberté. Quelque bien disposés qu'ils puissent être envers le pays qui les protège, et les adopte en tant que citoyen, ils ne sont pas aptes à agir avec jugement dans les affaires politiques de leur nouveau pays, comme les citoyens de souche éduqués depuis leur petite enfance dans les principes et les coutumes de nos institutions. La plupart d'entre eux sont trop ignorants pour agir en tout par eux-mêmes, et s'attendent à être entièrement guidés par les autres. Ces autres sont évidemment les imams. Les imams les ont gouvernés chez eux par le droit divin ; leurs esprits ignorants ne peuvent pas d'ordinaire être émancipés de leur sujétion habituelle, ils n'apprendront pas ni n'apprécieront leur exemption de toute usurpation du pouvoir clérical dans ce pays, et ils sont implicitement à la botte de leurs guides spirituels. Ils vivent entourés par la liberté, et pourtant la liberté de conscience, le droit au jugement privé, en religion comme en politique, sont exclus par les imams tout aussi efficacement que si la charia dirigeait déjà le pays. Ils forment un corps d'individus dont les habitudes d'action (puisque je ne peux pas dire de pensée) sont opposés aux principes de nos institutions libres, car ils sont inaccessibles aux raisonnements de la presse, ils ne peuvent pas penser et ne pensent pas par eux-mêmes.

« Chaque immigrant musulman illettré, par conséquent, qui vient dans ce pays, s'ajoute à la masse d'ignorance qu'il sera difficile d'atteindre par quelque instruction libérale, et même s'ils sont honnêtes (et je n'ai pas de doutes que la plupart le soient), néanmoins de par la nature des choses ils ne sont que des instruments obéissants dans les mains de leurs guides plus éduqués pour accomplir les desseins de leurs maîtres étrangers. L'éducation républicaine, quand on lui permet librement d'entrer en contact avec leurs esprits, devrait dans aucun doute fournir bientôt un remède à un mal pour lequel, dans l'état actuel des choses, nous n'avons pas de traitement. Il n'y a qu'à continuer pendant quelques années cette sorte d'immigration qui actuellement déverse tous les jours ses milliers d'arrivants de pays arabo-africains, et nos institutions, pour autant que je puisse voir, seront à la merci d'un corps d'étrangers, commandées par des étrangers, et seront entièrement sous le contrôle d'un pouvoir étranger. Nous pourrons alors avoir une raison de dire que nous somme dupes de notre propre hospitalité ; nous aurons abrité dans notre foyer bien approvisionné un groupe d'étrangers nécessiteux qui, bien emplis de notre approbation, seront encouragés par la familiarité inaccoutumée avec laquelle ils sont traités, d'abord à chambouler les règles du foyer, puis à mettre leur hôte et sa famille à la porte. »


1-b

« Ce n'est pas une prédiction extravagante lorsque je dis que la question du Mahométisme et du Christianisme, ou de l'Absolutisme et du Républicanisme, lesquels en ces deux catégories opposées sont des termes convertibles, devient rapidement et sera bientôt la grande question préoccupante, non seulement de ce pays mais de tout le monde civilisé. Je ne dis pas cela au hasard. Je dis cela à partir d'une observation longue et assidue dans les pays d'Afrique et du Moyen Orient, et de la comparaison de l'état des choses dans ce pays avec l'état de l'opinion publique dans les pays d'Afrique et du Moyen Orient. »
...
« N'est-il pas l'heure pour tout patriote d'ouvrir les yeux sur la vérité, à savoir que nous sommes politiquement attaqués sous couvert d'un système religieux, et n'est-ce pas une question sérieuse de se demander si notre presse politique doit soutenir la cause d'ennemis étrangers de notre gouvernement, ou bien aider à les dénoncer et à les repousser ? »
...
« Pour autant que j'ai pu le déduire des documents publics, l'objet du Front National semble être de résister à l'agression de l'influence étrangère et à ses attaques insidieuses et dangereuses sur tout ce qui est cher aux Français, d'un point de vue politique comme religieux.t»
...
« Ce sujet implique des questions qui, à mon avis, rend toutes les autres insignifiantes en comparaison, car elles retentissent sur toutes les autres. C'est à l'influence perturbante de l'action étrangère parmi nous sur les questions politiques et religieuses d'aujourd'hui que peut être attribuée pour une grande part la désorganisation actuelle dans toutes les parties du pays.»


2

« Le danger des esprits non éduqués augmente tous les jours par l'afflux rapide d'émigrants étrangers, ignorants de nos institutions, inaccoutumés à l'autonomie, inaccessibles à l'éducation, et aisément accessibles aux préjugés, et à la crédulité invétérée, et à l'intrigue, et aisément embrigadés et manipulés par de sinistres intentions. Au début cette éruption du continent africain post-colonial n'avait pas été prévu, et nous avions ouvert nos portes à l'afflux et à la naturalisation des étrangers. Mais c'est devenu une inondation terrifiante ; elle a augmenté par rapport à notre population de souche de cinq à trente-sept pour cent, et progresse chaque année.»
...
« Mais si, après examen, il apparaissait que les trois-quarts des émigrants étrangers dont les flots montants déferlent sur nous sont, par le biais de leur religion et de leur clergé, aussi entièrement accessibles au contrôle des potentats arabes que s'ils étaient une armée de soldats, enrôlés et commandés, et envahissant le pays ; alors, en vérité, aurions nous juste l'occasion d'appréhender le danger pour nos libertés. Ce serait l'union de l'islam et de l'Etat parmi nous. L'islam et l'Etat tous deux dans les pays arabes, et l'islam colonisateur docile ici. »
...
« La voix de l'histoire aussi nous avertit que nulle influence sinistre ne s'est jamais introduite dans la politique  avec un effet si virulent et destructeur qu'une influence religieuse ambitieuse.»
...
« Si les Musulmans se considéraient simplement comme l'une des nombreuses dénominations des croyants, pouvant simplement prétendre aux mêmes droits et privilèges, il n'y aurait pas de raison pour de l'appréhension [...]. Mais il n'en va pas de même si on a dit aux Musulmans de croire que leur religion est la seule religion, hors du sein de laquelle il n'y a point de salut, que personne ne peut lire les textes sacrés sans la permission de son clergé, et que personne n'a l'autorisation de les comprendre et de vénérer Dieu selon les directives de sa propre conscience, que l'hérésie est une offense capitale qui ne doit pas être tolérée, mais punie par le pouvoir civil par la privation des droits, la mort et la confiscation des biens, [...] que leurs clercs possèdent le droit d'interférer avec les questions politiques des nations, renforcés par leur autorité sur la conscience des Musulmans, et par leur pouvoir de confirmer ou d'annuler leur serment d'allégeance, et de les pousser à l'obéissance comme à l'insurrection par le pouvoir de la vie ou de la mort éternelle. »
...
« Car depuis l'invasion des Barbares venus du Nord, le Monde n'a jamais connu une telle ruée de population à l'esprit obscur d'un pays vers l'autre, comme actuellement celle qui quitte le Continent africain et qui s'écrase sur nos rivages. Ce n'est pas la partie nordique de la ruche, mais la totalité de la ruche qui essaime sur nos cités et nos territoires inoccupés, par l'effet de la surpopulation, de l'oppression civile, du crime et de la pauvreté, et par l'effet d'intentions politiques et religieuses. Des nuées pareilles aux sauterelles d'Egypte s'élèvent des collines et des plaines du Continent africain, et sur les ailes de chaque vent viennent s'installer sur nos champs blonds ; cependant que des millions, mis en branle par la rumeur de leur essor et encouragés par les nouvelles de leur arrivée en sécurité et des verts pâturages, se préparent à l'envol, dans une succession sans fin. »




Bon.
Qui a écrit ça ?
Pour être franc, j'ai un tout petit peu modifié quelques termes.
J'ai tout au long de ces extraits remplacé "Catholiques" par "Musulmans", et "Europe" par "Afrique et Moyen-Orient", et "européen" par  "arabo-africain" (ou des termes analogues).

Eh oui, ces immigrés pouilleux, incultes et profiteurs, ces fanatiques inféodés à une religion incapable d'évoluer, inaptes à la République, c'étaient les immigrants catholiques d'Europe qui débarquaient sur la terre promise des Etats Unis d'Amérique au XIXème siècle.

Ces textes, qui datent presque tous de 1835, sont dûs à deux figures emblématiques de l'anti-catholicisme et de l'anti-immigrationnisme américains, pionniers du mouvement "nativiste" qui allait se développer à partir des années 1840 (qu'on peut traduire par "nationaliste", les Américains "de souche" (native) étant à l'époque non pas les Indiens mais les Anglo-saxons protestants tels que les descendants des colons rebelles). Il s'agit de Samuel Morse et Lyman Beecher.

Samuel F. B. Morse, comme son nom l'indique, n'est autre que le gars qui a inventé le morse (et le télégraphe). Les extraits sont tirés du chap 5 de son ouvrage "Foreign conspiracy against the liberties of the United States. New York: Leavitt, Lord; 1835" (Conspiration étrangère contre les libertés des Etats-Unis) [1-a], 
 d'une lettre de 1835, et d'une lettre de 1854, ces dernières étant reproduites dans "Samuel F. B. Morse, His Letters and Journals In Two Volumes, Volume II" [1-b].  En 1835, il n'avait ni inventé le code éponyme, ni mis au point l'ancêtre d'Internet ; il était un peintre assez renommé qui s'intéressait à l'électricité ; il connaissait l'Europe pour y avoir voyagé plusieurs années.
Lyman Beecher était un pasteur presbytérien du Connecticut. Les extraits sont tirés de son ouvrage "A Plea for the West - Cincinnati : Truman and Smith, 1835"  ("Plaidoyer pour l'Ouest") [2]. 

Mes quelques autres aménagements des textes sont les suivants :
- J'ai remplacé "Popery" par "Mahométisme". "Popery" est un terme péjoratif intraduisible, sinon par "Paperie". Ou "Secte vaticane". Et j'ai remplacé "Protestantisme" par "Christianisme".
- J'ai remplacé "prêtres" par "imams", "le Vatican" par "les mosquées", "le code autrichien"* par "la charia".
- J'ai remplacé les noms de l'Italie, l'Autriche*, l'Espagne, le Portugal par l'Arabie, le Pakistan, l'Iran, et la Mauritanie.
- J'ai remplacé "Américain" par "Français" (et j'ai traduit "native" par "de souche").
- J'ai remplacé les noms de New York, Philadephie, Boston, Cambridge par Paris, Lyon, Marseille, Montpellier.
- Enfin, dans l'extrait de la lettre de Samuel Morse de 1854, j'ai remplacé "l'objet de cette société", la société en question étant la société des "Know Nothing", par "l'objet du Front National" (J'aurais pu mettre "l'objet du Mouvement Pour la France", mais comme on dit vaut mieux l'original que la copie).
Les "Know Nothing" étaient un mouvement ultranationaliste anticatholique qui a fleuri dans le Nord-Est des USA au milieu du XIXème siècle, en partie clandestin (d'où son nom).
Mais en dehors de ces petites adaptations, tout n'est qu'une traduction la plus fidèle possible (dans la mesure de mes moyens), d'ailleurs le mieux c'est que vous consultiez vous-mêmes les originaux, puisqu'ils sont en ligne.

* :
Pourquoi Samuel Morse cause-t-il de l'Autriche et du "code autrichien", me direz-vous ?
Parce que, comme Lyman Beecher, le fond de sa logique était conspirationniste. Il pensait que le Pape voulait infiltrer l'Amérique, et le Pape était vécu comme la créature de l'Autriche. L'Autriche, l'empire des Habsbourg, de tradition catholique (ne pas confondre avec l'Allemagne), était maître du jeu à l'époque en Europe. Et elle était en effet l'alliée de l'Eglise romaine tant sur le plan idéologique (cf la politique réactionnaire et autoritaire du chancelier autrichien Metternich) que sur le plan géopolitique (c'est notamment grâce à l'Autriche que les Papes  restaient alors souverains des Etats Pontificaux). Morse pensait donc (comme Beecher) que les membres du clergé romain missionnés en Amérique allaient manipuler la masse fragile des immigrants catholiques, notamment germaniques, pour étendre l'influence du Pape et de l'Autriche.

 

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Published by Jean-Paul - dans Un peu de sérieux
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