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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 00:19
 
« Nous sommes en 2007 après Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par le complexe médico-industriel... Toute ? Non ! Car un site peuplé d'irréductibles médecins résiste encore et toujours à l'envahisseur »
 
Pas facile, quand on est médecin généraliste, quand on a le nez dans le guidon, la salle d'attente pleine, les visites à domicile, la paperasse, les trucs à lire pour se tenir au courant, pas facile de prendre le temps de s'interroger sur les conditions d'exercice de son métier, et notamment la main-mise de l'industrie pharmaceutique sur l'information médicale.
 
Le totalitarisme du complexe médico-industriel est un totalitarisme "soft", façon "Le meilleur des mondes". Il y a de l’oseille, des visiteuses médicales sympa, des belles phrases, de la com’ et encore de la com’... C'est si simple de se laisser embobiner en souriant... pour le plus grand bonheur des actionnaires, à défaut de celui des patients (et de l’assurance maladie).

C'est pourquoi il faut saluer tout particulièrement L’appel des 50 médecins généralistes contre la corruption en date du 12 octobre dernier :
 
 
Monsieur le Président, je vous écris car vous allez bientôt nous parler de santé.

La santé est mon métier, je suis médecin généraliste.

Tout le monde vous assaille en espérant être épargné par les inévitables efforts financiers que vous allez sans doute annoncer à la fin du mois.
Ce n’est pas mon propos, je gagne correctement ma vie. En tant que libéral, je peux m’adapter à l’augmentation de mes charges en travaillant plus pour gagner autant.

Si je vous écris Monsieur le Président, c’est pour vous demander une chose simple, qui pourrait à la fois alléger les comptes de l’assurance maladie et faciliter l’exercice de mon métier.

Je voudrais s’il vous plaît Monsieur le Président, que vous mettiez fin à la corruption banalisée du corps médical français. Le mot peut paraître fort, agressif, mais je n’en ai pas trouvé d’autre pour décrire notre situation.
Permettre à l’industrie pharmaceutique de doubler ou tripler le salaire de nombreux confrères hospitaliers n’est pas acceptable dans une France moderne et juste. Pas plus que ne sont acceptables ces voyages organisés que l’on nomme pudiquement congrès ou symposium, et où les médecins sont invités gracieusement à écouter des orateurs rémunérés par leur
voyagiste.

Cela coûte très cher à l’assurance maladie et au contribuable ; cet argent vient de quelque part et surtout ces pratiques induisent des dépenses considérables en prescriptions inutiles ou d’un surcoût sans aucun intérêt pour la santé des patients.
Vous le savez. Tout le monde le sait. Mais tout le monde essaye de se persuader que c’est normal, qu’il faut bien "se former" ; le président du conseil de l’ordre des médecins lui-même, dans
une interview récente, expliquait que les visiteurs médicaux des laboratoires jouaient un rôle utile dans l’information des médecins.

Dès sa formation à l’hôpital, le médecin est l’objet de toutes les attentions par les industriels qui assurent la logistique des réunions de service ou améliorent l’ordinaire des salles de garde.

Après son parcours universitaire, le médecin continue a être formé cette fois-ci quasi exclusivement par l’industrie pharmaceutique, avec la bénédiction des autorités de tutelle. Tous les garde-fous mis en place ne sont que poudre aux yeux au pays de Tartuffe.

Ma profession génère par ses seules prescriptions 30 milliards d’euros de dépenses, et elle est entièrement sous la coupe des principaux bénéficiaires de ces budgets. Monsieur le Président, dans tout autre domaine d’activité, une telle "interaction" ferait la une des journaux et remplirait les prétoires. En médecine, il n’en est rien car les acteurs de cette forfaiture ont trouvé une superbe parade sémantique : il suffit d’appeler "formation" toute action publicitaire destinée aux médecins, et dès que l’on parle de formation, tout devient possible.

Je vous parlais de l’exercice de mon métier. Si vous saviez Monsieur le Président, comme il est difficile de travailler correctement tant l’information médicale et thérapeutique est faussée. Lorsque je parle à un de mes patients de l’intérêt modeste d’un dépistage ou d’un nouveau médicament coûteux, je suis contredit régulièrement dans les médias par des "leaders d’opinion" qui viennent en vanter les bienfaits. Ces médecins prestigieux ou médiatiques se gardent bien de déclarer à cette occasion leurs conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique, comme la loi les y oblige pourtant depuis 6 mois. Faire appliquer la loi, assurer la transparence de l’information... Tout cela ne coûterait pas cher, permettrait des économies, et redonnerait du courage à ceux dont l’exercice est guidé par la recherche de la qualité des soins et non celle du profit.

S’il vous plaît Monsieur le Président, faites taire ceux qui vous accusent de liens trop étroits avec les industriels du médicaments. Ces derniers font un noble métier, mais le mélange des genres est une erreur pour tous. Ils n’ont pas à intervenir dans la formation des médecins ni dans l’information du public. Qu’ils consacrent leur énergie et leurs budgets à la découverte de nouvelles molécules, et que les soins soient assurés par des médecins formés loin de toute influence inopportune. C’est à ce prix que notre pays continuera à pouvoir financer un système de santé efficace, solidaire, et économique.

 

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Published by Jean-Paul - dans Allo - docteur
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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 23:27

 

 

On se doutait que l'amendement Mariani sur l'établissement de la filiation par test génétique pour l'établissement de visas dans le cadre du regroupement familial allait provoquer une levée de boucliers.

Cependant, à lire ou écouter les protestaires, on se demande combien ont pris connaissance du paragraphe 1er de l'art 5 bis de la "petite loi" à ce jour (état d'une loi en cours de discussion à l'AN et au Sénat) relative à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile :

 

I - L'article L. 111-6 du même code [de l'entrée et du séjour des étrangers] est complété par neuf alinéas ainsi rédigés :

 
2 « Le demandeur d'un visa pour un séjour de longue durée supérieure à trois mois, ou son représentant légal, ressortissant d'un pays dans lequel l'état civil présente des carences peut, en cas d'inexistence de l'acte de l'état civil ou lorsqu'il a été informé par les agents diplomatiques ou consulaires de l'existence d'un doute sérieux sur l'authenticité de celui-ci, qui n'a pu être levé par la possession d'état telle que définie à l'article 311-1 du même code, demander que son identification par ses empreintes génétiques soit recherchée afin d'apporter un élément de preuve d'une filiation déclarée avec la mère du demandeur de visa. Le consentement des personnes dont l'identification est ainsi recherchée doit être préalablement et expressément recueilli. Une information appropriée quant à la portée et aux conséquences d'une telle mesure leur est délivrée.


3 « Les agents diplomatiques ou consulaires saisissent sans délai le tribunal de grande instance de Nantes, pour qu'il statue, après toutes investigations utiles et un débat contradictoire, sur la nécessité de faire procéder à une telle identification.


4 « Si le tribunal estime la mesure d'identification nécessaire, il désigne une personne chargée de la mettre en oeuvre parmi les personnes habilitées dans les conditions prévues au dernier alinéa.

5 « La décision du tribunal et, le cas échéant, les conclusions des analyses d'identification autorisées par celui-ci, sont communiquées aux agents diplomatiques ou consulaires. Ces analyses sont réalisées aux frais de l'État.

[...]

 

 

Force est de reconnaître en passant que le Sénat, l'institution la plus réactionnaire de France, a pour une fois tenu son rôle censé être au-dessus des luttes partisanes et des turbulences de l'actualité en imposant une réécriture de plusieurs points du projet de loi Hortefeux sur l'immigration.

On voit, pour ce qui est du test ADN, que :

- Le test n'est pas imposé, c'est le postulant qui prend l'initiative de le demander  à titre d'alternative à un état-civil défectueux. Gardons à l'esprit que ce postulant est de par les textes nécessairement âgé de moins de 18 ans, et que rares sont les pays où la majorité légale est inférieure à 18 ans. Donc en pratique la demande vient d'un "représentant légal".

- La filiation recherchée est avec la mère du demandeur de visa.

La recherche d'une filiation paternelle serait effectivement dangereuse pour les femmes, vu la vision de l'adultère et la situation de la femme dans les cultures afro-maghrébines.

- La décision est judiciaire et non administrative.

Quoique, si c'est le Parquet du TGI de Nantes (spécialisé rappelons-le en matière d'état civil) qui intervient en première ligne, on est pas tellement plus avancé en matière d'indépendance.

- Le test est réalisé aux frais de l'Etat.

 

Il semble que les réactions d'opposition relèvent de deux rubriques (d'ailleurs parfaitement compatibles) :

 

1 - Les réactions des anti-sarkozystes et/ou des opposants au contrôle de l'immigration

 

Ce sont les réactions attendues de SOS Racisme, Charlie Hebdo, les Guignols, de toute la gauche altermondialiste ou radicale, ainsi que d'une façon générale d'un certain nombre d'opposants au gouvernement.

Force est de reconnaître qu'on ne peut qu'être méfiant vis à vis de M'sieur Sarkozy sur ce sujet depuis qu'il a annoncé puis créé son scandaleux Ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale (bon, et du co-développement).

Et il est vrai que ce débat contribue à jeter la suspicion sur la figure de l'immigré (surtout quand sa figure est foncée), implicitement présenté comme un fraudeur et un profiteur.

 

2 - Le refus de la biologisation de l'être humain et de l'irruption de la biologie dans le politique

 

C'est à l'évidence le problème de fond. C'est un problème resté sensible en France, qui fut un des théatres des excès où conduisit l'extension de ce type d'approche dans les pays occidentaux durant le dernier tiers du XIXème et le premier tiers du XXème siècle.

Notons qu'en Allemagne, premier théatre de ces excès historiques, ces tests ADN dans le contexte immigratoire ne font pas l'objet d'un cadre juridique spécifique et que le recours à eux y resterait une pratique exceptionnelle.

 

Il y a par ailleurs probablement en France une suspicion à l'égard des techniques génétiques (cf les OGM) comme il y en a à l'égard des techniques nucléaires. Peu de personnes imaginent cependant l'apport des techniques génétiques et nucléaires au diagnostic médical.

Mais la question va ici plus loin.

 

Nous sommes renvoyés en l'occurrence à une définition de la famille. Le fondement de la famille, il est inutile de nier, est biologique. Les institutions familiales ont au départ pour objet sinon explicite du moins implicite de permettre à chaque parent de transmettre ses gènes dans les meilleures conditions. Ce n'est pas abuser de la sociobiologie que de le constater. Avec cette différence que, la plupart des sociétés étant patriarcales, les hommes exerçaient (ou exercent encore) un contrôle beaucoup plus strict sur la descendance. Cela en s'assurant que les enfants mis au monde par leurs femmes ne risquaient pas de venir d'autres mâles, alors que les femmes, elles, disposaient de nettement moins de moyens d'empêcher leurs époux d'aller voir ailleurs. Je ne sais pas si la théorie des jeux s'est intéressée à l'analyse des effets de l'adultère pour élucider ce paradoxe (l'homme de sexe masculin, sauf vous et moi, étant porté à aller honorer d'autres femmes mais voulant empêcher les autres hommes d'honorer sa femme) en termes d'économie génique. Bon, ne nous éloignons pas du sujet.

 

Cependant, à la conception biologique de la famille, il faut opposer deux bémols de taille.

D'abord, les familles recomposées, où des enfants se retrouvent avec un père ou une mère qui n'est pas leur père ou leur mère biologique, ont toujours existé suite à des décès ou des séparations. Elles croissent d'ailleurs de façon impressionnante dans nos propres sociétés occidentales, depuis que les traditions sociales et familiales laissent de plus en plus place (avec plus ou moins de bonheur) aux choix individuels.

Ensuite, d'autres sociétés ont des conceptions de la structure familiale différente de la nôtre. Par exemple, dans maintes sociétés africaines, les rôles des oncles et des tantes sont incomparablement plus importants que chez nous, ainsi que le statut des cousins. Mais je conviens que la société d'accueil est en droit d'imposer ses normes (c'est ainsi que la France ne prend pas en compte la polygamie, qui sévit encore dans un certain nombre de pays africains notamment de l'Ouest, pour procéder aux regroupements familiaux).

D'un autre côté, sous les latitudes où sévissent des conditions de vie parfois déplorables en terme de santé ou de sécurité, il n'est pas rare de devoir confier l'enfant à des parents de substitution après le décès d'un des parents. Mais si la biologie ne peut en attester, souvent l'état civil ne le peut davantage.

 

- Alors, en fin de compte, t'es pour ou t'es contre les tests ADN pour le regroupement familial ??

 

Bien sûr, les problèmes liés à l'immigration existent.

Que la différence de niveau de vie incite une quantité de personnes des pays du Sud à venir en Europe par toutes sortes de moyens, c'est une évidence. Et si cela induit d'inévitables problèmes de prise en charge de la part du pays d'accueil, l'impact douloureux concerne surtout les familles et les individus du pays d'origine.

Que l'état civil officiel soit n'importe quoi dans un certain nombre de pays, et que le trafic de papiers soit un commerce florissant, c'est une réalité.


La question du regroupement familial n'est qu'un des aspects de l'immigration économique. Sur le problème général de l'immigration économique, je n'ai aucune solution miracle, sinon de clamer avec le choeur que la solution réside dans l'auto-suffisance des pays du Sud (vous remarquerez que je n'ai pas dit la "croissance"). Déjà il faudrait que les organismes internationaux comme la BM, le FMI ou l'OMC ne soient ni les vecteurs du néo-libéralisme ni les émissaires des pays riches. Et que l'ONU intervienne efficacement pour régler les conflits armés locaux. Bon, je déconne.

 

Euh, et les tests ADN ?

On va dire que je suis contre. Je ne suis pas fondamentalement contre, et de toute façon je pense que ce genre de truc finira par se faire en vertu de principe de Gabor (tout ce qui est techniquement réalisable finira un jour ou l'autre par être réalisé) appliqué aux sociétés.

Mais je n'ai pas confiance dans ce que pourrait en faire une administration sous l'égide d'un gouvernement comme le nôtre actuellement, dans le climat actuel de méfiance vis à vis des personnes d'origine extra-européenne, même si l'initiative vient du demandeur et que la décision de pratiquer le test est judiciaire.

 

En fait, pour conclure, je ne peux que vous inviter à lire l'avis du Comité Consultatif National d'Ethique du 4 octobre dernier intitulé « Migration, filiation et identification par empreintes génétiques ».

Pas à dire, ils causent bien, au CCNE.

 

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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 04:52

 

Oups, ça y est, j'ai laissé passer septembre !!

 

Allez, voici Surya Bonaly, une fille au poil !

Qui pose ici pour PETA

Et qui a mis à nouveau sa notoriété au service de la défense des animaux dénués de langage pour interpeller M'sieur Sarkozy l'Américain (comme il aime être appelé) sur la question des corridas, en août et en septembre dernier.

M'sieur Sarkozy a répondu en août à Surya. Sa réponse de septembre n'est pas encore officialisée.

 

J'aurais pu, dans la rubrique fille au poil concernée par les animaux dénués de langage, vous mettre Zara Whites, mais quand elle ne joue pas à la femme araignée, ses photos sont délicates à diffuser sur la toile dans le cadre d'un site autorisé (voire recommandé) aux moinsses de 18 ans.

 

On ne m'ôtera pas de l'idée que, globalement, les femmes sont moins pires que les hommes.

 

Des questions ?

 

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20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 09:09

 

A l'occasion du cinquantenaire de la "bataille d'Alger", dimanche 16 septembre sur France 3 était diffusée la seconde partie du documentaire de Patrick Rotman "L'ennemi intime" (la 1ère partie était le dimanche 9 septembre), réalisé en 2002.

De quoi ça cause ? De la torture durant la guerre d'Algérie, de 1954 à 1962.

Bon, d'accord, on sait, une sale affaire, et alors ?

Eh bien l'intérêt de ce documentaire, c'est qu'il repose essentiellement sur des témoignages. Il y a des images d'archives ou de films personnels en 8 mm, mais il s'agit surtout des témoignages filmés d'anciens engagés ou appelés qui ont participé, qui ont été les relais, ou qui "simplement" ont été passivement confrontés de plus ou moins près à la torture, aux mauvais traitements, et aux exécutions arbitraires.

 

Et alors ? Ça doit être chiant ?

Justement, pas du tout.

 

Car ce documentaire ne se contente pas d'exposer comment se nourrissent inexorablement  les  ennemis complémentaires, en l'occurrence le terrorisme du FLN et la répression aveugle de l'armée française.

 

Il dévoile aussi petit à petit les barrières internes que chacun franchit pour être acteur ou spectateur de l'inacceptable.

 

D'où le titre "l'ennemi intime" : ce n'est pas seulement l'adversaire, avec qui on entretient nécessairement une logique intime d'escalade, c'est évidemment en dernière analyse soi-même.

 

Qui sont les bons, qui sont les mauvais ?

Bien sûr, le sens de l'histoire a donné tort à la France et raison au peuple algérien, et il faut en prendre acte. Même si l'Algérie est encore aux prises avec le cycle de la violence et même si elle n'a pas encore su exploiter ses richesses.

Bien sûr, il y a eu des pervers estampillés, parmi les engagés, parmi les appelés, parmi les harkis, comme parmi les résistants du FLN... Les témoignages du film en attestent. Les gens qui jouissent aisément de la souffrance d'autrui, ça existe.

Mais les autres, tous les autres ?...

Tous ces officiers qui avaient vécu voire combattu 15 ou 20 ans plus tôt l'occupation nazie, dont certains avaient même pu avoir affaire aux mauvais traitements de la Gestapo ?

Tous ces jeunes appelés qui se sont retrouvés spectateurs voire complices des sévices infligés à des civils, y compris des femmes, y compris des enfants ?

En écoutant témoigner tous ces hommes, dont certains ont de solides défenses mais dont d'autres finissent par craquer devant la caméra, on en vient naturellement à se poser la question : et si j'avais été sur place, à 20 ans, pendant la guerre d'Algérie, qu'est ce que j'aurais fait ?

 

Car évidemment, moi qui écris comme vous qui lisez (je m'adresse aux hommes de sexe masculin, puisqu'il est question de soldats), nous savons que jamais nous ne torturerions, que jamais nous ne violerions, que jamais nous n'abattrions sommairement quelqu'un. Et qu'il ferait bon voir qu'on s'avise de le faire en notre présence !

Bon, en réfléchissant un peu, en faisant des "expériences de pensée", on parvient bien à se dire qu'au fond, dans des circonstances particulières, on pourrait nous aussi être dépassés par les événements ou par nos émotions. Mais on ne reste pas trop longtemps penché au-dessus du vide, et on s'empresse de réintégrer notre représentation rassurante de nous-même.

 

En tout cas, force est de reconnaître qu'en temps de conflit armé les tortionnaires, leurs assistants, et leurs complices passifs ne font jamais défaut. Et sauf à postuler qu'ils surgissent ex nihilo, il y a lieu de considérer que ce petit monde se recrute chez les gens comme vous et moi.

En réalité, ça n'a rien de surprenant.

 

En pays étranger, en situation de conflit, qui va courir le risque de se retrouver en marge du groupe ? De passer pour un emmerdeur ? De passer pour une poule mouillée ? De passer pour un traître ? La situation est dangereuse, on veut sauver sa peau, il faut pouvoir compter sur les autres. Et hors les situations dangereuses, le temps est long, déjà on se fait chier, on ne veut pas se retrouver isolé.

 

En pays étranger, en situation de conflit, qui va courir le risque d'affronter l'énorme machinerie militaire, l'emprise explicite ou implicite qu'elle exerce sur chaque individu, la lourdeur de ses sanctions officielles ou déguisées ?

Si on est un militaire engagé, on doit appliquer les ordres, c'est le principe de l'armée.

Si on est un appelé, tout ce qui compte c'est de tenir le coup en attendant la quille.

 

En plus, si on est un appelé, on est jeune. Déjà, on débarque seul dans un milieu déjà organisé, avec ses règles, ses rôles. On est plus facilement influençable, on a moins eu le temps de se forger des règles morales personnelles solides, on a moins de références dans son expérience personnelle. Et on a davantage besoin de l'approbation des autres, on est plus sensible à l'effet de groupe. Et on a envie de sensations fortes, ce qui peut conduire à des dérapages dans les comportements.

 

Et puis quelles sont les alternatives ? Protester ? Convaincre les autres ? S'interposer ? Dénoncer ? Se rebeller ? Déserter ? Témoigner ? Protéger, soigner, sauver l'adversaire ?... En d'autres termes, accepter de se mettre personnellement en danger pour un résultat très incertain. D'accord, les fictions de cinéma glorifient volontiers les personnages qui optent pour ces positions. Mais quand on se retrouve sur le terrain dans la vraie vie, c'est une autre paire de manches. Rien que dans le métro, si une agression survient, tout le monde s'empresse de regarder le plafond en sifflotant, alors en terre hostile en situation de conflit, tu parles...

 

Et pour finir l'adversaire existe pour de bon. Si peu de soldats avaient pu constater de visu les exactions du FLN, les histoires ou les photos de cadavres égorgés et mutilés "par les fellouzes" ou de victimes des attentats ne manquaient pas, propres à faire rentrer dans le rang les esprits rebelles.

 

Quelques témoignages dans "L'ennemi intime" - peut-être un seul, je ne sais plus - évoquaient avec une gêne extrême la curiosité, voire la fascination devant le spectacle de la torture, de l'atteinte à l'intégrité des corps. Un fond de perversité semble structurellement tapi chez l'être humain, plus ou moins (selon les individus) prêts à sortir en cas d'"autorisation".

On évoque les antiques jeux du cirque, ou dans les sociétés anciennes la fréquentation des supplices publics.

Ou tous les spectacles agonistiques organisés contre des animaux ou entre des animaux, dont certains persistent encore de nos jours.

Ou les fameuses expériences que Stanley Milgram rapporte dans son ouvrage "Soumission à l'autorité" (Harper & Row, 74 et Calmann-Lévy, 94). 

On évoque enfin plus banalement les innombrables oeuvres de fiction comme, pour ne prendre que des références françaises, "Les Cent-Vingt Journées de Sodome" de Sade, "Le jardin des supplices" de Mirbeau, ou le théatre du Grand Guignol, ou encore comme depuis les années 70 la déferlante de films "gore" de plus en plus "graphic", sans parler de certains jeux vidéo.

 

Pour le reste, les mécanismes de défense évoqués par le documentaire sont communs : banalisation, rationalisation, clivage, cynisme, divertissement, alcool...

 

Patrick Rotman, le réalisateur, a également fait de ces témoignages un livre du même titre, et avait déjà fait avec Bertrand Tavernier en 1992 un livre et un documentaire intitulés "La guerre sans nom - Les appelés d'Algérie".

Un film de fiction va sortir d'ici 2 semaines, avec le même titre "L'ennemi intime". Le scénariste est Patrick Rotman, et le réalisateur (Florent-Emilio Siri) comme l'acteur principal (Benoît Magimel, initiateur du film) s'y sont sincèrement investis. Je lui souhaite non  moins sincèrement tout le succès possible, mais il est pour moi évident qu'une fiction n'atteindra pas le quart de la moitié de la force du documentaire. Rien que la bande-annonce donne l'impression d'un film déjà cent fois vu. L'esthétique des images, des mouvements de caméra, de la musique, du jeu des acteurs, des dialogues, cette esthétique tend irrémédiablement à faire écran entre le sujet et le spectateur.

Je ne devrais pas le dire, mais je m'autorise à le dire parce que je sais que personne ne me lit. C'est l'avantage.

 

Sinon, dans le genre du témoignage, on pourra songer au procès Eichmann en 1961, et au documentaire qu'ont tiré de ses images d'archives Rony Brauman et Eyal Sivan ("Un spécialiste", 1999). Et bien entendu au livre de Hannah Arendt "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal" (1963), qui fait toujours scandale pour certains.

Et on n'oubliera pas l'indispensable livre de Jean Hatzfeld, "Une saison de machettes" (2003), sur le massacre du Rwanda que l'auteur qualifie de "génocide de proximité". Il prolonge en quelque sorte la thèse de Hannah Arendt en montrant que le "mal" n'a même pas besoin d'un appareil totalitaire pour s'exprimer dans sa banalité.

 

 

S'il fallait conclure :

 

- Chaque être humain a sa part d'ombre, sa part d'agressivité gratuite, sa part destructrice. Appelons ça si on veut avec Freud pulsion de mort. C'est notamment une des vérités que visait à faire admettre le mythe chrétien, mais il a ici comme pour le reste radicalement échoué. Pour chaque être humain, le "mal" est et reste chez les "autres". Après tout, la projection doit être un mécanisme fondamental de survie psychique.

- Il est donc capital de mettre en place des systèmes de société où cette part destructrice reste bridée, et d'éviter les circonstances où son expression devient possible, voire légitime, au premier rang desquelles les conflits armés de toutes sortes. Cette dernière remarque à l'intention de ceusses qui pensent que le recours aux armes, sauf pour se défendre, peut constituer une solution.

 

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Published by Jean-Paul - dans Un peu de sérieux
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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 00:44

 

Une playmate ensoleillée on the rocks pour nous consoler de ce mois d'août grave pourrave.


 

 

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11 août 2007 6 11 /08 /août /2007 02:16

 

 

Lustiger par-ci, Lustiger par là, voilà cinq jours qu'on nous bassine dans tous les médias français avec Monseigneur Lustiger, et le décès de Mgr Lustiger, et les hommages envers Mgr Lustiger, et les messes à la mémoire de Mgr Lustiger, et la chapelle ardente pour Mgr Lustiger, et les obsèques de Mgr Lustiger...

 

Cet homme est décédé, d'accord, bon, qu'il repose en paix.

 

Mais qu'on nous lâche les baskets avec ça ! Que ses proches et ceux qui veulent lui rendre hommage fassent des messes ou ce qu'ils veulent, mais que les médias français cessent de jouer les organes de presse du Vatican.

 

Je pensais naïvement que nous étions une République laïque. En tout cas, c'est dans l'article 1er de la Constitution.

 

Et on voit aux obsèques le Premier Ministre, et le Président du Sénat, et le Président de la Région IDF... Jusqu'au Président Sarkozy qui retraverse l'Atlantique pour faire acte de présence ! Vous me direz, on connaît la complaisance de M'sieur Sarkozy envers les religions. Mais dans les médias, notamment écrits, toujours en principe jaloux de leur indépendance, on chercherait en vain l'ombre d'une critique, d'un recul, d'un questionnement...

 

Pourquoi pas un jour de deuil national, tant qu'à faire, que la foule puisse descendre dans la rue aux cris de « Santo subito ! »

 

On nous serine que Monsieur Lustiger aurait été le chantre du rapprochement entre chrétiens et juifs. Tout ça parce qu'il s'est précocément converti au catholicisme. Le meilleur moyen de rapprocher ces petits mondes, c'est encore qu'ils abandonnent leurs encombrantes croyances. Et de toute façon il serait plus utile à notre époque de rapprocher juifs et musulmans.

 

Je sais bien que je suis naïf.

En 2005, nous avions eu droit à un déferlement médiatique sur la mort de M. Wojtyla, ses obsèques, et la transition papale.

Et nous avions eu droit à la présence de M. Chirac et ses Ministres à la messe d'obsèques, avec drapeaux en berne sur le territoire français et Préfets invités à se rendre aux services funèbres !...

 

Alors que lorsque ça a été le tour de Rainier Grimaldi, rien de tout ça, alors qu'il était à la tête d'un Etat quatre fois plus vaste que Karol Vojtyla ! ...

 

Oh, je sais qu'on va me prendre pour un laïcard attardé, un bouffeur de curé anachronique, un anti-ratichon primaire.

Que non point ! Ni attardé, ni anachronique, ni primaire.

 

On nous brandit volontiers le totalitarisme religieux de certains imams et de certains ayatollahs, voire l'insolubilité de l'islam dans la République. Cependant qu'on s'imagine, depuis la loi de 1905 et depuis le Concile de Vatican II, que la secte vaticane est devenue inoffensive.

Mais M. Ratzinger, dans la foulée de M.Wojtyla, et leur clique de cardinaux dont faisait partie M. Lustiger, proclament de leur côté à qui veut l'entendre la prééminence de la loi de Dieu sur la loi des hommes. Et personne ne moufte.

 

Bien sûr, en France, les emmitrés ne donnent pas trop de la voix. Bon, on se souvient quand même qu'ils ont fait un syndrome à propos du Téléthon 2006, au motif de la recherche sur les cellules souches embryonnaires ou du diagnostic pré-implantatoire, puisque comme chacun sait Monsieur Dieu injecte avec sa seringue magique une belle âme toute neuve à l'embryon dès le passage du spermatozoïde à travers la zone pellucide de l'ovocyte.

 

On se souvient aussi en mars 2005 de l'interdiction en référé d'une affiche de Marithé & Girbaud sur requête de la Conférence des Evêques de France, par le biais de leur faux nez, l'association au nom oxymorique de "Croyances et Libertés". Les pubards, comme à leur habitude, avaient tout simplement mis le grappin sur une oeuvre appartenant au domaine public, à savoir la Cène, fresque peinte par Léonard de Vinci dans une cantine sur la commande du Duc Ludovic Sforza. Tant que ce sont les marchands de soupe et les calotins qui se font la guéguerre, ce n'est pas très grave, mais il s'était quand même trouvé des juges en référé puis en appel pour donner raison à l'escadron épiscopal, les deux fois contre l'avis du Parquet ! Il avait fallu attendre novembre 2006 pour que la Cour de Cassation renvoie enfin la bigoture à ses mitreries, guérie on l'espère pour  quelques temps de son prurit judiciaire.

 

Mais on doit aussi avoir à l'esprit les invraisemblables pressions anti-IVG de la hiérarchie romaine dans certains pays de tradition catho, comme le Portugal et la Pologne pour ne parler que de l'Europe.

 

On doit avoir à l'esprit l'appel à la désobéissance solennellement lancé par les évêques espingouins en mars dernier à l'encontre d'une loi sur l'éducation votée par le Parlement, et à nouveau en juin à l’issue d'une réunion de la Commission permanente de la Conférence Episcopale Espagnole.

 

On doit avoir à l'esprit les attaques incessantes des emmitrés vénézuéliens contre la politique d'Hugo Chávez, avec encore en juillet dernier une salve d'attaques rédigée lors de leur Assemblée plénière. On est revenu aux beaux jours des encycliques qui jetaient le socialisme aux enfers, de Pie IX à Benoît XV ! Non pas qu'Hugo Chávez soit exempt de critiques, mais Dieu sait qu'en Amérique latine on a vu toutes sortes de régimes beaucoup plus autoritaires et beaucoup plus injustes, sans que la hiérarchie catholique se montre aussi chatouilleuse.

 
Bref, la laïcité est le minimum vital en attendant l'extinction des religions. Et il conviendrait de rappeler à nos hommes politiques et à nos médias de laisser les vestiges du clergé romain à leur juste place.

 

 

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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 01:32

 

Résumé :

Le Bureau de Vérification de la Publicité s'oppose à la diffusion d'un message télévisuel contre la corrida. Cet organisme, en réalité pure émanation du monde publicitaire, a curieusement une mission de service public consistant à statuer non seulement sur les spots publicitaires mais également sur les messages d'intérêt général réalisés notamment par les associations et les ONG. L'argumentation présentée par le BVP dans cet exemple sur la corrida apparaît à l'analyse floue, incohérente, contradictoire, arbitraire voire erronée. La légitimité et la compétence de cet organisme pour porter un jugement sur les messages d'intérêt général apparaît une fois de plus extrêmement problématique.                                                  

 

 

 Rappel des faits :

 

Fin juillet, une colère du chanteur Renaud a permis de mettre au jour une censure exercée par le BVP (Bureau de Vérification de la Publicité) dont les divers médias écrits et audio-visuels français se sont fait l'écho. Renaud, engagé dans la lutte contre la tauromachie, avait prêté sa voix à un spot anticorrida de 30 secondes pour la Société Protectrice des Animaux (SPA), en collaboration avec le Comité Radicalement Anti Corrida (CRAC) et la Fédération des Luttes Anti Corrida (FLAC).

Le BVP a émis de façon répétée un avis défavorable à la diffusion de ce spot, malgré des remaniements successifs.

 

On peut visionner les spots et prendre connaissance de l'argumentation du BVP sur le site de la SPA.

    

 

Qu'est ce que le BVP et quel est son rôle ?

 

Chacun connaît de nom le Bureau de Vérification de la Publicité, et sait plus ou moins qu'il s'agit de l'organisme chargé de contrôler la publicité.

Cliquons sur la page d'accueil du BVP.

Sur le bandeau en haut de l'écran, défilent des mots : "engagement" ... "sécurité" ... "éthique" ... "dignité personne humaine" ... "confiance" ... "loyauté" ... "concertation"...

On aura reconnu une banale ficelle de l'art publicitaire : l'accumulation creuse de mots-clés.

A comparer avec la saine austérité du site du CSA.

 

En effet, le  BVP n'est qu'une association (1901) de professionnels de la pub, dont la mission pour le moins oxymorique consiste à « mener une action en faveur d'une publicité loyale, véridique et saine »

Et pourtant, de façon assez saugrenue, les régies des chaînes de télé ne diffusent que les spots assortis de l'Imprimatur du BVP :
 
Que les professionnels de la pub jouent à se doter d'un « Ordre » et se donnent de l'importance en prétendant veiller à ce que les réclames pour les bagnoles ou  les crèmes rajeunissantes ne choquent pas trop les cerveaux des consommateurs et soient compatibles avec les lois, ça m'en touche l'une sans faire bouger l'autre.

Que les pouvoirs publics aient confié au BVP (depuis 1992) une mission de service public qui devrait revenir au CSA (lequel se contente de contrôler a postériori), j'imagine que c'est un moyen pour l'Etat de faire des économies, pourquoi pas, mais bon...

Mais là où ce système devient hautement pervers, c'est que le ramassis de guignols qui sévit au BVP a également compétence pour émettre son Nihil obstat sur les messages proposés aux chaînes de télé par des organismes à but non lucratifs !

Ils ont déjà censuré des ONG comme Amnesty International en 1996 sur la Chine et en 1999 sur les Etats-Unis, au prétexte notamment d'éviter de nuire aux bonnes relations entre Etats. Certaines mauvaises langues supposaient que leur souci réel consistait en fait à éviter de nuire au commerce entre Etats. Ou comme Reporters Sans Frontières en 2005, au prétexte d'une violence qui pourrait choquer. De mauvaises langues pourraient supposer que la politique déontologique du BVP se réduit à éviter dans la mesure du possible que le « temps de cerveau humain disponible » soit perturbé à l'écran par des messages pouvant détourner l'attention du consommateur de l'essentiel, à savoir les télécoms ou les déodorants. 

 

Inutile de préciser que tout spot dirigé contre la consommation fait l'objet d'une censure systématique par le BVP, comme le film de la Journée sans Achat en 1999 ou le film du C.C.C.P. (Comité des Créatifs Contre la Publicité) réalisé en 2000 pour la Semaine sans télévision. Au prétexte que les auteurs appelaient au boycott, ou encore plus simplement qu'ils n'étaient pas habilités à faire de la publicité (!)

Au-delà de la poudre au yeux et des risettes, au-delà de la fausse insolence et de la provocation à trois sous, le système publicitaire est à l'évidence fondamentalement totalitaire. On ne rigole pas avec les gros sous.

Pourtant, comme son nom l'indique, le Bureau de Vérification de la Publicité a pour objet pour la télévision de vérifier les « films *publicitaires* », ainsi qu'il le rappelle lui-même.
 
Et le décret du 27 mars 1992, cadre d'action du BVP, définit précisément dans son article 2 comme publicité « toute forme de message télévisé diffusé contre rémunération ou autre contrepartie en vue soit de promouvoir la fourniture de biens ou services, y compris ceux qui sont présentés sous leur appellation générique, dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale ou de profession libérale, soit d'assurer la promotion commerciale d'une entreprise publique ou privée. »

Par ailleurs il distingue clairement dans son article 14 « Les messages d'intérêt général à caractère non publicitaire tels que ceux diffusés dans le cadre des campagnes des organisations caritatives et des campagnes d'information des administrations ».

Il serait donc impératif que l'évaluation des messages d'intérêt général, non publicitaires, soumis par les organismes à but non lucratif (associations, ONG...) revienne au CSA, et que le BVP en reste à ses banques et ses nettoyants WC.

On peut toujours contester le CSA (qui n’est certes pas à l’abri des pressions), mais au moins c'est une institution publique dont les membres sont nommés par les élus (le président de la République, le président du Sénat et le président de l'Assemblée Nationale), et non par les marchands de soupe.

 

   

En quoi consiste l'argumentation du BVP dans cette affaire du spot anti-corrida ?

 

 

 Je vous invite donc à visionner les spots sur le site de la SPA (si vous n'aviez pas d'avis déterminé sur la corrida, ça peut vous aider à décider), et à lire les 2 avis (1er et 3ème) du BVP reproduits, c'est vite fait.

 

Le 1er refus du BVP se base sur trois arguments :

 

I) La référence  au « préjudice à l'ensemble des intervenants d'un secteur (ici, métiers du tourisme, intervenants du secteur de la tauromachie etc... toutes personnes physiques ou morales qui tirent intérêt à une activité autorisée) »

Soyons charitable envers l'auteur de cette note, dont la compétence en français semble à hauteur de sa compétence en droit, et ne relevons pas qu'on ne tire pas intérêt « à » mais « de » quelque chose.
Précisons qu'il s'agit là d'une sorte de jurisprudence interne, nullement évoquée dans les textes réglementaires.

 

En tous cas ceci appelle deux réponses :

 

A) Il n'est pas démontré que les métiers du tourisme ont plus à gagner qu'à perdre.

 

1) Les corridas en France sont organisées quasi exclusivement dans le cadre de fêtes locales (des férias), et les touristes qui viennent aux férias n’assistent que très minoritairement à des corridas. En revanche, il est hors de doute qu'une clientèle potentielle s'abstient de fréquenter les férias à cause de la référence aux corridas, tous les sondages réalisés sur la question montrant que la corrida est réprouvée par une très large majorité de la population.

2) Les taureaux massacrés en France dans des arènes proviennent très majoritairement d’élevages espagnol et portugais. 

 
B) En ce qui concerne le mundillo, le petit monde directement lié à la tauromachie, l'argument économique est pitoyable. Ceci signifie tout simplement que le BVP s'opposerait à un spot mettant en question la vente d'armes à des pays totalitaires au motif des répercussions économiques dans le secteur des marchands d'armes.

 

II) La référence à « certaines images de nature à heurter le public » avec « nombreuses photos explicites, "difficiles à supporter" de douleurs. »
Là encore, soyons charitable, ne relevons pas la curieuse expression « photos de douleurs ».

 
Evidemment, nous sommes dans le cas de figure difficile à gérer où, pour dénoncer quelque chose de choquant, il est difficile d'éviter de choquer.

La Sécurité Routière l'a bien compris, et dans l'ensemble on n'a pas contesté le bien-fondé de certains spots qui n'y allaient pas avec le dos de la cuillère. Evidemment, ces campagnes d'information des administrations ont bénéficié de l'indulgence du BVP (c'est la moindre des choses) malgré le « préjudice aux intervenants du secteur » de l'automobile, et le dérangement de l'attention des consommateurs au moment sacré de l'écran publicitaire.

Admettons qu'on veuille préserver les âmes sensibles, il suffit de faire précéder le spot d'une message d'avertissement genre « Attention, le message qui va suivra contient des images de corrida qui peuvent choquer les enfants et les personnes sensibles ».  

 

III) Le commentaire prévu en voix off , qui « interpelle le public sur le bien fondé d'un texte de loi ce qui est contraire aux articles 3 et 5 du décret du 27 mars 1992 »

L'article 3 dit « La publicité [...] ne peut porter atteinte au crédit de l'Etat. », et l'article 5 dit « La publicité ne doit contenir aucun élément de nature à choquer les convictions religieuses, philosophiques ou politiques des téléspectateurs »
On reste carrément perplexe devant cette interprétation du texte réglementaire.

Mettre en question « le bien fondé d'un texte de loi » est tout simplement l'essence de la dynamique démocratique. Il ne s'agit pas d'un appel à la transgression, mais d'un appel à modifier la législation. Les citoyens sont fondés à demander à leurs députés les évolutions législatives qu'ils pensent légitimes. Et le juriste du BVP, dont on se demande dans quel paquet de lessive il a dégoté son diplôme, semble ignorer qu'il s'agit en l'espèce d'appeler à l'application de la loi sur tout le territoire français, en supprimant les dérogations locales (l'autorisation de la corrida dans onze départements du sud).

Vous avez dit « crédit de l'Etat » ?...

 

 

Le 3ème refus du BVP est ainsi rédigé :


« le problème lié au texte dit par Renaud subsiste, ainsi le commentaire assimilant à de la barbarie des manifestations autorisées accompagnés de mugissements de détresse et de douleur du taureau sont bien de nature à choquer le public et porter préjudice à l'ensemble des intervenants de ce secteur, particulièrement au moment où les corridas sont organisées ».

Restons toujours charitable sur la clarté de la rédaction. Cependant, si quelqu'un peut me dire, dans la construction de cette phrase, quel est le substantif auquel se rapporte « accompagnés de mugissements » et quel est le sujet grammatical de « sont bien de nature », je suis preneur. Pas à dire, le rédacteur, outre qu'il semble s'y connaître en droit comme moi en puits quantiques semi-conducteurs, ne jouit pas de la netteté d'esprit qu'on attend généralement au minimum d'un juriste.

 

Du coup on ne sait plus très bien ce qui est « de nature à choquer le public » : « les mugissements de détresse et de douleur », « le commentaire assimilant à de la barbarie des manifestations autorisées », ou encore « le commentaire [...] accompagnés (sic) de mugissements » ?...

 

Après tout, on peut concevoir que notre brillant expert s'emmêle les pédales, puisqu'il patauge dans le paradoxe consistant à dire que les seules images et les seuls sons de taureaux suppliciés sont insupportables, mais que Renaud n'a pas le droit de parler de barbarie.

 

Enfin, on retrouve le fameux « préjudice à l'ensemble des intervenants de ce secteur », cela, se croit obligé d'ajouter dans sa rafraîchissante candeur notre éminent juriste,  « particulièrement au moment où les corridas sont organisées ». No comment.

 

 

Bref, l'éthique dont se gargarise le BVP se résume-t-elle en une phrase : ne rien permettre qui risque de nuire au commerce ?

 

Une bien belle devise qui impose le respect envers ce bien bel organisme.

 

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 00:30

  

Lettre aux actionnaires

 

Soucieux de ne pas mettre en péril l'audimat vertigineux de zone pazenn par une nouvelle distraction de son Président, le Conseil d'Administration a pris à l'unanimité la décision de mettre en ligne sans plus tergiverser la Playmate de juillet.

 

  

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Published by Jean-Paul - dans Pin-up
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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 00:06

 

J'ai eu un mois de juin un peu difficile, du coup j'ai zappé la Playmate.

On me presse de réparer cet oubli, ce dont je m'empresse :

 

 

 

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Published by Jean-Paul - dans Pin-up
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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 00:51

 

Mes chers compatriotes,

 

Je ne vais certainement pas y aller de mon commentaire sur le résultat et les suites du présidentiel scrutin. Si la majorité des Français veulent se lever tôt et travailler plus pour que ceux qui gagnent beaucoup gagnent encore plus, ça les regarde.

 

Mais, après la constitution du nouveau gouvernement, je voudrais réparer la carence des médias concernant la nouvelle titulaire de mon Ministère de tutelle, oubliée des commentaires.

M'sieur Sarkozy a confié comme attendu le Ministère de la Santé à M'ame Bachelot.
Avec la Jeunesse et les Sports. C'est logique, hein, le meilleur moyen d'être en bonne santé c'est d'être jeune, et c'est plus facile de faire du sport quand on est jeune et en bonne santé.

On se rappelle que M'ame Bachelot, mise à la tête de l'Ecologie de mai 2002 à mars 2004 (sous Raffarin I et II) par M'sieur Chirac, avait enfin dégagé des idéologies le Ministère de l'Environnement pour en faire une agence décomplexée et sans tabou au services des lobbies.
Prenons un exemple au hasard : la chasse.
Elle avait multiplié les arrêtés illégaux visant à élargir les dates de chasse, arrêtés régulièrement annulés par le Conseil d'Etat.
Elle avait défendu les chasseurs bec et ongles, et avait déposé et défendu la loi du 17 juillet 2003 qui supprimait les contrôles du budget des Fédérations de chasse, qui supprimait le jour hebdomadaire sans chasse, qui étendait la chasse de nuit à de nouveaux départements...
Elle avait brillamment illustré sa cohérence politique et sa hauteur de vue à l'Assemblée Nationale, qui résonne encore de ses formules définitives comme « À chaque fois que la chasse recule c'est le Coca-Cola qui avance ! » (11/02/03).


M'ame Bachelot est à n'en pas douter une personnalité exceptionnelle : c'est le seul personnage politique français qui soit la caricature de sa marionnette des Guignols.

Manifestement, M'sieur Sarkozy manquait de femmes de sexe féminin pour compléter son gouvernement. Ou bien il a pensé qu'il fallait un pendant à la réputation réactionnaire en matière sociétale de M'ame Boutin. On se rappelle en effet que M'ame Bachelot s'est fait bien voir du petit monde LGBT par ses prises de position en faveur de l'homoparentalité. Et toujours dans le registre du sociétalement branchouille, elle a signé le « Manifeste des Chiennes de Garde », ce qui ne saurait étonner de sa part puisque cette association est au féminisme ce que Patrick Sébastien est à la chanson.

Quand je pense qu'on nous serinait « le seul critère de composition du gouvernement, ça sera la compétence »...

En tout cas le féminisme a fait un pas en avant si l'on en croit la fameuse formule de Françoise Giroud : « La femme sera vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente. »

En réalité, faut dire que M'sieur Sarkozy, pas si bête, n'a confié qu'un Ministère croupion à cette dinde, puisque c'est le Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique qui va gérer le budget de la Santé, donc exercer les vraies responsabilités.
Oups, pardon aux dindes.
 

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