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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 20:02

 

 

 

« une inquiétude croissante le pâlissait, à la vue du flot toujours montant des mineurs.

   [...]

Déjà, tous revenaient, dans un mépris exalté de la mort. [...] - Tuez-nous, tuez-nous donc ! Nous voulons nos droits.

   […]

Et tous continuaient à se jeter sur les fusils. Si une décharge avait eu lieu à ce moment, elle aurait fauché la foule.

   […]

il allait crier : Feu ! lorsque les fusils partirent d’eux-mêmes, trois coups d’abord, puis cinq, puis un roulement de peloton, puis un coup tout seul, longtemps après, dans le grand silence.

   […]

Les blessés hurlaient, les morts se refroidissaient dans des postures cassées. »

           (Germinal, É. Zola,1885)

 

La police sud-africaine a tiré sur un groupe de mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana, le 16 août, faisant 34 morts et plus du double de blessés.

Une spectaculaire vidéo en a été diffusée par l’agence Reuters (ci-dessus). Des extraits de cette vidéo ont été repris par tous les médias, ils ont fait le tour du monde et choquent non seulement l’Afrique du Sud mais le monde entier.

 

Les manifestants ont sans doute eu un comportement suicidaire. Et ce ne sont sans doute pas des enfants de chœur. Les policiers étaient d’autant plus nerveux qu'on rapporte que deux d’entre eux avaient été battus à mort par des manifestants quelques jours plus tôt.

Mais une telle réponse de la police est à notre époque totalement scandaleuse.

 

On lit ça et là que cet épisode ramène aux années de l’apartheid.

Mais non. Ce n’est pas aux années de l’apartheid, qu’il ramène. Si les mineurs grévistes sont effectivement tous Noirs, les Noirs sont également largement représentés parmi les policiers.

C'est au dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe siècle, que ramène cet épisode. À l’époque du mouvement ouvrier qui précéda et suivit la naissance des syndicats, lorsque les grèves des mineurs, en Europe et en Amérique du Nord, pouvaient être férocement réprimées par l’armée.

 

Pour s’en tenir à la France, ceci va des fusillades des mineurs de charbon à la fin du Second Empire, en juin 1869 au Brûlé dans la Loire et en octobre 1869 à Aubin dans l’Aveyron, jusqu’aux fusillades des carriers des sablières de Draveil et Villeneuve-St-Georges, dans l’actuelle Essonne, en juin puis en juillet 1908, sous le premier cabinet Clemenceau. 

 

En ces temps-là, mineurs et ouvriers faisaient un travail rude et vivaient dans des conditions rudes. Et lorsqu’ils faisaient grève pour protester contre leurs conditions de travail ou réclamer plus de sous, leurs manifestations pouvaient être rudes, ce n’étaient pas toujours de paisibles défilés, et ils étaient habitués à manier les outils. Tout comme les manifestations des grévistes de Marikana.

 

Ces mouvements ouvriers inspirèrent de grands auteurs du XIXe siècle.

 

La fusillade d’Aubin inspira à Victor Hugo « Aubin »  (in Les Années Funestes, publié post-mortem en 1898).

On peut lire dans ce poème comme une référence à la tuerie de Marikana : « Le mineur, c’est le nègre. Hélas, oui ! ». Par cette formule qui sonne curieusement à nos oreilles contemporaines, le grand Victor signifiait que les mineurs étaient traités comme étaient traités les nègres à l’époque. Il aurait eu des choses à apprendre à Jean-Paul Guerlain…

 

Et si c’est la grève des mineurs d’Anzin en 1884, qui inspira le Germinal d'Émile Zola, le chapitre sur la fusillade du Voreux (sixième partie, chapitre V) s’inspire, lui, de la fusillade du Brûlé (cest de ce chapitre que proviennent les extraits en tête de l'article).

 

Je ne résiste pas à terminer par une parenthèse, à l’intention des hommes de gauche français actuels : Hugo ou Zola, ces défenseurs des damnés de la terre, se préoccupèrent également du sort des animaux. On peut consulter de courts exemples de ce qu’ils ont pu écrire sur ce thème, dans un recueil intitulé Anthologie d’éthique animale (PUF, 2011).

 

Voilà, c'était mon article annuel.

 

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Published by Jean-Paul - dans Un peu de sérieux
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