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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 00:19
 
« Nous sommes en 2007 après Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par le complexe médico-industriel... Toute ? Non ! Car un site peuplé d'irréductibles médecins résiste encore et toujours à l'envahisseur »
 
Pas facile, quand on est médecin généraliste, quand on a le nez dans le guidon, la salle d'attente pleine, les visites à domicile, la paperasse, les trucs à lire pour se tenir au courant, pas facile de prendre le temps de s'interroger sur les conditions d'exercice de son métier, et notamment la main-mise de l'industrie pharmaceutique sur l'information médicale.
 
Le totalitarisme du complexe médico-industriel est un totalitarisme "soft", façon "Le meilleur des mondes". Il y a de l’oseille, des visiteuses médicales sympa, des belles phrases, de la com’ et encore de la com’... C'est si simple de se laisser embobiner en souriant... pour le plus grand bonheur des actionnaires, à défaut de celui des patients (et de l’assurance maladie).

C'est pourquoi il faut saluer tout particulièrement L’appel des 50 médecins généralistes contre la corruption en date du 12 octobre dernier :
 
 
Monsieur le Président, je vous écris car vous allez bientôt nous parler de santé.

La santé est mon métier, je suis médecin généraliste.

Tout le monde vous assaille en espérant être épargné par les inévitables efforts financiers que vous allez sans doute annoncer à la fin du mois.
Ce n’est pas mon propos, je gagne correctement ma vie. En tant que libéral, je peux m’adapter à l’augmentation de mes charges en travaillant plus pour gagner autant.

Si je vous écris Monsieur le Président, c’est pour vous demander une chose simple, qui pourrait à la fois alléger les comptes de l’assurance maladie et faciliter l’exercice de mon métier.

Je voudrais s’il vous plaît Monsieur le Président, que vous mettiez fin à la corruption banalisée du corps médical français. Le mot peut paraître fort, agressif, mais je n’en ai pas trouvé d’autre pour décrire notre situation.
Permettre à l’industrie pharmaceutique de doubler ou tripler le salaire de nombreux confrères hospitaliers n’est pas acceptable dans une France moderne et juste. Pas plus que ne sont acceptables ces voyages organisés que l’on nomme pudiquement congrès ou symposium, et où les médecins sont invités gracieusement à écouter des orateurs rémunérés par leur
voyagiste.

Cela coûte très cher à l’assurance maladie et au contribuable ; cet argent vient de quelque part et surtout ces pratiques induisent des dépenses considérables en prescriptions inutiles ou d’un surcoût sans aucun intérêt pour la santé des patients.
Vous le savez. Tout le monde le sait. Mais tout le monde essaye de se persuader que c’est normal, qu’il faut bien "se former" ; le président du conseil de l’ordre des médecins lui-même, dans
une interview récente, expliquait que les visiteurs médicaux des laboratoires jouaient un rôle utile dans l’information des médecins.

Dès sa formation à l’hôpital, le médecin est l’objet de toutes les attentions par les industriels qui assurent la logistique des réunions de service ou améliorent l’ordinaire des salles de garde.

Après son parcours universitaire, le médecin continue a être formé cette fois-ci quasi exclusivement par l’industrie pharmaceutique, avec la bénédiction des autorités de tutelle. Tous les garde-fous mis en place ne sont que poudre aux yeux au pays de Tartuffe.

Ma profession génère par ses seules prescriptions 30 milliards d’euros de dépenses, et elle est entièrement sous la coupe des principaux bénéficiaires de ces budgets. Monsieur le Président, dans tout autre domaine d’activité, une telle "interaction" ferait la une des journaux et remplirait les prétoires. En médecine, il n’en est rien car les acteurs de cette forfaiture ont trouvé une superbe parade sémantique : il suffit d’appeler "formation" toute action publicitaire destinée aux médecins, et dès que l’on parle de formation, tout devient possible.

Je vous parlais de l’exercice de mon métier. Si vous saviez Monsieur le Président, comme il est difficile de travailler correctement tant l’information médicale et thérapeutique est faussée. Lorsque je parle à un de mes patients de l’intérêt modeste d’un dépistage ou d’un nouveau médicament coûteux, je suis contredit régulièrement dans les médias par des "leaders d’opinion" qui viennent en vanter les bienfaits. Ces médecins prestigieux ou médiatiques se gardent bien de déclarer à cette occasion leurs conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique, comme la loi les y oblige pourtant depuis 6 mois. Faire appliquer la loi, assurer la transparence de l’information... Tout cela ne coûterait pas cher, permettrait des économies, et redonnerait du courage à ceux dont l’exercice est guidé par la recherche de la qualité des soins et non celle du profit.

S’il vous plaît Monsieur le Président, faites taire ceux qui vous accusent de liens trop étroits avec les industriels du médicaments. Ces derniers font un noble métier, mais le mélange des genres est une erreur pour tous. Ils n’ont pas à intervenir dans la formation des médecins ni dans l’information du public. Qu’ils consacrent leur énergie et leurs budgets à la découverte de nouvelles molécules, et que les soins soient assurés par des médecins formés loin de toute influence inopportune. C’est à ce prix que notre pays continuera à pouvoir financer un système de santé efficace, solidaire, et économique.

 

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Published by Jean-Paul - dans Allo - docteur
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