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16 janvier 2007 2 16 /01 /janvier /2007 21:47

J'aime les comptes ronds, mais bientôt dix jours après la saillie lexicale de M'ame Royal sur la Grande Muraille, son néologisme n'a pas atteint le million d'occurrences sur Gogol.fr. Il plafonne depuis plusieurs jours à 900 000 - 950 000 (ne me demandez pas pourquoi, mais le nombre de pages d'un terme sur Gogol fluctue dans les deux sens au fil du temps).

Mais c'est quand même un chiffre honorable. Disons qu'il tend vers le million.


Ainsi donc, Internet (et notamment la blogosphère), dont on espère pourtant avec béatitude sa dissimilitude d'avec les platitudes des médias traditionnels, a généré avec promptitude des commentaires qui frisent l'infinitude. Pour ceux qui attendent d'internet un renouveau du discours politique, il y a lieu d'éprouver un sentiment d'incomplétude qui peut confiner à l'hébétude. Mais bon, autant faire montre de mansuétude envers ce qui ne relève après tout que des inévitables vicissitudes de toute sphère de communication.

Aucune sphère de communication n'échappe à la bla-blattitude : plus c'est insignifiant, plus on glose. Au demeurant, beaucoup des commentaires du Net sur le néologisme de M'ame Royal sont en soi amusants et érudits. Attention, hein, moi je métaglose sur la glose, tutt tutt, rien à voir. C'est plus reposant de gloser sur l'écume qui accompagne l'actualité des personnages politiques que d'argumenter pour ou contre la politique monétariste de la Banque Centrale Européenne. Et surtout, c'est à la portée de tout le monde, c'est le moyen pour tout citoyen de se réattribuer le débat politique. Mais bon, ça reste une pratique de la politique qui ne mène nulle part, et la politique qui ne mène nulle part, c'est peu dire qu'on en souffre.

Dans le même esprit, on se souvient bien entendu aussi des débats passionnés sur l'"abracadabrantesque" chiraquien, mais dont l'origine rimbaldienne est attestée (il rimait dans "Le coeur supplicié" avec le non moins néologique "pioupiesque").

On se souvient aussi de ce qu'on a appelé les "raffarinades", avec la "positive attitude" ou le "Win, the yes needs the no to win, against the no".

Pour embrayer sur la langue de Shakespeare, Outre-Atlantique, ce type d'amusement para-politique a atteint des sommets avec les collections de "bushismes", les "malapropisms" de GW Bush, comme son "misunderestimated".
Le terme anglais "malapropism", qui désigne au sens large aussi bien les lapsus que les barbarismes par ignorance, vient de Mrs Malaprop, un personnage d'une pièce de Richard Sheridan, auteur irlandais du XVIIIème siècle, et le nom vient lui-même bien entendu de l'expression française "mal à propos".

Notons qu'en anglais le mot "barbarism" signifie autant "barbarisme" que "barbarie", si bien qu'on trouve sur Internet quelques retraductions de "Socialism or barbarism" par  "Socialisme ou barbarisme" (je le sais parce que j'ai vérifié qu'on ne l'avait pas déjà faite avant de pondre mon titre).
En fait je me demande si la bonne traduction du mouvement révolutionnaire de Castoriadis et Lefort ne serait pas "Socialism or barbarity". Qu'on pourrait peut-être retraduire par "Socialisme ou barbaritude". Bon, j'arrête.

Bref, peut-être bientôt 1 000 000 d'occurrences gogolisées.
Ce qui n'empêche pas Gogol de nous suggérer bravement et gravement « Essayez avec cette orthographe : gravitude »
Alors que le pôvre « gravitude » plafonne aujourd'hui laborieusement à moins de 60 000 pages.

Les médias "traditionnels" ont d'ailleurs flairé l'affaire, puisqu'en tapant sur Gogol.fr le terme dont il était question dans cet article, on obtient en prime des liens commerciaux vers Le Monde, Le Figaro, Le Nouvel Obs, LCI ou Métro.

 

NB : nous sommes aujourd'hui le 28 janvier, et le nombre d'occurrences relevées par Gogol n'a pas atteint le million, il a décrû pour être actuellement de 470 000. J'avoue que je ne comprends pas bien comment Gogol fonctionne et à quoi correspondent toutes les pages qui ont "fondu"...

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commentaires

reith 22/01/2007 01:32

de toute manière, avec ce paquet de platitudes, il y a une homothétie évidente avec la pondeuse...
 
gravitude : c'est une autre conique avec la pondaison non ?
on commence à creuser..........                   ;o))