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8 janvier 2007 1 08 /01 /janvier /2007 23:41

J'avais dit qu'on allait revenir sur l'écologie, qui devrait être un axe primordial (voire dans un sens l'axe primordial) du positionnement politique. Nous sommes tous sur le même bateau, et si le bateau commence à prendre la flotte, il est plus important d'empêcher l'aggravation des détériorations que de nous crêper le chignon sur la façon dont on s'organise.

Mais bon, nous autres les êtres humains continuerions à nous crêper le chignon même avec la flotte qui nous arriverait au ras des naseaux.

Cependant, l'écologie est un domaine objectivement délaissé par les politiques, pour la raison qu'il demande aux particuliers et aux entreprises de se priver de certaines facilités, et que le but est d'éviter des complications lointaines, abstraites, et incertaines.
Aucun homme politique élu ne peut se permettre de sacrifier le court terme au long terme.

Dominique Bourg explique dans son intervention à l'UTLS (306ème conférence, 01/11/2000) de façon très rigoureuse les caractéristiques des problèmes écologiques contemporains. Il est professeur d'écologie industrielle à l'université de Troyes, auteur de maints ouvrages et publications sur le sujet, et membre (probablement le plus compétent en la matière) de la "Commission Coppens", qui a préparé entre juin 2002 et avril 2003 la "Charte de l'Environnement", adoptée par le Parlement en 2004 et inscrite en référence dans le préambule de la Constitution en 2005.

D. Bourg note que l'impact des activités humaines sur la biosphère est devenu :
- non plus local, mais global, ne pouvant relever que d'une gestion internationale ;
- invisible, inaccessible aux sens ;
- imprévisible, n'apparaissant qu'après coup, et pour une part non maîtrisable vu la multiplicité des facteurs en jeu (d'où le "principe de précaution", qui loin d'être fumeux repose sur une base on ne peut plus logique) ;
- non modifiable à court terme, de par l'inertie inhérente aux phénomènes engendrés.

D'où la difficulté de l'écologie à se faire sa niche dans la politicosphère.

 

En France, il n'y a aucune culture écologique au sens politique. La guéguerre droite - gauche se balance royalement de la question écologique. A droite, on se préoccupe des entreprises, à gauche on se préoccupe du sort des salariés, un peu partout on se gargarise des droits-de-l'homme accommodés à sa propre sauce, point barre.
L'écologie est considérée comme un amusement pour bo-bos ou babas, entre citadins aisés détachés des réalités ou illuminés version new age.

 

Nicolas Hulot s'est invité dans la campagne présidentielle en attirant à juste titre l'attention sur la priorité qui doit être accordée à la question. Sa popularité auprès des français de toutes classes et de tous bords peut certainement faire progresser cette cause. M Hulot a délibérément délaissé la voie polémique pour préférer la voie consensuelle. Il déclare ainsi « L'enjeu écologique n'est ni de droite ni de gauche, il est au dessus de nos clivages traditionnels »

L'écologie est-elle de droite ou de gauche, ou au-dessus des partis ? Elle est certes "au-dessus des partis" en ce sens qu'elle pose la question de la qualité de la survie de l'humanité, voire de sa survie tout court, voire de l'avenir de la vie sur la planète. Mais il semble logique au moins de reconnaître que les préoccupations écologiques sont incompatibles avec la logique néolibérale qui sévit depuis 20-25 ans. Un monde livré aux marchés n'a évidemment pas plus de raison de s'inquiéter des conséquences environnementales de ses activités que de ses conséquences sociales. La course aux profits à court terme de l'actionnaire rationnel ne saurait s'embarrasser de contraintes lointaines, abstraites et incertaines.

 

Les Verts ont pris le parti de se démarquer radicalement de Nicolas Hulot, comme en atteste la lettre ouverte de Yann Wehrling, porte-parole des Verts, publiée dans Le Monde du 8 janvier : "Hulot ou l'écologie dévoyée".

La charge est convaincante, et soulève des points tels que :

« nous constatons avec inquiétude que tout le microcosme politique et entrepreneurial parisien est d'accord avec toi. Or beaucoup de ces nouveaux convertis qui s'engagent aujourd'hui en faveur de ton pacte sont les mêmes qui ont saccagé notre planète pendant des années et continuent de le faire. »

ou :

« Ton discours est "Nous sommes tous responsables...". Tu mets tout le monde sur le même plan. Ne crois-tu pas que tu dilues les responsabilités au point de faire disparaître dans un écran de fumée les vrais responsables ? »

La lettre ouverte conclut :

« Maintenant, tu dois aller au bout de ta logique : soit tu es du côté de l'"écologie-alibi", celle qui est indulgente avec les pollueurs et leurs complices ; soit tu t'engages dans la politique "pour de vrai", dans la durée, avec les gens qui se battent depuis des années sur le terrain, avec des militants... bref, avec une force politique. Cette force, tu le sais, c'est les Verts. »

« Cette force, tu le sais, c'est les Verts. »

C'te bonne blague !!

Les Verts ont eu en principe la responsabilité d'attirer l'attention des citoyens et des politiques sur ces problèmes particulièrement abstraits et peu rentables électoralement comme économiquement. Pour ce qui est des Verts français, force est de constater qu'ils ont failli à cette mission de façon catastrophique.
Alors même que leur mot d'ordre devrait être "lisibilité", ils ont noyés les questions écologiques, depuis la mise en minorité en 1994 d'Antoine Waechter (resté fidèle de son côté à un "ni droite ni gauche"), dans un fatras idéologico-sociétal orchestré par des opportunistes modèle Noël Mamère, qui a découragé les électeurs comme les militants. 

 

Il est déjà difficile d'envisager une réponse politique cohérente à l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère ou l'accumulation de PCB dans la chaîne alimentaire.
Mais quand en plus on brouille les cartes en faisant campagne pour le mariage des prêtres homosexuels ou contre la double peine pour les étrangers en situation irrégulière consommateurs de cannabis, c'est qu'on est plus intéressé par le remue-ménage médiatique que l'avenir de la planète.

 

Alors quoi ? 

Corinne Lepage, Antoine Waechter, et France Gamerre n'ont pas quant à eux assez de visibilité médiatique.

 

Donc l'écologie française attendra encore. Mais après tout, M Hulot, à qui on reproche (non sans quelque raison) tantôt son manque de cohérence théorique, tantôt son manque d'assise scientifique, tantôt son manque d'adossement politique, aura peut-être fait avancer à sa manière le schmilblick.

 

 

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commentaires

Médard 11/01/2007 09:49

Intéressant "plaidoyer" pour Nicolas Hulot, sur qui il est de bon ton de cracher ;->