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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 22:15

 

 

 

 

 

 

 

 

Après l'historique de la distinction droite /gauche, embrayons sur son actualité.

Qu'en est-il dans la France contemporaine de l'opposition droite gauche, a-t-elle encore un sens ?


A la lumière des débats politiques hexagonaux actuels, et en tentant de faire la synthèse de ce qui semble déterminer le positionnement des différents candidats, je propose de distinguer les 4 axes suivants.

 

 

 

 

1) Axe économique, avec pôle libéral et pôle social

 

Au fond, c'est la véritable signification actuelle de la différence droite/gauche.


D'un côté le primat du marché, la déréglementation, la privatisation, au nom de la déification de la main invisible du marché et/ou de la réification (i.e. l'inéluctabilité) de la compétition mondialisée.
De l'autre côté la nécessité de contrôles politiques, à l'échelon étatique ou supra-étatique, sur le monde du travail et sur les échanges, au nom du bien commun et des valeurs de solidarité.


Les tenants du marché mettent en avant la "Liberté", l'esprit d'entreprise, le goût de l'initiative, la prise de risque. Ils oublient de dire qu'avec le passage du capitalisme entrepreneurial /managerial au capitalisme actionnarial /patrimonial caractéristique du néolibéralisme, ces valeurs, dont l'intérêt est incontestable, sont précisément passées à l'arrière-plan, au profit de l'impératif de rentabilité maximale à court-terme.

Les tenants de l'intervention de l'Etat mettent en avant la "Fraternité", et cherchent à limiter les inégalités matérielles par des règles de contrôle ou de redistribution. Pour certains archéo-marxistes, il s'agit toujours d'une logique d'opposition bourgeoisie versus prolétariat.

 


2) Axe sociétal, avec pôle libertaire et pôle autoritaire


Dans un sens, c'est la société du "droit" contre la société du "devoir".

D'un côté droit de l'individu, droit de la femme, droit des minorités, droit des communautés...

De l'autre côté devoir d'allégeance des citoyens envers l'Etat, nécessaire Léviathan considéré comme garant de la cohésion sociale.


Cette opposition a accompagné historiquement l'opposition gauche/droite, la "droite" ayant appuyé la notion de "devoir" pour maintenir un certain ordre social établi, jusqu'à l'éclatement de cette notion dans le sillage de 68, où le "droit" des uns et des autres est passé au premier plan. Mais depuis, force est de constater que la coloration politique de l'opposition "droit/devoir" est plus qu'incertaine.

 

La distiction d'un axe sociétal vis à vis d'un axe économique a été popularisée par David Nolan à partir de 1971 (le diagramme de Nolan). Nolan est l'un des fondateurs du parti libertarien aux USA. Le courant libertarien est un courant assez inconnu en France, mais qui constitue l'un des grands courants politiques aux Etats-Unis en dehors des 2 grands partis. C'est un parti prônant la liberté aussi bien sur le plan économique (dérégulation de l'économie, baisse voire suppression des impôts...) que sur le plan individuel (liberté d'usage des drogues, liberté de possession d'armes à feu...)

 

  

 Par ailleurs, pointons ici la possiblité d'au moins deux types de paradoxes:


- Les partisans de l'intervention étatique en matière socio-économique peuvent être les adversaires de cette même intervention étatique en matière sociétale (à "gauche"), ou inversement (à "droite")


- Les partisans du pôle libertaire demandent en principe le désengagement de l'Etat (et la liberté de fumer du hackick, d'avorter, de convoler avec des gensses de son sexe, d'immigrer en France ...). Mais, quand ils sont de "gauche", ils réclament aussi l'intervention de l'Etat (pour instaurer la parité, pour lutter contre les discriminations, pour interdire l'extrême-droite, pour punir les racistes...).


Sur d'autres thèmes, les divisions sont encore plus difficiles à suivre (par exemple la question de la laïcité, avec la diversité de ses motivations et de ses aspects)


Enfin, un point-clé du débat politique est la question de la sécurité, au sens policier de la sécurité des biens et des personnes.

Pour les "libertaires" de "gauche", le terme "sécuritaire" est une insulte.

Mais pour eux, il appartient en revanche à l'Etat de créer en amont les conditions d'une société sans délinquance.

 


3) Axe national politique, avec pôle souverainiste et pôle supranational

 
Cet axe est un axe politique, économique, et géopolitique, qui met en jeu la France en tant que Nation.
Il oppose en pratique le pôle "souverainiste" avec, à l'autre extrémité, le pôle "fédéraliste" européen.

On peut constater que l'opposition "souverainiste" vs "atlantiste" (partisan d'une alliance avec les USA) ne s'écarte pas vraiment de cet axe.

Les "souverainistes" sont anti-atlantistes. Et les "européistes" soit sont atlantistes (M Sarkozy ou M Strauss-Kahn), soit se tiennent dans une prudente réserve, connaissant les réticences des citoyens français envers la domination américaine et l'emploi qui en est fait.

On notera bien entendu qu'il ne faut pas assimiler l'"anti-atlantisme" avec la position "anti-américaine" de la gauche anti-libérale, laquelle ne se confond nullement avec un quelconque souverainisme, voire se réclame d'une "internationale" anti-libérale.

 


4) Axe national culturel, avec pôle identitaire et pôle multiculturaliste

 

Cet axe est un axe normatif, qui met en jeu la France en tant qu'entité culturelle.

 

Il met en oeuvre la menace d'une dilution de l'identité nationale non pas de l'extérieur, par d'autres Etats ou des institutions supra-étatiques, mais de l'intérieur, par la présence d'individus de culture étrangère, notamment extra-européenne, et tout particulièrement musulmane.
L'immigration (actuelle, passée, ou à venir) est la question centrale de cet axe.

 

C'est un axe qui, pour avoir quelques recoupements avec le précédent, ne se confond pas pour autant avec lui.

 

 

Et c'est surtout un sujet (comme le sujet de la "sécurité") qui permet d'escamoter les vrais sujets et qui est volontiers instrumentalisé par les démagogues. De tout temps et dans tous les pays, les périodes d'immigration, de crise économique et/ou de crise politique se sont accompagnées de débats passionnés sur certains étrangers ou personnes d'ascendance étrangère. Il n'est que de voir l'importance démesurée de cette question dans les médias de toutes sortes, y compris bien entendu Internet.


Les obsessions de "pureté" ethno-culturelle sont actuellement volontiers mêlées à des impératifs de préférence nationale en matière de travail, de logement, de protection sociale...

Ce qui fait qu'aucun homme politique ne peut échapper à cette question.

 

Cet axe renvoie bien entendu à la position traditionnelle de la droite nationaliste et son discours xénophobe. Mais pas seulement.

 

 

 - Beaucoup d'électeurs y sont sensibles, pour des raisons variées trop longues à préciser ici.

- Les médias, tout en dénonçant la bouche en cul de poule le racisme, la discrimination et l'exclusion, maintiennent les clichés et les préjugés, parce que les médias populaires fonctionnent précisément sur les clichés et les préjugés.

- La question de la "culture" française" renvoie à des questions sensibles comme la place des femmes ou la laïcité. Des gensses de gauche ont donc été amenés à taper du poing sur la table pour défendre les valeurs françaises par exemple sur l'affaire du voile à l'école ou sur l'affaire des caricatures de Mahomet. 


Notons que c'est là aussi un domaine où fleurissent les paradoxes.

 

 - L'immigration, y compris en provenance de pays hors UE, est une des solutions prônées par les employeurs français pour subvenir à la pénurie de main d'oeuvre dans des secteurs d'activité comme le BTP, l'industrie, notamment métallurgique et mécanique, ou l'hôtellerie-restauration.

La gauche trotskyste anti-patronat quant à elle, et notamment les divers faux nez de la LCR,  milite pour la régularisation systématique des immigrés en situation irrégulière, dans une logique de lutte des classes à l'échelon planétaire.

On voit que la droite libérale et la gauche anti-libérale sont ici complémentaires.

 

 - Les défenseurs des immigrés qui, soit de bonne foi, soit par stratégie politique, veulent ouvrir large les portes d'un pays qui n'est de toute façon pas prêt à les recevoir, condamnent ces immigrés aux problèmes de logement, de travail, au statut d'assisté ou de délinquant, et à l'intégration quasi-impossible.


 - Les tenants du pôle identitaire, en favorisant l'exclusion des sujets d'origine culturelle différente, jugés inintégrables, les poussent à rester en communautés qui vont perpétuer les clivages.
Ils montrent constamment du doigt ces gensses en les accusant de tous les maux de la société, et ainsi travaillent à la réalisation de leur prédiction selon laquelle ces gensses posent des problèmes d'intégration, représentent une charge pour l'Etat, et sont facteurs de délinquance.

 

 - Les tenants du pôle multiculturaliste dans sa version communautariste, en favorisant la juxtaposition de communautés au nom du droit des minorités et de la diversité culturelle, maintiennent également l'exclusion des citoyens d'origine différente.

Il critiquent le point de vue essentialiste, d'inspiration biologique, des racistes, mais parfois le reproduisent sur le mode anthropologique, en faisant d'un individu la simple somme de ses racines culturelles. C'est ainsi par exemple qu'un citoyen issu de la culture musulmane sera sommé d'afficher des prises de position pro-musulmanes, ou bien qu'un citoyen issu d'une généalogie juive sera sommé d'afficher (ou soupçonné de défendre) des prises de position pro-sionistes.
Ils mettent le droit des minorités à s'auto-organiser au-delà du devoir de cohésion nationale, mais réclament de l'Etat qu'il protège ces minorités en tant que telles, portant devant la justice la moindre parole critique (envers les musulmans, envers les Juifs,...).

 

 Autres axes 

 

   

 Certains axes ne sont pas déterminants en France.

Je pense notamment à l'axe écologique. Les médias y vont de temps en temps de leurs trompettes quand on les sollicite comme ils l'aiment, et chaque parti y va de ses incantations. Mais cela ne fait pas vraiment débat et reste abstrait, alors que c'est un domaine qui devrait déterminer les positionnements tant des candidats que des électeurs.

C'est en quelque sorte l'inverse des questions comme la sécurité ou l'identité nationale.

Pourtant c'est évidemment un domaine crucial.

Tiens, j'y reviendrai dans un autre article.

 

 

 

 

En tout cas, ce qui continue à faire la différence droite/gauche, c'est l'axe économique. Le reste, soit ce sont des questions transversales, soit c'est du bla-bla, du bla-bla dont nous inondent les médias parce que nous aimons le bla-bla, vu que chacun peut avoir une opinion immédiate sur le bla-bla voire bla-blater lui-même sans compétence particulière, exactement comme moi sur ce blog.

 

 

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commentaires

Médard 11/01/2007 09:44

Merci pour cet article très intéressant, JP :-)