Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 23:35
On connaissait la formule selon laquelle « Le capitalisme financier, c'est la privatisation des profits et la socialisation des pertes ».
Ce mois de septembre 2008 en fournit la plus hénaurme, la plus kolossale, la plus ubuesque illustration.


Non, ce n'est pas un article sur la corrida ;-)

Cette image est celle du fameux "Wall Street bull", le taureau de bronze de Wall Street, érigé en 1989 pour symboliser la force et la puissance de l'Amérique après le krach (j'ai pas dit le CRAC) boursier (on en a même ici une paire) d'octobre 1987.

Cette angle de vue est à 180 degrés des angles habituels, où le taureau vu de face est vigoureux et combatif.

Deux interprétations :

- soit l'Amérique de la finance bat la retraite au grand galop

- soit elle nous montre paisiblement  son cul façon de dire "On est too big to fail, moustique,  on te pète à la tronche."

  


1981 - Discours d'investiture de Ronald Reagan le 20 janvier :
« [Les maux économiques dont nous souffrons] s'en iront parce qu'en tant qu'Américains nous avons maintenant la capacité [...] de faire ce qu'il faut pour préserver ce dernier et plus grand bastion de liberté.
Dans la crise actuelle, l'Etat n'est pas la solution à notre problème ; l'Etat est le problème. »
« [The economic ills we suffer] will go away because we as Americans have the capacity now [...], to do whatever needs to be done to preserve this last and greatest bastion of freedom.
In this present crisis, government is not the solution to our problem ; government is the problem. »

2008 - Conférence de presse de George W Bush le 20 septembre :
 « Eh bien, mon premier instinct n'était pas de déployer un énorme plan de l'Etat. Mon premier instinct était de laisser faire le marché, jusqu'à ce que je réalise, une fois informé par les experts, l'ampleur qu'avait prise le problème. »
« Well, my first instinct wasn't to lay out a huge government plan. My first instinct was to let the market work until I realized, upon being briefed by the experts, of how significant this problem became. »

On pourrait en rire. D'ailleurs on aurait tort de s'en priver, mais à condition de ne pas en rester là.
 
Rappel des faits les plus marquants des dernières semaines.
Sur fond de faillites bancaires (pour l'instant, le 15 septembre, les banques d'affaires Merryl Lynch, la 3ème à Wall Street, et Leymann Brother, puis le 25 septembre, la plus grosse caisse d'épargne américaine, Washington Mutual).
Sur fond d'injections massives de liquidités depuis le 15 septembre par la Réserve fédérale, ainsi que par les grandes banques centrales d'autres pays, dans les marchés monétaires (plusieurs centaines de milliards de dollars).
Sur fond de changement de statut des deux dernières grandes banques d'investissement américaines (Goldman Sachs et Morgan Stanley sont devenues le 21 septembre de simples holdings bancaires, pouvant accéder au soutien financier de la Fed en échange de plus de contrôle).
Sur fond d'incertitude des établissements financiers européens (à l'heure où je vous cause, le gouvernement britannique s'est résolu à nationaliser les prêts de la banque Bradford & Bingley, soit quelque 63 milliards d'euros, et on ne sait pas à quelle sauce va être mangé le bancassureur belgo-néerlandais Fortis).
Rappel, donc :
 
- 7 septembre : mise sous tutelle gouvernementale, par le biais de la Federal Housing Finance Agency, agence fédérale ad hoc, des deux géants du refinancement hypothécaire Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation), et annonce par le Département du Trésor (le ministère des Finances américain) d'un plan de sauvetage qui pourra atteindre 200 milliards de dollars. Ces deux sociétés privées assurent une sorte de service public (Government Sponsored Enterprise), elles facilitent le crédit en rachetant les prêts aux établissements de crédit, et sont ainsi détentrices ou garantes de plus de 40% de l'encours du crédit immobilier américain.
 
- 16 septembre : prêt de 85 milliards de dollars par la Réserve fédérale (la Fed, la banque centrale américaine) à AIG (American International Group, le premier groupe d’assurance américain), avec en contrepartie une prise de participation de 80 % de l'Etat américain au capital de la société. AIG garantit notamment nombre d'établissements bancaires contre les risques de défaillance des crédits. Le Trésor a annoncé dans la foulée, le 18 septembre, qu'il allait émettre pour 100 milliards de dollard de titres pour soutenir la Fed dans ses efforts.
 
- 19 septembre : annonce par l'administration Bush d'un plan de sauvetage global du système financier. Il s'agit d'octroyer au Département du Trésor, en concertation avec la Réserve fédérale, la capacité de créer un fonds spécial de rachat, auprès des établissements financiers, des actifs illiquides qu'ils ont accumulés et qui plombent le monde de la finance.
Ça va coûter jusqu'à 700 milliards de dollars.
Pour cela, il faut une loi donnant des pouvoirs exceptionnels au Trésor. Henri Paulson, secrétaire au Trésor, et Ben Bernanke, président de la Fed, tentent de convaincre le Congrès, quand même gêné de sauver Wall Street au frais des contribuables américains, à bientôt 5 semaines des élections (le 4 novembre prochain, les électeurs américains seront en effet appelés non seulement à choisir leur président, mais aussi à renouveler tous les sièges de la Chambre des Représentants ainsi qu’un tiers du Sénat). Mais un accord devrait intervenir sous peu, moyennant quelques aménagements (fractionnement des rachats, plafonnement des parachutes dorés, aides aux propriétaires en difficulté...)
 
Ma parole, il va falloir que le FMI et la BM volent au secours des Tazunis. De la même manière qu'ils se sont portés au secours des pays du Sud en difficulté ces vingt-cinq dernières années. Comment faisaient-elles, déjà, nos chères institutions de Bretton Woods ? Ah oui, elles contraignaient les pays à des politiques dites d'ajustement structurel : « Libérez-vous de la bureaucratie, du subventionnisme, du protectionnisme, débarrassez-vous de vos structures d'Etat, privatisez, dérégulez, favorisez le libre échange, réduisez les dépenses publiques...». Le FMI devrait gronder grave les Tazunis ! Comment ça, il les félicite, par la voix de son directeur général Dominique Strauss-Kahn, dans un entretien au Financial Times le 22 septembre ? « Les mesures courageuses [bold steps] que viennent de décider les Etats-Unis sont les bienvenues »  ?
J'ai du mal à comprendre, c'est trop fort pour moi...

Les néo-libéraux de droite et de gauche nous serinaient que la mondialisation (c'est-à-dire la dérégulation des échanges commerciaux et financiers à l'échelon de la planète), qui va de pair avec la financiarisation (c'est-à-dire la main-mise sur le développement des entreprises d'un actionnariat qui ne peut qu'imposer toujours plus de profits à court-terme), est un phénomène naturel, comme la gravitation, sur lequel la politique n'a pas de prise.
 
Ces événements nous rappellent que le capitalisme financier n'est pas apparu par enchantement, mais qu'il est le fruit de choix politiques délibérés, concoctés par des think tanks néo-libéraux, mis en oeuvre par des dirigeants comme Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et relayés par les Institutions Financières Internationales.
Et ils nous démontrent surtout que les Etats peuvent décider d'exercer leur contrôle. Pour ça, il a fallu que l'Etat le plus puissant de la planète soit poussé dans ses retranchements de prêteur en dernier ressort envers les géants de la banque et de l'assurance. Dame, tant qu'il s'agissait des simples citoyens bêtement confrontés à la précarité de leurs emplois, à la perte de leurs logements, ou à la hausse du coût des matières premières, il fallait que ces braves gens s'y fassent !
 
Ce mois de septembre sera-t-il le 11 septembre de Wall Street ? Je préfère dire - en tout cas espérer - qu'il sera pour le capitalisme financier ce qu'a été pour le marxisme-léninisme la chute du mur de Berlin, qui annonçait l'implosion de l'Union Soviétique.
 
En tout cas, dorénavant, le prochain qui me dit qu'on ne peut rien contre la main invisible du marché, je lui fous la mienne sur le museau.
Bien sûr, notre ami Adam Smith ne connaissait pas la titrisation, les subprimes, ou les credit default swaps.
La métaphore de la main invisible, si elle apparaît dans La Richesse des Nations (1776), son ouvrage de référence d'un point de vue économique, se trouvait une première fois dans l'ouvrage plus philosophique La Théorie des Sentiments Moraux (1759). L'auteur s'y s'émerveille sur un mode panglossien, mais sans l'ironie voltairienne, de l'ordre naturel du monde qui fait que, sans le faire exprès, les riches « partagent avec les pauvres le produit de toutes les améliorations [qu'ils suscitent] » et « sont conduits par une main invisible à opérer presque la même distribution des choses nécessaires de la vie que celle qui aurait été opérée si la terre avait été répartie en portions égales entre tous ses habitants ».

Petite devinette, à propos de Voltaire : de quand date le Candide ou L'Optimiste ?
Gagné, 1759 aussi !

A chacun ses Lumières.
 





Partager cet article

Repost 0

commentaires

jo 26/10/2008 23:22

il faut aller sur les quizz de j.P. Un vrai  bain de rince sans pire.m'enfin que fais tu  avec ce talent? Que ne proposes-tu tes services à Charlie hebdo?C'st du gâchis.

David C. 05/10/2008 19:51

Bonjour,Cheminade l'avait dit! Aujourd'hui écoutez Cheminade!Je me permet de vous joindre le dernier article de Jacques Cheminade, le seul homme politique français, à avoir fait campagne pour un VRAI nouveau bretton woods depuis des années auprès des dirigeant de notre pays. Depuis quelques jours J. Cheminade déclare aussi:"Nous avons fait le bon diagnostic, en regardant la réalité en face l’hiver dernier. Maintenant, soutenez avec nous ces mesures : c’est le médecin qui fait le bon diagnostic qui rédige la meilleure ordonnance."David C.