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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 01:42

homer-sleeping.jpeg

 

Le Monde du 2 août 2013 reprend le titre d'une dépêche de l'AFP : Aucun lien établi entre durée de sommeil et fatigue.

 

Les imbéciles de journaleux rivalisent une fois de plus de titres imbéciles pour rapporter les propos d’un imbécile de chercheur suédois qui aurait dû tourner sept fois la langue dans sa bouche avant d’annoncer une étude non encore publiée et nulle part accessible.

Peut-être Torbjörn Aakerstedt compte-t-il jouer sur l’impact médiatique pour alimenter les subventions de ses recherches, mais bon…

 

On retrouve en tout cas ce titre tel quel ou à peine modifié dans :

Le Parisien : "Aucun lien entre la durée de sommeil habituelle et la fatigue"

TF1 : "Pourquoi peut-on dormir longtemps et être toujours fatigué ?"

Metro : "Sommeil : aucun lien entre la durée de la nuit et la fatigue"

Marie-Claire : "La fatigue ne dépend pas du nombre d’heures de sommeil"

La Dépêche : "Sommeil : dormir beaucoup n’empêche pas la fatigue"

L’Yonne : "Aucun lien entre la durée de sommeil habituelle et la fatigue"

Réponse à Tout : "Sommeil : aucun lien entre la durée et la fatigue"

Top Santé : "Fatigue : sans lien avec la durée du sommeil"

etc.

 

Ceci rappelle l'écume médiatique d'il y a trois ans tout juste sur les prétendus dangers du sommeil.

 

La réalité est bien sûr la suivante :

- la durée de sommeil optimale varie selon chacun (ses gènes, son âge...).

- la durée du sommeil est une condition nécessaire pour ne pas se sentir fatigué, d'ailleurs ces imbéciles de journaleux rapportent sans avoir l'air de l'avoir compris ce propos du chercheur : "Si vous vous sentez bien et dynamique dans la journée, vous avez probablement assez dormi". Mais la durée de sommeil n'est pas une condition suffisante : la sensation de fatigue est le damné symptôme le plus répandu, et peut avoir des tas de causes environnementales, psychologiques, ou médicales.

Donc il n'est pas pertinent de chercher une relation statistique simple et univoque entre durée du sommeil et sensation de fatigue.

 

Concluons avec cette remarque de l'article très pertinente, puisqu'elle me concerne directement : "Les gens de 20 ans peuvent dormir encore plus, tout en se sentant fatigués dans la journée, parce que leur cerveau se développe encore". 

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Published by Jean-Paul - dans Allo - docteur
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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 20:02

 

 

 

« une inquiétude croissante le pâlissait, à la vue du flot toujours montant des mineurs.

   [...]

Déjà, tous revenaient, dans un mépris exalté de la mort. [...] - Tuez-nous, tuez-nous donc ! Nous voulons nos droits.

   […]

Et tous continuaient à se jeter sur les fusils. Si une décharge avait eu lieu à ce moment, elle aurait fauché la foule.

   […]

il allait crier : Feu ! lorsque les fusils partirent d’eux-mêmes, trois coups d’abord, puis cinq, puis un roulement de peloton, puis un coup tout seul, longtemps après, dans le grand silence.

   […]

Les blessés hurlaient, les morts se refroidissaient dans des postures cassées. »

           (Germinal, É. Zola,1885)

 

La police sud-africaine a tiré sur un groupe de mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana, le 16 août, faisant 34 morts et plus du double de blessés.

Une spectaculaire vidéo en a été diffusée par l’agence Reuters (ci-dessus). Des extraits de cette vidéo ont été repris par tous les médias, ils ont fait le tour du monde et choquent non seulement l’Afrique du Sud mais le monde entier.

 

Les manifestants ont sans doute eu un comportement suicidaire. Et ce ne sont sans doute pas des enfants de chœur. Les policiers étaient d’autant plus nerveux qu'on rapporte que deux d’entre eux avaient été battus à mort par des manifestants quelques jours plus tôt.

Mais une telle réponse de la police est à notre époque totalement scandaleuse.

 

On lit ça et là que cet épisode ramène aux années de l’apartheid.

Mais non. Ce n’est pas aux années de l’apartheid, qu’il ramène. Si les mineurs grévistes sont effectivement tous Noirs, les Noirs sont également largement représentés parmi les policiers.

C'est au dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe siècle, que ramène cet épisode. À l’époque du mouvement ouvrier qui précéda et suivit la naissance des syndicats, lorsque les grèves des mineurs, en Europe et en Amérique du Nord, pouvaient être férocement réprimées par l’armée.

 

Pour s’en tenir à la France, ceci va des fusillades des mineurs de charbon à la fin du Second Empire, en juin 1869 au Brûlé dans la Loire et en octobre 1869 à Aubin dans l’Aveyron, jusqu’aux fusillades des carriers des sablières de Draveil et Villeneuve-St-Georges, dans l’actuelle Essonne, en juin puis en juillet 1908, sous le premier cabinet Clemenceau. 

 

En ces temps-là, mineurs et ouvriers faisaient un travail rude et vivaient dans des conditions rudes. Et lorsqu’ils faisaient grève pour protester contre leurs conditions de travail ou réclamer plus de sous, leurs manifestations pouvaient être rudes, ce n’étaient pas toujours de paisibles défilés, et ils étaient habitués à manier les outils. Tout comme les manifestations des grévistes de Marikana.

 

Ces mouvements ouvriers inspirèrent de grands auteurs du XIXe siècle.

 

La fusillade d’Aubin inspira à Victor Hugo « Aubin »  (in Les Années Funestes, publié post-mortem en 1898).

On peut lire dans ce poème comme une référence à la tuerie de Marikana : « Le mineur, c’est le nègre. Hélas, oui ! ». Par cette formule qui sonne curieusement à nos oreilles contemporaines, le grand Victor signifiait que les mineurs étaient traités comme étaient traités les nègres à l’époque. Il aurait eu des choses à apprendre à Jean-Paul Guerlain…

 

Et si c’est la grève des mineurs d’Anzin en 1884, qui inspira le Germinal d'Émile Zola, le chapitre sur la fusillade du Voreux (sixième partie, chapitre V) s’inspire, lui, de la fusillade du Brûlé (cest de ce chapitre que proviennent les extraits en tête de l'article).

 

Je ne résiste pas à terminer par une parenthèse, à l’intention des hommes de gauche français actuels : Hugo ou Zola, ces défenseurs des damnés de la terre, se préoccupèrent également du sort des animaux. On peut consulter de courts exemples de ce qu’ils ont pu écrire sur ce thème, dans un recueil intitulé Anthologie d’éthique animale (PUF, 2011).

 

Voilà, c'était mon article annuel.

 

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Published by Jean-Paul - dans Un peu de sérieux
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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 22:56

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Un bonheur n'arrive jamais seul. Alors que Monsieur Joseph Ratzinger alias Benoît n° 16 fait le pitre aux JMJ de Madrid du 16 au 21 août, v'là-t-y pas que le père Dalaï Lama n° 14 vient de faire son numéro à Toulouse du 13 au 15 août. On y a droit dans tous les médias. En Chine on a Le Quotidien du Peuple, l'Agence Chine Nouvelle, et CCTV qui tournent les infos en rond. En France on a davantage de médias, mais la circulation circulaire de l'information n'a rien à envier à la RPC (on en a eu d'ailleurs récemment maints autres exemples à propos des crises financières...)

 

Même le gars Stéphane Hessel, qu'on a connu nettement plus inspiré, pense devoir y aller de sa posture de soutien.

 

Ah, le quatorzième Dalaï Lama, ce gentil petit moine avec sa toge rouge et jaune toute simple, ses braves sandales, ses modestes lunettes, son bon sourire, et les millions de gogos occidentaux qui avalent sa propagande la bouche grande ouverte.

 

J'offrais quelques éléments de réflexions dans un article de décembre 2008.

 

Signalons la parution aujourd'hui 18 août du livre Dalai-Lama : Pas si zen, de Maxime Vivas.

Une lecture à conseiller à tous ceux qui souhaitent disposer d'informations objectives pour se faire une opinion eux-mêmes.

 

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 23:25

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Dans son intervention télévisée de ce 16 novembre, Nicolas Premier rappelle, à propos de l'identité nationale, « les valeurs de la France, un pays laïque ».
Mais voilà que plus loin (à propos des Roms), après avoir commenté la position de la Commission Européenne, il enchaîne « Mieux : j'ai vu le pape ! », et invoque la caution « expressis verbis » de Benoît Seize, le grand gourou de la secte vaticane, dont il avait été recueillir la bénédiction le 8 octobre dernier.

Il est vrai que l'avis de Joseph Ratzinger compte sûrement davantage que celui de la Commissaire à la Justice et aux droits fondamentaux, pour celui qui avait déclaré en décembre 2007 au Palais de Latran « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». 

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 00:38

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Ces derniers jours, les journaleux nous martèlent que trop dormir est dangereux. A les lire et les entendre, il faut impérativement dormir 7 heures, ni plus ni moins.
 
AFP : "Dormir sept heures par nuit, pas plus, pas moins, pour éviter l'infarctus"
RTL : "Dormez sept heures par nuit pour éviter l'infarctus"
France Soir : "Trop dormir pourrait tuer"
Le Parisien : "Dormir plus ou moins de 7 heures par nuit est mauvais pour le coeur"
Le Point : "Combien d'heures faut-il dormir pour éviter l'infarctus ?"
L'Express : "Dormir sept heures pour éviter l'infarctus"
Le Télégramme : "Dormir trop longtemps comporte aussi des risques"
Elle : "Mieux vaut dormir sept heures par nuit"
etc etc

L'origine ? Une étude publiée dans le numéro du 1er août de la revue Sleep.

La réalité ? Dans le cadre d'un questionnaire de santé portant sur 30 000 sujets représentatifs de la population adulte américaine, les auteurs ont trouvé une association statistique significative entre une durée de sommeil s'écartant de la moyenne de 7 heures, et la survenue de maladies cardio-vasculaires (angine de poitrine, infarctus, accident vasculaire cérébral). Ceci a été déterminé par analyse en régression logistique tenant compte des autres facteurs de risque (âge, sexe, tabagisme, poids, activité physique etc).
 
Mais le défaut ou l'excès de sommeil par rapport à la moyenne n'est pas un facteur causal. C'est un facteur de risque. Un marqueur. On observe simplement qu'il existe un peu plus de problèmes vasculaires chez les personnes dormant moins ou plus que la moyenne statistique.
Seulement un peu plus, hein, ça n'a rien d'une fatalité.
Et surtout, les auteurs précisent donc qu'ils n'ont pas d'explications. L'utilité de cette observation réside dans un aspect prédictif, impliquant par exemple une surveillance accrue et une action sur les autres facteurs de risque.
 
Peut-être le manque de sommeil dû aux conditions de vie peut-il déséquilibrer l'organisme. Mais on ne voit pas en quoi une durée de sommeil supérieure à la normale provoquerait en soi des maladies cardio-vasculaires. Elle ne prédit d'éventuels troubles que si elle est en rapport elle-même avec d'autres facteurs de risque.
 
Donc ne nous fions pas, en matière de santé comme pour le reste, à ce que diffusent des journalistes mal informés ou mal comprenants !
 
Dormons tout notre saoul dès que nous le pouvons !
 
Non mais des fois !!!
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Published by Jean-Paul - dans Allo - docteur
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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 18:20
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Ceci est en quelque sorte une suite de mon article "Z'allez bien nous faire des ch'tites émeutes ?", et pourrait d'ailleurs porter le même titre.
 
Rappel : le 25 novembre 2007 à Villiers-le-Bel, deux adolescents, Mouhsin (15 ans) et Lakhami (16 ans), sur une mini-moto sans casque percutaient une voiture de police et se retrouvaient raides morts.

Quiconque vit ou travaille dans certaines zones de certaines banlieues connaît ça, les petits jeunes qui font des heures durant des circuits pétaradants en empruntant allègrement les sens interdits et les espaces piétons, le but étant d'emmerder le maximum de gens avec le maximum de décibels. Une manière de graffiti sonores. Quand on est jeune on est con. Moi-même quand j'étais jeune j'étais con, c'est vous dire. D'ailleurs je suis resté très jeune. Si en plus les parents, pour une raison ou une autre, ne remplissent pas leur rôle, je vous raconte pas. Toujours est-il que la population qui a affaire à ces charmants bambins ne souhaite évidemment pas les expédier ad patres, mais les expédierait volontiers aux îles Kerguelen. Sans leur mini-moto, hein, les manchots ne méritent pas ça !

Bref, ce 25 novembre, vu qu'il y a des keufs en cause, des éléments de la jeunesse locale s'étaient mis à casser et à incendier tout ce qui était à portée de mains, y compris l'école maternelle et la bibliothèque. Figure imposée. Le jour de l'accident, un commissaire divisionnaire qui tentait de ramener le calme était sévèrement passé à tabac ; 52 policiers étaient blessés, dont 26 par des armes à feu. Le lendemain, 81 policiers étaient blessés, dont 54 par armes à feu.

Certains quartiers de Villers-le Bel sont un peu particuliers. Le 2 de ce mois, trois jeunes étaient blessés par des coups de feu tirés d'une voiture par un homme encagoulé. Et pas plus tard que ce 26 juin, un jeune a été blessé et un autre tué par des tireurs encagoulés.

Toujours est-il que suite à ces tirs sur la police de novembre 2007, ce 21 juin s'ouvrait à la cour d'assises de Pontoise le procès de quatre jeunes jugés pour "tentative de meurtre en bande organisée", et d'un cinquième pour "détention et port d'arme prohibé". Les témoins sont en règle des "témoins sous X", on comprend pourquoi vu l'ambiance du patelin.

Dès le mois de mai, un comité de soutien aux inculpés s'était mis en place, diffusait un texte, organisait des manifestations de soutien... Pourquoi pas. Jusqu'au jugement, les inculpés bénéficient de la présomption d'innocence. Et dans une démocratie, il est même permis de soutenir des condamnés. Mais là où le bât blesse, c'est que ces soutiens, relayés par quelques sites d'ultra-gauche, présentent les émeutes comme un événement politique, comme la révolte d'une jeunesse opprimée...

Et c'est à l'appel publié dans Libération le 21 juin, jour de l'ouverture du procès, que je veux en venir.

Je l'ai copié pour la postérité, j'ai trop peur qu'il disparaisse du web : Pour les cinq de Villiers-le-Bel (Libération-21/06/10).
On vérifie d'abord la date. Non, on est pas le premier avril. Non, ce n'est pas du second degré.
Alors c'est un talentueux pastiche d'un partisan de Philippe de Villiers ? Non, s'il y avait du talent chez les villiéristes, ça se saurait, et puis ils n'auraient pas colonne ouverte dans Libération.
Alors c'est une performance artistique néo-dadaïste ? Non plus. Ça paraît difficile à croire, mais les auteurs de ce texte se pensent sérieux.
 
Il faut le lire dans son intégralité, autant de couenneries au paragraphe, ça vaut son pesant de caramel. Contentons-nous de citer quelques perles significatives :
 
« A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces d’occupation. Les roueurs ont été roués. L’espace de deux soirées, la peur a changé de camp. »

« Depuis deux siècles, l’histoire de France a cessé d’être la légende de ses rois pour devenir, un jour de 1789, celle de leur renversement. » (...) « avec le peuple en armes, en grève ou en révolte. »

« Dans ces moments politiques » (...) « On est soit du côté de la police, soit du côté du peuple. »

« On ne reculera devant aucune infamie pour justifier que l’on prenne ainsi le parti de forces de l’ordre qui, après avoir renversé deux enfants du quartier et entraîné leur mort, vont se plaindre devant le tribunal d’avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles. »

« nous disons que la justice n’a pas à connaître de ce dossier » (...) « Nous appelons tous ceux qui nous entendent à manifester leur soutien aux inculpés et leur refus de cette justice. »
 
Qui sont les auteurs ? Quelques intellectuels du monde littéraire ou artistique parisien, classés gauche voire extrême-gauche (Hugues Jallon, Jean-Marie Straub, Eric Hazan, Rémy Toulouse, Miguel Benasayag, Serge Quadruppani, Dominique Grange), ou moins facilement classables (Pierre Alféri, Antoine Volodine). "Miss Tic", qui fait sur les murs des vieux quartiers de Paris d'inoffensifs dessins au pochoir, que je ne regarderai plus du même oeil. Une rappeuse, Keny Arkana. Une militante associative chroniqueuse sur Canal+ et RTL, Rokhaya Diallo. Le regrettable Siné, toujours ravi qu'on essaye de tuer du flic. Dominique Tribaud, un avocat contestataire. Et Benjamin Rosoux, un inculpé du groupe de Tarnac qui a connu en préventive un inculpé de Villiers. Vu que Jallon, Hazan, Toulouse et Benasayag avaient aussi signé le soutien aux inculpés de Tarnac, ça fait une superbe pub à ces derniers...
 
Bien entendu, je tire sur une ambulance. Les réactions ne se sont pas fait attendre, y compris dans les commentaires du journal Libération, dont de nombreux lecteurs font état de la première réaction qui vient à l'esprit : mais qu'attendent ces communards en chambre pour déménager et aller s'installer dans le quartier de la Cerisaie à Villiers-le-Bel, au milieu des vrais révolutionnaires du XXIe siècle ??
On pourra lire aussi cet article du site Causeur.fr, ou celui du prolixe Philippe Bilger.
 
Bref, l'extrême-droite raciste et le sarkozysme sécuritaire ont trouvé, en cette improbable brochette d'intellectuels et d'artistes, de bien précieux alliés objectifs.
Et si j'avais à connaître de cette affaire en tant que juré d'assises, il me faudrait un travail mental considérable pour m'émanciper des préjugés défavorables qu'induit inévitablement, à l'encontre des inculpés, un soutien si contre-productif.
 
Mais bon, à vrai dire je commente simplement ce manifeste insignifiant pour faire suite à mon article du 27/11/2007, et produire ainsi mon papier annuel.

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 23:40

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Pandémie médiatique
 
Une pandémie s'est emparée de la presse mondiale depuis une semaine, avec l'annonce le 24 avril dernier par l'OMS de l'émergence de cas de grippe A(H1N1) dite porcine au Mexique et aux USA, suivie le lendemain d'une réunion du Comité d'urgence de l'organisation .
Cette annonce faisait suite à la confirmation virologique, révélée le 21 avril, de la contamination de deux ch'tits nenfants tazuniens, en Californie, et à la confirmation de présence du virus, révélée le 24 avril, dans des échantillons en provenance du Mexique, où sévissait depuis mars une épidémie de syndromes grippaux ayant entraîné plusieurs dizaines de morts.  
 
L'appellation grippe "porcine" dès la première communication du CDC (Centers for Disease Control des États-Unis), sur les deux enfants californiens, avait vocation à distinguer ce virus de celui de la grippe saisonnière "banale" et de la grippe "aviaire", car il comportait dans son patrimoine génétique un assortiment, jusqu'alors inconnu, de composants provenant à la fois de virus humains, aviaires, et porcins. Cette particularité génétique s'accompagnait d'une particularité épidémiologique également nouvelle : le virus n'avait pas été contracté par une exposition à des porcs, la transmission devait être inter-humaine. L'OIE (World Organisation for Animal Health, ex Office International des Epizooties) soulignait dès le 27 avril que rien ne venait justifier un lien entre les cas humains et des cas éventuels chez les porcs, et que le virus n’avait même pas été isolé chez le porc.
 
Seulement voilà, le mot était lâché.
 
Et il se trouve que le pays arabe le plus peuplé, l'Egypte, comprend autour de 10 % de chrétiens coptes (héritiers de l'Église byzantine), dont certains élèvent et consomment des cochons. Le nombre de porcs en Egypte est estimé entre 250 000 et 400 000.
Ce n'est pas tout. Il se trouve que l'Egypte est depuis 2006 un des pays les plus touchés par les cas humains de grippe aviaire (après l'Indonésie et le Vietnam), avec à ce jour 68 cas déclarés et 26 morts.
Mais la transmission de la grippe aviaire n'a rien à voir avec celui de la grippe porcine : elle se contracte par contact avec des oiseaux malades, la transmission inter-humaine restant exceptionnelle et liée à des contacts étroits et répétés au sein de groupes familiaux. Rappelons en passant qu'en février 2006, lors de l'apparition de la grippe aviaire, les pouvoirs publics égyptiens avaient fait tuer 25 millions d'oiseaux en quelques semaines, avec l'absence de succès que l'on peut constater.
 
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Déportation ou extermination ? 
 
Le gouvernement égyptien, accusé de négligence, de mollesse et de corruption dans la gestion de la grippe aviaire comme dans bien d'autres affaires, entend montrer qu'il est à la hauteur à l'annonce de la grippe porcine. Dès le 26 avril, les services vétérinaires du Ministère de l'Agriculture déclarent un état d'urgence à propos des élevages de porcs dans des governorats (provinces) comme Kalyubeya, le Caire, Gizeh et Assiout.
Le 27 avril, parmi les mesures indiquées par le Premier Ministre Ahmed Nazif, après avis des Ministres concernés, il est encore simplement question d'accélérer la mise en oeuvre de dispositions déjà envisagées concernant les élevages de porcs.
Ainsi que Moubarak l'avait ordonné en 2008, le ministre de l'Environnement demande la relocalisation des élevages de porcs à distance des zones résidentielles, par exemple, pour ceux du grand Caire, à "la Cité du 15 mai", faubourg industriel au sud du Caire.
 
Le 28 avril, dans une revue de presse éditée sur le site du Parti National Démocratique (le parti du président Hosni Moubarak, qui a la main-mise sur le pouvoir depuis 30 ans), la parole est obligeamment donnée aux contradicteurs.
Dans Al-Shorouk, quotidien censé être indépendant lancé depuis 3 mois, on lit ainsi un auteur se plaindre de la mollesse des mesures gouvernementales et évoquer les "lobbyistes du porc". Dans Al-Ahrar, l'organe d'un parti islamiste "libéral" (les islamistes sont volontiers libéraux quand ils sont dans l'opposition à un régime autocratique), un auteur critique les décideurs politiques "qui se sont pliés à la pression de gens influents", et conclut que le manque de réaction du gouvernement "est dû à la présence d'un puissant lobby de protection des porcheries en Egypte".
Curieuses affirmations, puisque les premiers visés par les mesures sont ceux qui nourrissent leurs porcs avec les ordures, comme les "zabbalines" (chiffonniers), les coptes de Manshiyat Nasser, bidon-ville de la banlieue nord-est du Caire.
 
Ce même jour, certains médias rapportent des propos pour le moins bizarres du Dr Hussein Al Gezairy, le directeur du Bureau Régional de la Méditerranée Orientale de l'OMS. Selon le site qatari IslamOnLine, sous la plume d'une dentiste cairote, on lit le 28 avril "Gezairy a dit que les autorités réfléchissent à deux options : soit éliminer tous les porcs et dédommager leurs propriétaires, soit les emmener dans des lieux isolés loin des endroits peuplés".
Et on lit aussi sur le Daily News Egypt, distribué par le International Herald Tribune : « Dans une conférence de presse mardi [28 avril], l'OMS [...] a appelé le gouvernement égyptien à éliminer les élevages de porcs. [...] [Al-Gezairy] a aussi dit au Daily News Egypt que "l'Egypte devait se débarrasser des porcs afin de se protéger elle-même contre la maladie". "Le gouvernement doit soit abattre les porcs soit les transférer [loin des aires d'habitation] pour protéger les gens contre la maladie", a-t-il dit. » 
 
Toujours le 28 avril, l'Assemblée égytienne demande au gouvernement d'abattre immédiatement tous les porcs.
Le président de l'Assemblée Ahmed Fathi Sorour (du même parti que Hosni Moubarak) envoie un mémo urgent au Premier Ministre Ahmed Nazif pour l'appeler à mettre en oeuvre la recommandation du Parlement d'abattre sur le champ les porcs, et non pas de les transférer hors des zones habitées.
 
Le 29 avril, le porte-parole du gouvernement Magdy Rady déclare : "La question est à présent de savoir si nous devons les tuer ou les transférer, et l'opinion prévalente est d'abattre les porcs". "Si vous voyiez les conditions des élevages de porcs en Egypte, ils ne sont pas du tout sains. Ils sont un danger en eux-mêmes, même sans grippe porcine. C'est pourquoi les gens ont vraiment peur".
On retrouve Hussein Al Gezairy, directeur régional de l'OMS, qui tente de s'expliquer "Je ne dirais pas que [l'abattage] est bénéfique pour la grippe porcine. Ça serait bénéfique pour l'hygiène générale... D'une manière générale, les porcs peuvent transmettre beaucoup d'autres maladies".
Le Ministre de l'Agriculture Amin Abaza laisse entendre que, parmi les options pour '"une solution finale" à la menace posée par les élevages de porcs, la première est d"'abattre tous les porcs de toutes les provinces"

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La solution finale

La décision est en fait proclamée par le Ministre de la Santé Hatem el-Gabali ce même 29 avril : "Il a été décidé d'abattre tous les troupeaux de porcs en Egypte à compter d'aujourd'hui".
Tous les ministres s'emploient à relayer le décret présidentiel : "les directives du président Hosni Moubarak au gouvernement sur la lutte contre la grippe porcine sont claires. Il s'agit notamment de procéder immédiatement à l'abattage et à la congélation des porcs disponibles."

Dans ce qui semble être le seul blog égyptien anglophone et tenu à jour, on trouve un excellent miroir des préjugés et de la désinformation sur ce sujet.
Dès le 26 avril, la blogueuse, qui suit de près l'évolution de la grippe aviaire, mettait en ligne un article intitulé "Tuez ces cochons", qui concluait "Depuis 2 ans nous parlons de supprimer ces fermes, les transférer n'est pas la solution définitive en ces temps. Les éliminer serait la meilleure solution, de même que nous exterminons la volaille depuis deux ans."
Le 30 avril paraît un article sobrement intitulé "Tuez-les tous" (c'est mon titre, mais au premier degré), puis un autre intitulé "A propos de l'extermination des porcs : une nécessité".
Le premier article commence ainsi (le reste est un mélange de considérations du même ordre et de justifications pseudo-sanitaires pêchées dans les médias égyptiens) :
"Je suis affirmative, ces sales porcs doivent être éliminés aussi tôt que possible, nous ne pouvons mettre en danger la vie de millions de personnes sans bonne raison. Déjà, vous ne pouvez imaginer comment et où vivent ces porcs, ils n'ont pas encore le H1N1 mais pour sûr leur environnement malsain leur fera avoir d'autres maladies. Nos porcs sont des porcs laids et crasseux qui se nourrissent d'ordures et ont une odeur affreuse, si vous ne le croyez pas, alors prenez la route vers la ville du 6 Octobre par le Mehwar [la voie rapide du 26 Juillet qui surplombe les élevages de porcs] et vous verrez de quoi je parle, même si vous fermez la vitre de votre voiture et mettez l'air conditionné, vous le sentirez quand même."
 
Un autre blogueur, journaliste suédois indépendant basé au Caire, ne se contente pas de regarder les éleveurs de porcs du haut de sa voiture, il les photographie,  les interroge, et apporte un point de vue plus critique sur la décision égyptienne : "c'est un excellent exemple de la façon dont les décisions importantes sont prises et mises en oeuvre en Egypte, au milieu d'une désastreuse interaction entre mesures autoritaires et ambiance sensationnaliste ."
 
Plusieurs gouverneurs ont déjà entrepris de repérer les élevages de porcs voire de commencer les exécutions, dans les provinces de Beheira, d'Alexandrie, de Kalyubeya, du Caire, d'Helwan, de Gizeh, de Suez, de Minya, de Qena...
 
Les populations qui vivent de l'élevage de porc résistent. Des manifestants bloquent les rues et envoient des projectiles sur les véhicules du gouvernement venus saisir les porcs, comme au Caire ou El-Khanka, dans la province de Kalyubeya au nord de la capitale. 

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Réaction des autorités sanitaires internationales
 
Nous rapportions plus haut que le Dr Hussein Al Gezairy, le directeur du Bureau Régional de la Méditerranée Orientale de l'OMS, cautionnait selon certaines sources les mesures visant les porcs. Pourtant, on ne trouve pas la moindre caution sur le site de ce Bureau Régional. D'après un communiqué du 30 avril, le Dr Gezairy a précisé dans une conférence de presse que "l'exposition aux porcs n'est plus un facteur de transmission" (pour autant qu'elle l'ait jamais été).
 
Dans un point presse du 29 avril, le Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général chargé de la sécurité sanitaire et de l'environnement à l'OMS, est explicite : "Je veux qu'il soit clair que nous ne pensons pas que les infections humaines sont associées à l'exposition à des porcs. C'est une situation différente de celle que nous avons vue avec la grippe aviaire, dans laquelle des personnes étaient clairement infectées par des oiseaux. Dans la situation actuelle, quand bien même le virus aurait son origine chez le porc, nous ne pensons pas que les gens contractent l'infection par les porcs. Il s'agit réellement d'un virus qui est transmis de personne à personne."
 
Le 30 avril, deux autres agences internationales, la FAO ("Food and Agriculture Organization" des Nations Unies) et l'OIE (ex "Office International des Épizooties" devenu en 2003 la "World Organisation for Animal Health"), enfoncent le clou. L'OIE, par un communiqué intitulé "L’OIE déconseille l’abattage des porcs ", "indique à ses membres que l'abattage des porcs n'est pas une solution de protection contre les risques de santé publique et de santé animale que présente ce nouveau virus A/H1N1 et rappelle que cette mesure est inappropriée." Et dans un communiqué intitulé "Le nouveau virus n'a pas été décelé chez les porcs", Joseph Domenech, vétérinaire en chef à la FAO, souligne qu'"intensifier les mesures de contrôle chez le porc, comme le confinement et l'abattage, n'est pas justifié".
 
Cependant, les autorités sanitaires internationales restent prudentes vis à vis de la décision égyptienne dans leurs commentaires, pour probalement trois raisons :
- Une raison diplomatique : il s'agit de ne pas créer d'incident avec le gouvernement égyptien, qui a engagé sa crédibilité dans cette décision stupide.
- Une raison hygiénique : l'élevage de porcs dans les quartiers urbains et suburbains, notamment au Caire, où les animaux sont nourris de déchets collectés et vivent au milieu des familles dans des conditions matérielles précaires, n'est sans doute pas un modèle sanitaire que l'OMS veut promouvoir, surtout au regard des normes occidentales. Le gouvernement égyptien essaie en vain depuis 2006 d'imposer des normes sanitaires aux propriétaires d'oiseaux et de porcs, et de transférer les élevages hors des aires d'habitation. Et plus spécifiquement, un certain nombre de maladies infectieuses et parasitaires peuvent être transmises par le contact étroit avec les porcs ou par leur consommation, quoiqu'il soit impossible de s'en faire une idée dans des pays peu surveillés sur le plan sanitaire comme l'Egypte.
- Une raison virologique : le porc est considéré comme un "creuset" idéal pour le réassortiment de virus grippaux. En clair, c'est une espèce qui peut être contaminée par des virus grippaux aviaires ou humains divers, et en cas de co-infection, les deux virus présents dans la cellule peuvent échanger des segments d'ARN et donner ainsi naissance à de nouvelles souches potentiellement dangereuses. Ce cas de figure, s'il existe, reste rare, sans quoi nous serions constamment envahis de nouvelles souches virales, et de toute façon ne justifie en rien la décision radicale et précipitée du gouvernement égyptien.
 
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De quoi la grippe porcine est-elle le nom ?

L'OMS s'aperçoit, un peu tard, d'une évidence dont on s'étonne qu'elle ne l'ait pas saisie d'emblée : le choix du terme "grippe porcine" n'est pas très heureux. En effet, de nombreux gens ont peur de consommer du porc ou des produits porcins. Et, accessoirement, la décision d'abattage de l'Egypte fait un peu de bruit. Donc OMS, FAO et OIE, pour ne pas mettre en péril la filière porcine, se fendent de communiqués rassurants. Et surtout, à partir du 30 avril,  la grippe porcine change de nom pour s'appeler, tout scientiquement, la "grippe A(H1N1)", même si les autres appellations restent en concurrence.
La lettre "A" désigne le type, qui dépend de la nature des protéines formant les nucléocapsides (il y a aussi les types B et C).
Le termes "H1" et "N1" désignent le sous-type au sein du type "A", qui dépend de la nature des glycoprotéines de surface : l'hémagglutinine (16 formes possibles) et la neuraminidase (9 formes possibles).
On notera que le sous-type A(H1N1) désigne déjà, d'une part un virus de grippe humaine (l'un des responsables des épidémies humaines saisonnières), d'autre part un virus de grippe porcine (l'un des responsables d'infections spécifiquement porcines). Donc le choix de cette appellation n'est en fait pas très rigoureux. Il ne tient pas compte d'une part des mutations qui peuvent modifier les gènes, y compris ceux de l'hémagglutinine ou de la neuraminidase, d'autre part des réassortiments qui peuvent toucher les gènes des 8 autres protéines du virus (ce qui est le cas ici si je ne m'abuse, j'avoue que je suis un peu perdu à Gattaca sans logiciel ad hoc).
Pour l'anecdote, Yakov Litzman, vice-ministre isaélien de la Santé et haredi (ultra-orthodoxe), a déclaré le 27 avril qu'Israël devait appeler cette maladie grippe "mexicaine", pour ne pas avoir à utiliser un mot pas kasher, faisant honte à tous les Israéliens normaux. De là à imaginer que l'Occident a changé le nom de la maladie en réponse à l'injonction israélienne, il y avait un pas... que certains n'ont pas hésité à franchir ! Notons en passant que l'hostilité de l'Egypte envers Israël est sévère, et la présence de cas de grippe porcine en Israël réveille probablement des fantasmes métaphoriques d'invasion. La revue de presse éditée le 28 avril sur le site du Parti National Démocratique mentionnait un éditorial du rédacteur en chef d'Al Messa, grand quotidien du soir, faisant état d'une possible expansion de la grippe porcine après l'apparition d'un cas humain en Israël. A ce jour encore, les seuls cas de grippe A(H1N1) confirmés au Moyen Orient sont deux cas israéliens, chez deux personnes revenant du Mexique. 
  

Critiques et justifications
 
La décision égyptienne fait instantanément l'objet de nombreuses critiques en Egypte même. Abdullah Kamal, rédacteur en chef du journal pro-gouvernemental Rose el-Youssef, écrit "Tuer [les porcs] n'est pas une solution, sinon il faudrait tuer les gens, puisque le virus se répand par eux".
 
Après s'être contenté les jours précédents de rapporter les interventions des pouvoirs publics, le Daily News Egypt dresse le 1er mai un état des lieux décapant dans un éditorial de Rania Al Malky, son rédacteur en chef, intitulé sur le mode américain "It’s not the pigs, stupid !" (rappellons que ce quotidien est affilié à l'International Herald Tribune). Contentons-nous d'en citer une phrase : "A moins que le gouvernement mexicain, l'OMS, la FAO et l'OIE fassent tous partie d'un complot insidieux visant à protéger l'industrie commerciale mondiale liée au porc, il n'y a aucun besoin d'ordonner l'élimination des porcs en Egypte, laquelle se trouve à plus de 6 500 miles nautiques, à travers l'Atlantique, du Mexique, où d'ailleurs aucun porc n'a été infecté."
 
Du coup, le lendemain même du départ du programme d'extermination, les officiels égyptiens, qu'il s'agisse du ministre de la Santé Hatem Mostafa El-Gabaly, de son porte-parole Abderrahman Chahine, ou du directeur du département des maladies infectieuses du ministère de l'Agriculture Saber Abdel Aziz Galal, bredouillent qu'en fait, leur but était en fait de profiter de cette crise pour mettre un terme, dans un objectif de santé publique, à la question des élevages de porcs artisanaux non autorisés.
 
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Et les coptes, dans tout ça ?

Le problème qui revient toujours autour de cette histoire est celui des populations élevant leurs porcs dans leurs ghettos-bidonvilles au Caire. Elles collectent et trient les déchets pour vivre, et les déchets comestibles servent à nourrir des porcs. Sont aussi en cause les fermes porcines, notamment dans le governorat (province) de Kalyubeya (ou Kalyobiya, Qalyubiyah, Qaliubiya, Qalyubia...) au nord du Caire, volontiers décrites comme de vastes décharges à ordures non contrôlées.
Ce qui fait qu'en Egypte non seulement le porc est associé à l'impureté dans la représentation musulmane, mais qu'il est dans les faits associé à la saleté et/ou à la misère.
Les Egyptiens qui élèvent les porcs sont donc de coptes. Il doit en être des coptes comme de toutes les minorités culturelles dans tous les pays. La fraction pauvre, ici la plus importante, doit à la fois partager beaucoup de points communs avec la majorité (à commencer par la langue), mais avoir tendance à se replier et à vivre sur elle-même. Et la fraction appartenant à la classe moyenne ou riche doit être tout à fait intégrée et fréquenter musulmans comme coptes.
Tout comme nous avons en France nos fantasmes sur les immigrés ou sur les Juifs, les Egyptiens musulmans doivent avoir des fantasmes mélangés sur les coptes. Les relations de ceux-ci avec les porcs contribuent à en donner l'image d'une population économiquement et culturellement marginale, leur fonctionnement endogamique contribue à en donner l'image d'un monde secret qui profite de la société égyptienne, et enfin les crispations islamiques du monde arabe peuvent générer des suspicions de type cinquième colonne.
 
Parmi les fantasmes que peut générer cette position, il y a celui du "lobby". Nous parlions plus haut des évocations des "lobbyistes du porc" relayées sur le site du Parti National Démocratique. Sur le blog égyptien anglophone que nous mentionnions peu après, on peut lire un article de janvier 2008 intitulé "Le lobby des Ramasseurs d'ordures". Extrait :
"Il se trouve qu'il existe un lobby très puissant en Egypte, qui peut influencer les décisions du gouvernement de la même manière que le lobby juif influence les décisions prises à Washington, c'est le lobby des Ramasseurs d'ordures.
[...] Ne soyez pas surpris parce que vous pouvez vous demander comment les Ramasseurs d'ordures, qui sont considérés comme venant des classes très inférieures en Egypte, forment un puissant lobby.
Le ramassage d'ordures en Egypte est l'un des business les plus profitables, les fortunes des hommes d'affaires y dépassent des millions, après tout il n'y a pas d'impôts là-dessus, un monde secret pour un secteur très oublié.
Quelle est le pouvoir de ce lobby ? En bien sachez seulement que le 1er mars 2007 le Premier Ministre a pris la décision d'interdire tous les élevages de porcs en Egypte et de fermer ceux qui existaient. Jusqu'à présent cette décision n'a pas été mise en oeuvre, alors que selon la loi elle devait être mise en oeuvre par la force de la police.
Selon plusieurs sources le lobby des Ramasseurs d'ordures a complètement ignoré cette décision et s'est servi de ses moyens pour la faire oublier.
[...]
Vous devez savoir qu'en Egypte les porcs servent surtout à manger les ordures, ils ne sont pas élevés pour être consommés, mais pour manger les ordures dans les dépotoirs, [...] ils n'ont aucun suivi vétérinaire, ils ne sont pas vaccinés."
 
Il faut dire cet article n'est pas paru à n'importe quel moment : en janvier 2008, à Naples, la crise des ordures,  provoquée par la gestion de la Camorra depuis les années 80, battait son plein. A la décharge publique de notre blogueuse, remarquons qu'elle ne parle que de lobby, pas encore de mafia... 

Quant aux représentants de la communauté copte, il semble qu'on ne les entende guère. Il faut dire que les coptes sont une minorité, tant à l'égard de la population musulmane qu'à l'égard des autres communautés chrétiennes de la planète. Sans doute préfèrent-ils garder le profil bas, craignant sans doute que, si un cas (importé par un voyageur) apparaissait en Egypte (ce qui va arriver tôt ou tard), on s'en prenne non seulement aux cochons mais à eux. Officiellement, les chefs coptes, y compris le pape d'Alexandrie, admettent l'extermination porcine. Les députés coptes, comme Ibtesam Habib ou Georgette Qillini, soutiennent également la décision, se contentant de demander une indemnisation pour les propriétaires.
 
Tout au plus les membres américains ou anglais de la microscopique diaspora copte relaient-ils les protestations.
 
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Scapegoat flu ?
 
On connaissait la grippe du porc ou la grippe du poulet, mais la grippe du bouc émissaire vaut la peine d'être étudiée. A l'évidence, cette affaire, qui répond à des critères nullement sanitaires, mais, sinon religieux, au moins politiques et sociétaux, est assez paradigmatique de la façon dont fonctionne la logique du bouc émissaire en temps de crise.
Cette logique est très exactement celle qui préside aux génocides (en tout cas aux génocides "locaux", si on veut les distinguer des génocides "coloniaux"). Bien entendu, les génocides humains et les génocides animaux ne sont pas superposables, ne serait-ce que parce que la plupart des animaux domestiques ont de toute façon dans l'esprit humain vocation à être abattus. Mais il y a là des mécanismes mentaux collectifs qu'il ne faut peut-être pas prendre à la légère.

Il y a longtemps que les porcs, dans l'univers symbolique méditerranéen, ne sont pas des animaux comme les autres. Les frères ennemis sémitiques ont des tabous alimentaires analogues, puisque les fils d'Ismaël et les fils d'Isaac par Jacob ont la même attitude envers le porc. Cependant ce statut n'est qu'un facteur favorisant, comme l'a suggéré la crise de l'ESB, où ce sont les vaches qui ont joué le rôle de bouc émissaire.
 
Les médias et l'opinion publique mondiale vont rapidement se détourner des porcs égyptiens pour des drames plus croustillants. Madame Bardot a bien lancé un coup de gueule contre la décision égyptienne, mais les propos qu'elle a pu tenir sur les immigrés arabo-musulmans de France n'en font pas la meilleure porte-parole en l'espèce.
 
Au-delà de ces considérations, reste la question des conditions de vie des porcs. Je ne sais pas comment les porcs sont traités dans les élevages artisanaux égyptiens, mais ça ne peut pas être pire que l'éternel Treblinka de l'élevage intensif. Pour ce qui est de leurs "conditions de mort", il y a lieu en revanche de craindre que l'abattage artisanal soit encore moins enviable que l'abattage industriel.
Et, encore au-delà de ces considérations, il y a la question de la place des animaux dans l'alimentation humaine contemporaine, mais c'est là un débat à part entière.
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 02:43

L'émission animée par  Guillaume Durand, L'objet du scandale, est consacrée à la corrida dimanche 5 avril. Les taurins conviés sur le plateau ont exigé et obtenu l'éviction de Christian Laborde, auteur d'un tonique pamphlet contre la corrida à paraître la semaine du 6 avril, Corrida, basta, ainsi que des associations spécialisées dans la lutte contre la corrida. Une nouvelle occasion de s'interroger sur la mentalité du monde de la corrida, mais aussi sur la façon dont les émissions basées sur la polémique fabriquent leur plateau.

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L'Objet du scandale est une émission animée par Guillaume Durand qui, le dimanche à 16h10, entre deux tranches du consensuel Vivement Dimanche, oppose depuis septembre 2008 des invités sur un thème polémique. L'émission du dimanche 5 avril, enregistrée le 31 mars, porte sur la corrida, sujet polémique s'il en est par les interrogations qu'il porte sur la violence humaine.

L'écrivain Christian Laborde a justement écrit un virulent pamphlet contre la corrida, Corrida, basta !,  à paraître chez Robert Laffont dans la semaine du 6 avril. Il y dénonce avec verve cette pratique qui vient salir son Sud. Fort logiquement, il était prévu qu'il vienne défendre son point de vue, dans le cadre d'un débat entre taurins et antitaurins.

Mais les représentants du mundillo, le petit monde de la corrida, pressentis pour l'émission, n'ont pas accepté la présence de Christian Laborde et ont exigé son éviction.
L'équipe de L'objet du scandale a donc signifié à celui-ci que sa participation n'était plus de mise.

C'est au prétexte de sa violence littéraire que les taurins ont récusé la présence de Christian Laborde.

Celui-ci n'a certes pas la métaphore flaccide : « Défenestrons le Sud de la mort et dézinguons la corrida ! Ouvrons le feu, vidons nos kalachnikovs, nos flingues planqués dans nos greniers  sur la racaille confessée qui se rend aux arènes ! », lit-on déjà sur son site.

Il précisait dans un interview au Point : « J'ai écrit ce livre avec un kalachnikov et un saxophone ténor. Le kalachnikov, c'est pour les toreros et les aficionados. Le saxophone, c'est pour le taureau. »

Même les mal-comprenants auront saisi qu'il s'agit de feu verbal, et que les kalachnikovs et les flingues sont nos langues, nos stylos, nos claviers, ou nos caméras...
L'écrivain
soulignait, à l'issue de cette curieuse décision de l'équipe de Guillaume Durand, qu'une métaphore kalachnikovienne est moins mortelle qu’une épée enfoncée dans un taureau.
 

Par ailleurs, les taurins ont exigé et obtenu qu'aucune association de lutte contre la corrida ne soit conviée sur le plateau. 

Ainsi, la composition du plateau lors de l'enregistrement de l'émission mardi 31 mars au soir était la suivante :

Pour les pro-corrida :

- André Viard, ex-torero, chroniqueur taurin,
- Francis Wolf, auteur de "Philosophie de la corrida",
- Simon Casas, ex-torero, directeur des arènes de Nîmes,
- Philippe Caubère, comédien,
- Marie Sara, ex-torera, éleveuse de taureaux,

et le jeune torero Julien Lescarret pour une démonstration "de salon".
Pour les anti-corrida :
- Marie-Claude Bomsel, vétérinaire, chroniqueuse sur France 2,
- Elisabeth Hardouin Fugier, historienne, auteur de "L'Histoire de la corrida en Europe",

- Bernard Maris, économiste,
- Francis Lalanne, chanteur,
- Laurent Baffie, animateur.
 

Richard Vial, le chef de plateau de la société de production Téléparis qui fabrique cette émission pour France 2, avait écrit le 26 mars à la présidente de l'Alliance Anticorrida, une importante association d'opposition à la corrida, qu'elle était persona non grata. On y pouvait lire les phrases suivantes :

« En effet, vous nous sembliez être une intervenante intéressante mais suscitant un certain “émoi” chez nos amis taurins. Ils comprennent que nous devions équilibrer les avis, mais ne veulent plus d’un débat qui frôle l’hystérie, nous non plus d’ailleurs. »

« Christian Laborde, que j’ai eu au téléphone, me semblait être un Monsieur correspondant au profil, mais d’autres invités ayant eu accès à des extraits, même s’ils accordent la dimension d’exercice de style, ont étés quelque peu rebuté par le champ lexical guerrier. »

« C’est pourquoi nous nous orientons vers des professionnels plutôt que des associatifs. »
 

Ainsi, la société Téléparis reconnaissait benoîtement qu'elle avait accordé un droit de regard sur la constitution du plateau à l'une des parties, pour le tournage d'un débat contradictoire. No comment.

Quant aux « professionnels » préférés aux « associatifs », il s'agit d'une curieuse explication pour la présence de Francis Lalanne et de Laurent Baffie, quelles que soient par ailleurs leurs qualités. Et je ne pense pas que l'excellent Bernard Maris soit un spécialiste des déficits tauromachiques comblés par l'argent des contribuables.
Du côté des taurins, on constate en revanche la présence sur le plateau d'enregistrement d'André Viard, président de l'Observatoire des Cultures Taurines (et de Francis Wolff, un vice-président). Cet "Observatoire" est une association 1901 créée voici un an, qui regroupe les divers intervenants du "mundillo" français dans un but explicite de lobbying.
 

Le 26 mars, André Viard avait de son côté envoyé un mail victorieux aux « membres fondateurs » de son association. On y note en particulier les phrases suivantes :

« Nous avons donc obtenu dans un premier temps qu'aucune [association antitaurine] ne soit invitée, ce qui, d'un point de vue stratégique, constitue une grande victoire. »

« Nous avons donc informé la production que nous ne participerions pas à l'émission si ce monsieur [Christian Laborde] en était l'invité, libre à elle de choisir le débat qu'elle souhaitait présenter. »

« Plus un quatrième intervenant "contre"... qu'on nous a demandé de proposer (!) Nous avons suggéré la SPA. »

On peut retrouver les mails de Richard Vial et d'André Viard révélés en fin d'un appel, émis par l'Alliance Anticorrida à destination de sa liste de diffusion.

Pour résumer, les représentants de l'association de lobbying regroupant les associations taurines ont non seulement fait évincer Christian Laborde, mais ont exigé et obtenu qu'aucune association antitaurine ne soit sur le plateau.
 

La censure est une attitude assumée par M Viard et consorts. Celui-ci, récapitulant récemment les exploits qu'il attribue à son lobby depuis sa création, revendique explicitement :

-  la censure médiatique :

« Des spots anti corrida programmés dans les cinémas de Dax et Bayonne ont été déprogrammés. »
- les entraves au droit de manifester :
« - L’Observatoire a obtenu des pouvoirs publics que la manifestation des anti taurins à Dax soit interdite à l’intérieur d’un périmètre de 500 mètres autour des arènes. Les retombées médiatiques de la manifestation ont été très faibles pour les associations anti taurines, sans commune mesure avec ce qui s’était passé l’année précédente.
- L’Observatoire a demandé à l’UVTF [Union des Villes Taurines Françaises] de préconiser cette mesure de prévention auprès de toutes les villes membres, ce que celle-ci a fait par courrier. »


Bien entendu, la révélation de ces « dessous de plateau » à propos de l'émission animée par Guillaume Durand suscite une vague d'indignation chez les opposants à la corrida, qu'il s'agisse des sympathisants de l'
Alliance anticorrida, mais aussi du CRAC et bien entendu de la FLAC, la Fédération des Luttes pour l'Abolition des Corridas. De nombreux courriers et de nombreux appels de protestation parviennent à France Télévision et Téléparis, la société de production qui fabrique l'émission. 


Téléparis
pourrait reconnaître avoir mal géré cette affaire, personne n'est infaillible. Au lieu de ça, la société de production tente de détourner l'attention de son manquement déontologique en faisant courir le bruit d'incidents lors du tournage, ou de menaces téléphoniques, avec le
relais complaisant de certains médias.

C'est bien connu, la meilleure défense, c'est l'attaque. Les taurins se sont d'ailleurs fait une spécialité de la disqualification de leurs contradicteurs faute d'avoir des arguments cohérents à leur opposer.

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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 01:12
Par bien des côtés, l'annus a été horribilis, à commencer par l'effondrement financier et ce qu'il nous annonce comme galères en cascades

Mais tout le monde s'accorde à dire que l'élection cette année d'un président coloré, à la tête de l'État le plusse puissant du monde, est une étape considérable dans l'histoire des peuples et des nations. C'est l'année mirabilis de la question raciale.

Donc rendons hommage à l'eumélanine, avec notre Playmate qui accompagne la dernière nuit blanche de l'année. 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 23:50


 

 

Sur le blog de Nicolas Sarkozy (www.elysee.fr), si on fait une recherche à partir de mots, on trouve à ce jour 1276 occurrences pour le mot "victime(s)". Par comparaison, on trouve 968 occurrences pour le mot "chômage".
 

L'exibition d'un intérêt particulier pour les "victimes" se retrouve chez M Sarkozy dès le temps où il était ministre de l'Intérieur sous Villepin (2005-2007). On pourra notamment lire sur le sujet les observations de Serge Portelli, vice-Président au Tribunal de Grande Instance de Paris (et, en tant que membre du Syndicat de la Magistrature, assez critique envers M Sarkozy)

Par parenthèse, ces observations sont extraites d'un ouvrage, "Ruptures", qui dresse le bilan de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur. Il devait être publié par les éditions Michalon, et celles-ci ayant reculé en février 2007, quelques mois avant les élections présidentielles, Serge Portelli a fort pertinemment décidé en mars 2007 de publier son ouvrage en ligne.
 

M Sarkozy, à présent président, continue d'afficher une sollicitude spéciale envers les victimes.

Soit par ses propos, par exemple quand il a reçu début mars 2008 les associations et familles de victimes, quelques jours après la publication de la loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental. Il a notamment selon son porte-parole rappelé "qu'il voulait mettre les victimes au coeur de tout"

Soit par ses décisions, comme la création, par un décret ministériel de novembre 2007 , d'un juge délégué aux victimes, en fonction depuis le début de l'année 2008.
  

Je voudrais commenter ici deux faits divers récents, qui ont en commun de mettre en cause le milieu hospitalier, et les dérives auxquelles ils ont donné lieu : la mort d'un enfant de 3 ans dans un hôpital parisien par erreur de produit perfusé il y a 4 jours, et le meurtre d'un jeune homme par un patient schizophrène près de Grenoble le mois dernier. Inutile de préciser que le terme "fait divers" ne diminue en rien le caractère dramatique de ces événements pour les personnes concernées et leur entourage.

 

 

La mort d'un enfant de 3 ans, à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, le 24 décembre

 

Rappel des faits

Cet enfant prénommé Ilyès, hospitalisé pour une angine compliquée, est mort semble-t-il suite à une perfusion de chlorure de magnésium à la place de sérum glucosé. Le chlorure de magnésium n'est pas un produit dangereux aux doses habituellement utilisées, mais il est toxique à fortes doses.

L'infirmière qui a administré le mauvais produit a été placée en garde à vue, deux heures après la mort du petit, par la Brigade de Répression de la Délinquance contre la Personne (BRDP), organe de la Direction de la Police Judiciaire de la Préfecture de Police de Paris. La garde à vue à été renouvelée au bout de 24h (donc avec autorisation explicite du Parquet).

Le 26 décembre, l'infirmière a été déférée dans l'après-midi au pôle santé publique du tribunal de Paris pour y être présentée à une juge d'instruction spécialisée. Elle y a été mise en examen pour "homicide involontaire" et placée sous contrôle judiciaire avec interdiction provisoire d'exercer, avant d'être remise en liberté.
 

Une mise en examen peut se concevoir dans ces circonstances. Mais la garde à vue, quant à elle, est tout simplement scandaleuse, a fortiori puisque cette infirmière a d'emblée reconnu l'erreur. L'article 63 du code de procédure pénale précise qu'un officier de police judiciaire peut décider d'une garde à vue "pour les nécessités de l'enquête". En quoi la garde à vue et sa prolongation était-elle nécessaires dans le cadre d'un dysfonctionnement hospitalier, quelque tragiques qu'aient été ses conséquences ? De nombreuses voix, dans le monde de la santé comme dans le monde politique, se sont élevées jeudi et vendredi contre cette garde à vue.
 

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, n'a rien trouvé de mieux que de déclarer le 25 décembre que la garde à vue "est une procédure normale en ces circonstances", qui plus alors qu'elle était en visite dans un autre hôpital parisien. On peut l'entendre déclarer, dans un interview (cf 35:45) diffusé le 26, que "La garde à vue est [...] destinée à faire toute la lumière", "nous le devons aux parents qui sont sous le choc d'un chagrin épouvantable" (elle croit bon d'ajouter "nous le devons aussi au personnel").
 

Quand le Figaro demande à Mme Bachelot ce qu'elle pense des nombreuses protestations contre la GAV, celle-ci botte en touche "Il ne me revient pas de commenter une procédure judiciaire", et se gargarise avec le "drame" (terme 4 fois utilisé dans ce court interview) et "la douleur d'un père et d'une famille qui hurlent leur chagrin", ce qui, même si ces termes sont vrais, n'est pas ce qu'on attend d'un ministre de la Santé.
 

A côté de l'erreur (pour autant que l'on sache) de produit de perfusion, il y a eu d'après le père de l'enfant un manque de réactivité de l'équipe soignante, qui lui a dit de ne pas s'affoler pour une simple somnolence de son enfant.
 

Il est vrai que les soignants développent avec le temps une certaine "distance", pour ne pas dire un distance certaine, vis à vis des angoisses de l'entourage du patient. Pour inévitable que soit cette distance, les soignants doivent en reconnaître l'existence, et probablement mettre en place des stratégies pour ne pas la laisser prendre une rigidité excessive.
 

Les déplorations itératives de Mme Bachelot-Narquin sur le "drame" que vit la famille du petit garçon, curieusement, ne se sont accompagnées d'aucune mesure concrète de soutien à cette famille. Cherchez l'erreur.
 

Au-delà des déclarations lapidaires, des justifications empêtrées, et des contradictions de la ministresse de la Santé, on ne peut que s'inquiéter, sous le gouvernement actuel, de l'exploitation immédiate de tout fait divers (ce terme n'enlève rien, répétons-le, au caractère tragique de l'événement) pour désigner un ou quelques coupables à la vindicte administrative, policière, judiciaire et médiatique.

Ce n'est pas par hasard que la BRDP et le Parquet ont pris cette initiative ubuesque et sans précédent de garde à vue d'un personnel soignant dans de telles circonstances.

Ceci s'inscrit évidemment dans la préoccupation exhibée du président de la République envers les "victimes".

D'un point de vue quantitatif, Serge Portelli constatait dans l'ouvrage sus-cité une explosion des gardes à vue depuis 2002, année du premier passage de Nicolas Sarkozy place Beauvau, sous Raffarin.
 

En tout cas chaque citoyen est désormais un coupable en puissance.

 

 

Le meurtre d'un jeune homme par un patient schizophrène, à Grenoble, le 12 novembre dernier

 

Rappel des faits

Le 12 novembre dernier, un patient schizophrène de 56 ans en hospitalisation d'office (hospitalisation sous contrainte décidée par la préfecture) à l'hôpital de Saint Egrève près de Grenoble, avait fugué alors qu'il effectuait une promenade dans le parc de l'établissement, où il avait accès libre (comme beaucoup de patients stabilisés). Il s'était rendu à Grenoble, avait acheté un couteau, et avait poignardé un passant, un étudiant de 26 ans qui devait décéder dans la soirée. Le patient avait été interpellé sur les lieux de l'agression peu après celle-ci, avait déclaré avoir choisi sa victime au hasard, et ne pas avoir d'explication à son geste sinon des voix qui le commandaient. Il avait réintégré l'hôpital de Saint-Egrève et été placé en isolement.

D'après les informations communiquées à la presse, il avait dans le passé commis trois agressions du même type qui s'étaient soldées chaque fois par son placement d'office en hôpital psychiatrique. En 1989, il avait poignardé dans le ventre un clochard à Grenoble, en 1995 un autre passant dans la ville après s'être échappé de l'hôpital, puis en 2006 un résident d'une maison de retraite.

Il était hospitalisé à Saint-Egrève depuis mai 2006, à la suite de la dernière agression. Le médecin chef avait précisé que rien ne permettait de penser dans son évolution qu'il pouvait passer à nouveau à l'acte. Outre les sorties autorisées par l'hôpital dans le parc, le patient bénéficiait, depuis février 2008, de sorties d'essai hebdomadaires.
 

Quatre jours après le meurtre, le directeur de l'hôpital de Saint-Égrève avait été suspendu de ses fonctions par le Centre National de Gestion, organe chargé de la gestion des personnels de direction (et des praticiens) sous la tutelle du ministère de la Santé. Cette suspension avait été jugée tellement absurde et injuste, qu'elle avait réussi la prouesse de mobiliser l'ensemble du personnel et des syndicats de l'établissement pour soutenir le directeur.
 
Le lendemain du meurtre, le 13 novembre, Nicolas Sarkozy, toujours à l'affût du fait divers sanglant pour montrer à l'électeur qu'il veille personnellement sur sa sécurité, demandait aux ministres de l'Intérieur, de la Justice et de la Santé de lancer une réforme de l'hospitalisation psychiatrique !...
 
Et le 2 décembre, lors d'un discours à l'hôpital d'Anthony, il annonçait un chapelet de mesures visant à encadrer les malades mentaux potentiellement dangereux.

Avec cette assurance démesurée qui le caractérise, notre hyperprésident s'était pour commencer fendu d'un diagnostic criminologique rétrospectif  "Voilà une personne éminemment dangereuse qui bénéficiait pourtant de deux sorties dessai par semaine ! Et jentends dire que rien nindiquait que cette personne pouvait à nouveau passer à lacte, que rien navait été fait pour renforcer sa surveillance ?".

En rappelant un peu plus tard pour ceux qui l'ignoraient encore : "Je dois répondre à linterrogation des familles des victimes que je reçois."

Plus loin, à propos de l'hospitalisation d'office, M Sarkozy semblait pris d'un accès de lucidité : "Jai bien conscience que ce sont des sujets quil nest pas raisonnable pour un Président de la République dévoquer", mais enchaînait rapidement : "Le drame de Grenoble ne doit pas se reproduire."

Et il martèlera dans sa conclusion : "des gens dangereux dans la rue, cest un scandale".
 
Les mesures annoncées sont les suivantes :
 

1) Sécurisation des établissements (30 millions d'euros) :

- mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements ;

- mettre en place des dispositifs de géo-localisation avec alerte ;

- installer une unité fermée dans chaque établissement qui le nécessite, avec contrôle des entrées et sorties par systèmes de vidéosurveillance ;
- aménagement de 200 chambres d’isolement.
 

2) Création de quatre unités supplémentaires pour malades difficiles de quarante lits chacune (40 millions d'euros).
 

3) Réforme des procédures de l’hospitalisation d’office (HO).

- obligation de soins ambulatoires en milieu psychiatrique ;

- en cas de sortie d’essai ou définitive, nécessité de l'avis du psychiatre qui suit le patient, du cadre infirmier, et d'un psychiatre qui ne suit pas le patient ;

- engagement de la responsabilité des préfets lors des décisions de sortie.
 

L'alourdissement des procédures de sortie pour l'hospitalisation d'office sont de la pure poudre aux yeux (le risque zéro n'existe pas plus en psychiatrie qu'ailleurs). La désignation des Préfets, qui ne peuvent pas moufter face à l'exécutif, comme boucs émissaires/fusibles potentiels en chef, ne relève que de cette obsession de trouver des responsables pour tout (enfin, les Préfets ont choisi leur boulot). Ceci dit, sans apporter une réelle sécurité quelconque, cette mesure risque de rendre plus difficile les sorties d'HO, alors même que les services de psychiatrie manquent de place.
 

Les deux premières séries de mesures ne sont pas nécessairement malvenues. Mais elles devaient être tout simplement insérées dans un plan hospitalier, sans éclats, surtout sans déclarations héroïques du premier personnage de l'État. Car, une fois de plus, c'est une image désatreuse de la psychiatrie et des patients dont elle a charge qui est donnée. Les soignants s'appliquent en France depuis au moins un demi-siècle à déstigmatiser les représentations de la maladie mentale, et voilà que le président de la République en personne vient casser ce travail, déjà particulièrement ardu, en insistant avec de gros sabots sur la dangerosité et la sécurité.
 

L'image de la maladie mentale est notamment faussée dans le public pour une question de "perception du risque", concept notamment développé en matière environnementale mais pouvant être étudié dans tous les domaines. Il aborde les risques non pas tels qu'ils sont objectivement évalués, mais perçus par le public. L'un des spécialistes du sujet, Peter Sandman a notamment insisté sur les facteurs d'indignation ("outrage factors"), qui interviennent beaucoup à côté des dangers objectifs.

Les agressions graves de la part de patients schizophrènes sont, chacun en conviendra, infiniment moins fréquentes que les accidents de la circulation occasionnant blessures ou décès. Sur le plan de la responsabilité, un schizophrène en phase pathologique active, qui a perdu le contrôle de son esprit, n'est pas davantage "responsable" qu'un automobiliste qui a perdu le contrôle de son véhicule. Or, chacun accepte le risque qu'il encourt en prenant son véhicule. Cherchez l'erreur.
 

Les médias ne sont pas les derniers responsables de cette perception du risque sans queue ni tête. Au moment où j'écris ces lignes, on fait grand bruit autour d'un "schizophrène dangereux", en Hospitalisation d'Office, en fugue d'un hôpital de Marseille. "Un fou dangereux s'échappe de l'hôpital", titre La Provence façon XIXe siècle.  Ce patient a des antécédents lourds : auteur de plusieurs actes de violence, il a tué en 2004 le compagnon de sa grand-mère à coups de hache (ah, la hache, ça aussi les journaleux aiment bien dans leurs gros titres, si seulement ça avait pu être une tronçonneuse). Personne ne contestera que ce meurtre était particulièrement choquant. Cependant, des patients avec des antécédents lourds qui fuguent, il y en a probablement tous les jours. Et, fort heureusement, il ne surgit en règle aucun nouveau comportement violent. Pourquoi cette agitation médiatique ? Parce que le malade mental dangereux est à la mode, et parce que la bavure hospitalière est tendance, vis à vis d'une clientèle de victimes potentielles.
 

Précisons par ailleurs que les patients schizophrènes, s'ils présentent statistiquement un risque d'être auteurs d'actes violents plus élevé que la population générale, présentent un risque d'être victimes d'agression encore plus élevé, et un risque de suicide encore beaucoup élevé. On n'a pas entendu notre hyperprésident s'exprimer à ce sujet...

 

D'autre part, si M Sarkozy s'intéresse tant à la sécurité en milieu hospitalier, il gagnerait à prendre conscience que la première garantie de sécurité vis à vis des patients traités en établissements de soins, ce sont des lits en nombre suffisants et du personnel en nombre suffisant.
Paut-être le sait-il, tant c'est évident. Mais voilà, ça coûterait plus de sous, et la priorité, pour un homme politique responsable, c'est la lutte contre le déficit budgétaire. C'est ainsi qu'il paraissait également impossible cet été de trouver 1,3 milliard d'euros pour financer le revenu de solidarité active (RSA) de Martin Hirsch.
A ce détail près que lorsque les spéculateurs mondiaux ont fini, en septembre et octobre dernier, par scier l'énorme fausse branche sur laquelle ils étaient assis (sans compter les fraudes démasquées par la crise des liquidités, genre le scandale Madoff et ses 50 milliards de dollars envolés en fumée), le gouvernement de M Sarkozy (oh, comme les autres) a trouvé le moyen de débloquer (au moins virtuellement) des sommes faramineuses pour voler au secours des banques, des assurances, et des divers secteurs économiques.
La loi de Finances rectificative du 17 octobre prévoit ainsi jusqu'à 320 milliards d'euros de garantie des emprunts interbancaires, et jusqu'à 40 milliards d'euros de recapitalisation des établissements financiers.
Et le récent plan de relance annoncé le 4 décembre prévoit ainsi 26 milliards d'aide aux entreprises, à l'automobile, au bâtiment, ainsi que pour l'investissement public qui bénéficie tout à coup de financements tombés du ciel.
 

Mais la relance ne concerne apparemment pas la santé publique. Dans son discours d'Antony le 2 décembre, le président de la République proclamait

"Il faut que l’hôpital psychiatrique - allez, j’ose le mot - ait un patron, et un seul, qui ait le pouvoir de dire oui, de décider et d’agir."
Le Directeur, le "patron", a généralement pour mission de diminuer les lits, de réduire le personnel, et de faire sous-traiter au maximum toutes les activités de l'hôpital public par des structures privées ou associatives. L'éternelle confusion entre la rationalisation et le rationnement. Dans l'hôpital où je travaille, pour prendre un exemple au hasard, le Directeur est parvenu à se mettre à dos par son absence de dialogue l'ensemble des personnels de l'établissement, des techniciens aux praticiens.
 

L'enfermement de la psychiatrie dans un discours sécuritaire par le chef de l'État a suscité des protestations très fermes de l'ensemble des soignants. Les syndicats psychiatriques ont immédiatement réagi, une pétition générale a été lancée à l'initiative d'un collectif de soignants, les réactions se sont poursuivies,  une pétition de professionnels de la santé a été lancée par un syndicat de psychiatres, et le 21 décembre dernier les quatre syndicats de psychiatres publics ont signé un communiqué commun dénonçant sans ambiguité le discours réducteur de M Sarkozy.
 

En conclusion :

 

Il est évident que les victimes doivent faire l'objet d'une attention particulière, personne ne le contestera, d'autant que chacun d'entre nous est une victime en puissance.

 

Les mauvais esprits pourront cependant estimer que, sous la présidence de M Sarkozy :

- le remue-ménage fait autour des victimes d'atteintes à la personne humaine permet de laisser dans l'ombre les victimes de la délinquance en col blanc, des victimes des licenciements destinés à faire grimper un titre en bourse, des victimes des spéculateurs financiers (bien sûr, M Sarkozy y a été de sa réaction indignée au plus fort de la crise financière, mais il était un peu tard)...

- le souci des victimes peut être prétexte à des dérives de la prévention secondaire (dépistage précoce des sujets à risque de déviance) et tertiaire (prévention des récidives de comportements déviants), avec risque de ce qu'il est convenu d'appeler un État policier.

 

Je sais, tout ça fait un peu gauchiste, c'est l'effet Sarko, merci au Président de me permettre un rajeunissement.

 
Le rôle de l'État n'est en tout cas certainement pas de mettre de l'huile sur le feu à chaque fait divers, mais au contraire d'assurer l'équilibre entre :

- D'une part la déresponsabilisation systématique du coupable dès lors qu'il est peu ou prou institutionnel, système où la victime lambda, hors les infractions crapuleuses individuelles, est renvoyée à sa misère (modèle des Etats totalitaires à la chinoise). 

- D'autre part la déresponsabilisation systématique de la victime, système où le citoyen infantilisé va réclamer pour tout accident, outre des dédommagements légitimes, la désignation de responsables et de coupables, et la mise en oeuvre d'actions administratives, judiciaires ou politiques. Le risque zéro n'existe pas, malgré la dérive contemporaine des États occidentaux, permise par le système judiciaire dans des pays comme les États-Unis, ou par une volonté politique suspecte dans des pays comme la France, et partout appuyée par de trop nombreux médias.
 
Comment ça, j'ai été trop long ?

 

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