Rappel : le 25 novembre 2007 à Villiers-le-Bel, deux adolescents, Mouhsin (15 ans) et Lakhami (16 ans), sur une
mini-moto sans casque percutaient une voiture de police et se retrouvaient raides morts.
Quiconque vit ou travaille dans certaines zones de certaines banlieues connaît ça, les petits jeunes qui font des
heures durant des circuits pétaradants en empruntant allègrement les sens interdits et les espaces piétons, le but étant d'emmerder le maximum de gens avec le maximum de décibels. Une manière de
graffiti sonores. Quand on est jeune on est con. Moi-même quand j'étais jeune j'étais con, c'est vous dire. D'ailleurs je suis resté très jeune. Si en plus les parents, pour une raison ou une
autre, ne remplissent pas leur rôle, je vous raconte pas. Toujours est-il que la population qui a affaire à ces charmants bambins ne souhaite évidemment pas les expédier ad patres, mais
les expédierait volontiers aux îles Kerguelen. Sans leur mini-moto, hein, les manchots ne méritent pas ça !
Bref, ce 25 novembre, vu qu'il y a des keufs en cause, des éléments de la jeunesse locale s'étaient mis à casser
et à incendier tout ce qui était à portée de mains, y compris l'école maternelle et la bibliothèque. Figure imposée. Le jour de l'accident, un commissaire divisionnaire qui tentait de ramener le
calme était sévèrement passé à tabac ; 52 policiers étaient blessés, dont 26 par des armes à feu. Le lendemain, 81 policiers étaient blessés, dont 54 par armes à feu.
Certains quartiers de Villers-le Bel sont un peu particuliers. Le 2 de ce mois, trois jeunes étaient blessés par
des coups de feu tirés d'une voiture par un homme encagoulé. Et pas plus tard que ce 26 juin, un jeune a été blessé et un autre tué par des tireurs encagoulés.
Toujours est-il que suite à ces tirs sur la police de novembre 2007, ce 21 juin s'ouvrait à la cour d'assises de
Pontoise le procès de quatre jeunes jugés pour "tentative de meurtre en bande organisée", et d'un cinquième pour "détention et port d'arme prohibé". Les témoins sont en règle
des "témoins sous X", on comprend pourquoi vu l'ambiance du patelin.
Dès le mois de mai, un comité de soutien aux inculpés s'était mis en place, diffusait un texte, organisait des
manifestations de soutien... Pourquoi pas. Jusqu'au jugement, les inculpés bénéficient de la présomption d'innocence. Et dans une démocratie, il est même permis de soutenir des condamnés. Mais là
où le bât blesse, c'est que ces soutiens, relayés par quelques sites d'ultra-gauche, présentent les émeutes comme un événement politique, comme la révolte d'une jeunesse opprimée...
Alors c'est un talentueux pastiche d'un partisan de Philippe de Villiers ? Non, s'il y avait du talent chez les
villiéristes, ça se saurait, et puis ils n'auraient pas colonne ouverte dans Libération.
Alors c'est une performance artistique néo-dadaïste ? Non plus. Ça paraît difficile à croire, mais les auteurs de ce texte se pensent sérieux.
Il faut le lire dans son intégralité, autant de couenneries au paragraphe, ça vaut son pesant de caramel.
Contentons-nous de citer quelques perles significatives :
« A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit : ces gamins que la police
s’amuse de mois en mois à shooter ont à leur tour pris leurs aises avec ceux qui les ciblent. Ces quartiers submergés par une occupation devenue militaire ont, un temps, submergé les forces
d’occupation. Les roueurs ont été roués. L’espace de deux soirées, la peur a changé de camp. »
« Depuis deux siècles, l’histoire de France a cessé d’être la légende de ses rois pour devenir, un jour de
1789, celle de leur renversement. » (...) « avec le peuple en armes, en grève ou en révolte. »
« Dans ces moments politiques » (...) « On est soit du côté de la police, soit du côté du
peuple. »
« On ne reculera devant aucune infamie pour justifier que l’on prenne ainsi le parti de forces de l’ordre qui,
après avoir renversé deux enfants du quartier et entraîné leur mort, vont se plaindre devant le tribunal d’avoir reçu quelques plombs dans l’épaisseur de leurs gilets pare-balles.
»
« nous disons que la justice n’a pas à connaître de ce dossier » (...) « Nous appelons tous ceux qui
nous entendent à manifester leur soutien aux inculpés et leur refus de cette justice. »
Qui sont les auteurs ? Quelques intellectuels du monde littéraire ou artistique parisien, classés gauche
voire extrême-gauche (Hugues Jallon, Jean-Marie Straub, Eric Hazan, Rémy Toulouse, Miguel Benasayag, Serge Quadruppani, Dominique Grange), ou moins facilement classables (Pierre Alféri,
Antoine Volodine). "Miss Tic", qui fait sur les murs des vieux quartiers de Paris d'inoffensifs dessins au pochoir, que je ne regarderai plus du même oeil. Une rappeuse, Keny Arkana. Une
militante associative chroniqueuse sur Canal+ et RTL, Rokhaya Diallo. Le regrettable Siné, toujours ravi qu'on essaye de tuer du flic. Dominique Tribaud, un avocat contestataire. Et Benjamin
Rosoux, un inculpé du groupe de Tarnac qui a connu en préventive un inculpé de Villiers. Vu que Jallon, Hazan, Toulouse et Benasayag avaient aussi signé le soutien aux inculpés de
Tarnac, ça fait une superbe pub à ces derniers...
Bien entendu, je tire sur une ambulance. Les réactions ne se sont pas fait attendre, y compris dans les
commentaires du journal Libération, dont de nombreux lecteurs font état de la première réaction qui vient à l'esprit : mais qu'attendent ces communards en chambre pour déménager et aller
s'installer dans le quartier de la Cerisaie à Villiers-le-Bel, au milieu des vrais révolutionnaires du XXIe siècle ??
Bref, l'extrême-droite raciste et le sarkozysme sécuritaire ont trouvé, en cette improbable brochette
d'intellectuels et d'artistes, de bien précieux alliés objectifs.
Et si j'avais à connaître de cette affaire en tant que juré d'assises, il me faudrait un travail mental
considérable pour m'émanciper des préjugés défavorables qu'induit inévitablement,
à l'encontre des inculpés, un soutien si contre-productif.
Mais bon, à vrai dire je commente simplement ce manifeste insignifiant pour faire suite à mon article du
27/11/2007, et produire ainsi mon papier annuel.